jeudi 17 janvier 2008

enfance

Nous avons quitté Strasbourg en 63 pour nous installer à Mulhouse. Maman se fit très rapidement un cercle d'amis qui s'agrandit exponentiellement. Elle organisait des diners très courus auxquels bien évidemment nous ne participions pas. Loin de nous sentir brimés nous adorions ces soirées. Il régnait une sorte de fébrilité joyeuse et souvent nous étions mis à contribution pour, avant que les invités ne débarquent, faire de menus rangements. La maison sentait bon, les bouquets agrémentaient joliment la table toujours parfaitement mise, les différents plats attendaient soit la touche finale, soit simplement de passer au four. Maman était à mes yeux le bon goût absolu.
Nous mangions avant, à la cuisine chose rare, et bien souvent, un menu comportant un reflet de ce que les invités gouteraient plus tard. Ensuite nous avions ordre d'être sages, mais nous l'étions naturellement, nous nous préparions pour aller saluer très civilement l'assemblée avant de rejoindre nos chambres.
Etant une figure mulhousienne, mon père avait l'honneur de recevoir à diner, avant leur conférence, certaines personnalité. C'est comme cela qu'un soir nous sommes allés embrasser une dame assez grosse, avec un sourire très doux et rieur. D'habitude nous entrions, après autorisation, dans le salon et rapidement nous faisions un petit salut discret de la tête pendant que maman égrenait nos noms. Les invités alors nous souriaient, nous en profitions pour jeter un oeil vers la table d'apéritif, conscient d'être quelques instants de l'autre côté de la barrière, celui des adultes si mystérieux. Mais ce soir là la dame s'adressa à nous, nous prenant les mains l'un après l'autre, nous posant des questions, écoutant nos réponses. Nous étions morts de timidité, programmés pour filer vite vite après notre présentation, nous nous balancions d'une jambe sur l'autre, bredouillant nos réponses. Un coup d'oeil aux parents, nous savions que ce brève intermède ne devait pas empiéter sur leur soirée. Elle nous libéra, nous quittâmes en courant le salon qui se referma sur la sagesse adulte.
Bien sûr, lors de cette présentation elle nous avait été nommée, "Madame Françoise Dolto", mais ce n'est que plus tard que nous avons réellement compris l'importance de sa présence à la maison. Papa, adepte de la première heure de sa méthode, l'avait naturellement invitée dans le cadre des conférences de l'Ecole des Parents qu'il animait.
Quel ne fut mon étonnement lorsque des années après il s'avéra que le gros chanteur qui se trémoussait en chantant "moi j'aime bien manger à la cantine.." était le fils de Françoise Dolto. Comment était-ce possible ? Cette dame qui non seulement faisait le même métier que mon père mais qui était LA référence en la matière, avait un fils représentant ce que mes parents honnissaient le plus ! Et comble de l'étonnement, un jour qu'elle était interviewée à la radio, se disait fière de cet enfant qui menait la vie qu'il voulait.

Ainsi l'on pouvait être fils ou fille de psychiatre et ne pas coller à un modèle parental parfait ? Petit à petit je découvrais que la toute puissance paternelle pouvait avoir des failles.

En entendant tout à l'heure qu'il venait de mourir, m'est revenue en mémoire cette soirée.

11 commentaires:

Leeloolène a dit…

Ton texte est très joli et me remet tout de suite dans cette ambiance de réceptions que j'ai connue aussi. J'aime beaucoup toute la partie sur les enfants sages qui rejoignent leur chambre, une fois les présentations et le bonsoir terminés... et la joie de goûter aux plats des "grands" avant la réception !
Je ne m'attendais évidemment pas à ta chute sur la "grande dame", c'est touchant.

Merci ! Tes textes sur tes souvenirs d'enfance sont très beaux à chaque fois :)

Fauvette a dit…

J'imagine la scène (et ton enfance bien programmée !)

J'ai lu ce matin que F. Dolto disait à son fils, Nous faison le même métier toi et moi, nous faison du bien aux gens !
Alors tu vois, le respect mutuel et la reconnaissance !
(Ce n'est sans doute pas la phrase exacte mais c'était l'esprit).

Fauvette a dit…

faisons, avec un "s" bien sûr !
Désolée.

Valérie de Haute Savoie a dit…

Nous avons eu une enfance très joyeuse, ma mère a toujours été très originale pleine d'énergie, mon père mettant en pratique les nouvelles théories éducatives, mais il y avait à l'époque encore certaines idées, tellement ancrées depuis des siècles, sur l'enfant, qu'il en restait des traces dans l'éducation que j'ai eu.

Fauvette a dit…

Euh Valérie, je ne voulais pas te froisser... Sorry.

Valérie de Haute Savoie a dit…

Mais ? Tu ne m'as pas du tout froissée, pas du tout ! Simplement j'ai pensé que ce que j'avais écrit pouvait prêter à confusion et voulais juste remettre dans le contexte de l'époque ce côté un peu rigide de l'éducation.

Anonyme a dit…

ah..mulhouse, son Moll, la petite Laurence P., j'ai écrit un secret à valerie haute savoie......

Fauvette a dit…

Ah bon cela me tracassait, je me sens mieux ! Merci.

Jipes a dit…

Ne serait ce que par rebellion les enfants divergent souvent du cadre tracé par leurs parents. J'aime bien la facon dont tu décris cette timidité , de nos jours les enfants ne sont guère plus timides ils auraient même tendance a manquer un peu de respect, mais bon autre temps autres moeurs n'est ce pas ;o)

Je t'ai dit que le Moll a fermé ses portes ?

Valérie de Haute Savoie a dit…

Le Moll a fermé ????? Tout un pan de mon histoire qui s'écroule :D

Jipes a dit…

Oui il a fermé il y a plus de 4 mois je ne sais pas vraiment pourquoi mais ou c'est une institution mulhousienne qui disparaît :(

Mulhouse a beaucoup changö avec l'arrivée du Tram