Maman faisait des cures à Baden Baden chez le docteur Mussler, pendant ce temps, nous allions à Goldiwil, dans un home d'enfants.
C'était une grosse bâtisse grise entourée d'un parc gigantesque. En fond les montagnes, au bas le lac de Thun et d'immenses champs de blé remplis de soleil. Nous étions les seuls petits français parmi plein de petits suisses s'exprimant en langues diverses et quelques autres enfants venus de pays étranges. Qu'importe la langue, nous nous comprenions.
Nous faisions de grandes balades, brassant les herbes odorantes et chaudes, dévalant les pentes et, nous arrêtant brusquement dès la moindre route, hurlant tous en choeur "Achtung bicyclette" ce qui faisait tomber de rire les petits germanophones.
A quatre heure le goûter ! Une des monitrices agitait l'énorme cloche bombée, nous nous mettions en rang l'un derrière l'autre. Elles s'asseyaient sur les marches distribuant d'abord une grosse tranche de pain, nous montions de deux marches, des quartiers de pommes juteuses, acides, sucrées, un délice.
Chaque jour nous découvrions un nouveau jeu. Il y eu le jeu du chocolat.
Nous étions allés ce jour là visiter une usine, incroyable fabrique de chocolat où, à la sortie, nous nous étions assis en rond dans l'herbe. La monitrice avait sorti de son sac : une fourchette, un couteau, un chapeau, deux gants, un foulard, une paire de lunette et deux dés. L'un après l'autre nous jetions les dés, celui qui sortait deux six, dans une excitation folle, devait, avant de pouvoir manger le chocolat avec fourchette et couteau, s'habiller de tous les éléments. On s'étouffait de rire, voir les copains, lunettes de travers s'escrimant à couper ce chocolat en tremblant qu'un autre double six stoppe son espérance, nous excitait au plus haut point.
La matin, quittant nos chambres aux lits superposés, encore ensommeillés, nous prenions notre petit déjeuné. Le meilleur petit déjeuné du monde : un müsli dans lequel des rondelles de banane et une cuillerée de café sublimaient les flocons d'avoine.
Un jour, alors que nous étions là non pour une énième cure de maman, on nous appela à l'heure de la sieste. Il fallait que cela soit vraiment important, la sieste étant obligatoire sans possibilité d'y échapper. On nous regarda avec envie, un coup de téléphone de notre père, nous dévalâmes les escaliers pour être le premier à entendre sa voix.
L'un après l'autre nous eûmes droit à la nouvelle... nous n'étions plus quatre enfants, mais cinq. Notre petit frère était né la nuit même et cette nouvelle donna droit à tout le monde de quitter la sieste.
Alors, chacun alla cueillir une fleur que l'on mit à sécher afin d'en faire un tableau que l'on enverrait à notre maman. Cela occupa notre après midi, cueillir, joliment étaler la fleur entre deux feuilles de journal, préparer les cartes, cette naissance nous égailla tous.
De ces séjours ne me reste que des moments de bonheur, de rire, de soleil !