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lundi 21 septembre 2026

Traverser le présent


C'est venu insidieusement, sans doute après ma chute spectaculaire dans les escaliers de l'agence, lorsque j'avais loupé cinq marches et que je m'étais fracassée comme une merde sur le palier en explosant mon nez, et choquant mon cerveau vigoureusement. Je n'avais pas vraiment compris comment cela m'était arrivé, j'avais juste enregistré inconsciemment que cela pouvait m'arriver, et que les marches pouvaient m'envoyer très vite dans l'au-delà. Je prenais ma retraite un mois plus tard, adieu les escaliers à descendre à tout allure pour aller à un rendez-vous. J'avais déjà expérimenté les chutes idiotes, où il y a plus de gêne que de mal, entouré d'un public se retenant de pouffer. Le médecin s'était aussi interrogé, mais mon équilibre semblait bon, il m'avais exhortée à être un peu moins dans la lune.

Alors sans doute avais-je ralenti mon allure, et puis la retraite avait effacé beaucoup de stress, j'avais le temps, le temps d'arriver à l'heure, le temps de prendre mon temps. Je m'étais efforcée de calmer mon énergie, nous avions déménagé, et ici, dans notre nouvelle vie, tout était devenu bien plus reposant. 

Un ou deux kilos fluctuants se sont installés, alors que je n'avais pas changé grand chose à mon alimentation, moins d'alcool, moins de sucre, plus de légumes, mais rien n'y à fait, ils se sont de plus en plus ancrés.

Et puis la semaine dernière, brusquement je me suis sentie me déplacer, sans brusquerie, descendant les escaliers raides menant à la vieille ville, me tenant à la rampe, marche après marche, évaluant la pente, concentrée, laissant passer les sportifs courant pour s'exercer au Trail, et j'ai pris conscience de cette lenteur de vieux qui petit à petit était devenue mon quotidien. Et j'ai réalisé que tout était devenu plus lent, loin de l'énergie qui faisait mon quotidien. 

Alors, depuis, je me force à accélérer, à reprendre mon pas d'avant, à quitter cette espèce de mollesse enveloppante. Pour ne pas devenir tout de suite une vieille qui ne bouge plus, du lit à la fenêtre puis du lit au fauteuil et puis du lit au lit...

dimanche 13 avril 2025

grenouille et grisaille

petite grenouille verte oléronaise


A peine avais-je eu mon nouveau vélo bleu-canard, que nous sommes repartis en Haute Savoie. Deux jours de grand beau temps qui nous a tout de même permis de déjeuner aux Ecluses sur la terrasse et de faire une balade jusqu'à St Denis sur des pistes quasiment vides. Dimanche à dix heures nous avons pris la route, très ensoleillée, très calme et rapide. Moins de neuf heures plus tard nous nous posions dans nos pénates, un dernier verre de pineau des Charentes avant de faire un petit tour d'arrosage aux dernières plantes qui devraient déménager avec nous.

Mardi nous avons fêté mes soixante huit ans aux Trésoms à Annecy, grâce à un bon cadeau de mes anciennes collègues reçu lors de mon pot de départ à la retraite. Délicieux repas, où nous n'avions que les boissons à notre charge (un bon budget malgré tout), et une petite bougie avec les deux cafés offerts par la maison. D'habitude cela ne me fait ni chaud ni froid, mais cette fois-ci cela m'a un peu chagrinée. Est-ce parce que je suis à la retraite ? Est-ce parce que je suis maintenant à moitié orpheline ? 
Je me souviens que lorsque nous avons enterré ma grand-mère paternelle, morte à un âge respectable, papa avait pleuré, évidemment sans effusion, mais c'était suffisamment rare pour que cela m'ait frappée. Plus tard il m'avait dit qu'il était maintenant totalement orphelin,  dernière ligne avant sa mort. 

Il y a aussi que j'en ai un peu marre d'être le cul entre deux chaises. Ni là, ni ailleurs. J'ai tellement hâte de déménager, d'être à nouveau vraiment chez moi. Nous avons discuté avec une notaire, pensant que cela nous éclaircirait notre avenir, mais elle semblait peu à même de nous informer sur nos possibilités et nous a conseillé d'aller voir notre banquier. Rendez-vous est pris pour la fin du mois. 

Il pleut, JP est malade au fond du lit, le ciel est gris. 

Allez ! Il est temps de se bouger les fesses !

lundi 2 décembre 2024

lecture


Bien sûr que je m'étais fait un programme de début de retraite et dans celui là, la lecture serait majoritaire. Tous les jours, vautrée dans un fauteuil, ou dans un bain, au soleil ou sous une lumière douce, je lirais, minimum deux à trois livres par semaine. Je viderais ma pile à lire, je m'évaderais des heures dans des histoires variées.

Au début, dans une dynamique de vacances plus que de retraite, j'ai, comme chaque année à cette période, lu chaque jour sans aucune culpabilité. Une petite vingtaine de livres divers et variés, plus ou moins aimés, mais j'ai lu. Et puis, lentement, est arrivé cette impression qu'il fallait un peu s'activer, que c'était bien beau les vacances, mais qu'on était pas là pour flemmarder. Lire au milieu de la journée, alors que mon rituel depuis des années était : lecture le dimanche sans lever la tête, mais la semaine on travaille ! me rendait impossible de me poser dans l'après-midi, ouvrir un livre et oublier le monde autour. 

Je lis le matin en prenant mon café, des quotidiens, des hebdomadaires, des mensuels, mais dans la journée, impossible de me plonger dans un livre. Celui commencé à Oléron en octobre et pourtant vraiment chouette, est resté sur mon bureau, attendant qu'arrive la permission du week-end. Mais le week-end arrivé, une sourde culpabilité me paralyse "tu n'as rien foutu de la semaine, tu ne vas pas maintenant glandouiller en te plongeant dans ton livre" me dit une petite voix insistante.

Hier j'ai fait taire un temps cette petite voix fielleuse, j'ai fait couler un bain et j'ai lu jusqu'au bout cette Vendetta de Ellory (si vous aimez les polars, américains, univers Mafia, allez-y ! Un peu long au début, mais il faut persister, ensuite on ne le lâche plus (sauf si on est une retraitée honteuse...)).

Maintenant que j'ai refermé ce livre, je vais pouvoir enfin attaquer le dernier Mona Chollet qui m'aidera peut être à surmonter ce petit problème de retraitée.

jeudi 21 novembre 2024

légère


Je traverse la ville tous les jours, je marche d'un bon pas, changeant de rue, ne m'arrêtant pas vraiment devant les vitrines, je marche c'est tout. 
Je lève la tête lorsque je passe devant un immeuble où j'ai géré durant seize ans des appartements. 
J'avance d'ailleurs de plus en plus la tête haute, je ne crains plus de tomber sur un locataire qui m'apostropherait pour râler, demander, se plaindre, je suis libre, totalement libre et c'est si bon. 
Il arrive évidemment que l'on m'arrête, me parle d'un problème, mais je souris, je suis à la retraite, vous ne le saviez pas ? 
Oui tout cela est fini FINI !
Chaque jour j'ai ce plaisir reposant de me dire que je ne recevrai plus de préavis, que je n'aurai plus d'état des lieux à faire. 
Petit à petit je reprends mes droits à la sérénité. 
Je dors mieux, ce n'est pas encore parfait, mais lorsque je me réveille la nuit, je n'ai pas brusquement une angoisse d'avoir à faire un état des lieux le lendemain et ça c'est presque le paradis.

mardi 3 septembre 2024

Alsace

ma copine d'à côté

 Cela fait un mois que nous sommes en Alsace, un mois avec mes parents à savourer la vie qui doucement s'écoule. Il me semble que cela ne m'était jamais arrivé, profiter de ces instants avec eux si longtemps, sans stress, au soleil, pouvoir les chouchouter pour qu'ils soient comme des rois dans cette maison qu'ils aiment tant.

Nous n'avons pratiquement rien fait, que bavarder, bien manger, et les laisser faire d'immenses siestes sans bruits. 

Ils sont repartis hier en train et nous voilà JP et moi seuls dans cette grande maison. Dehors le soleil brille, faisant scintiller les gouttes de rosée sur l'herbe. La machine à laver tourne, et au fur et à mesure je suspends le linge sur la corde dehors. Tout à l'heure je m'attaquerai au ménage, faire les lits, ranger un ou deux placards, lisant entre deux "le jour d'avant" de chalandon. 

La vie rêvée d'une retraitée...

dimanche 30 juin 2024

nouvelle vie


J'en ai vécu des départs de collègues durant ces seize années passées dans cette agence, j'imaginais mes derniers jours désoeuvrés, je ne pensais pas que jusqu'au bout je serais investie. Et pourtant, je n'ai vraiment lâché l'affaire que vers midi ce vendredi, je devais préparer mon pot de départ. Je savais que je vivais mes derniers moments de gestionnaire, mais impossible de vraiment le réaliser. Parfois une fulgurance, le soir. Brusquement me dire que je ne serai plus rien dans le monde du travail, au bord du gouffre... mais sans tomber. Immédiatement je visionnais le futur, la liberté, l'allègement de la charge mentale. 

J'ai essayé de laisser mon poste le plus propre possible, j'ai réussi à finaliser un sinistre datant de presque trois ans, j'ai transmis les autres dossiers avec le plus d'informations possibles, elles savent que si elles ont des questions elles peuvent m'appeler. Je n'ai guère dormi ces trois dernières nuits, mais le contexte politique il est vrai, n'aide pas.

J'ai eu la plus belle fête de départ que je ne pouvais espérer. Tous le monde est venu me dire au revoir, certains ne pouvaient rester, mais nous étions tout de même une bonne quarantaine. Mes trois grands chefs, tout le service gérance, et une grande partie de tous les services, syndic, transaction, compta, location, accueil. J'avais fait appel à un de nos locataires pour les petits canapés, JP était chargé des alcools et des boissons soft, quelques fromages, saucissons, pains et petits légumes pour ceux qui étaient allergiques, j'avais même un petit plateau pour une de mes collègue allergique au gluten. 

Nous avons bien bien picolé, sans pour autant rouler sous les tables, nous avons évoqué ces années passées que j'ai tant aimées. Oui oui certaines fois j'ai pesté, râlé, gueulé même. Mais je sais que cette agence a été pour moi une des plus belle partie de ma vie professionnelle.

J'ai été couverte de cadeaux, mais le plus précieux, celui que j'emporterai dans ma tombe, est un recueil magnifique fait par mes chéries de la gérance. Elles ont rassemblées des photos, des fac similés de documents emblématiques de ma vie à l'agence, et surtout, surtout elles ont fait écrire à chacun de mes collègues, dont certains partis vers d'autres horizons, un mot d'au revoir.  

Je ne l'ai lu qu'en rentrant, et j'ai pleuré d'émotion.

Je quitte une boite merveilleuse, à moi de faire en sorte maintenant de tourner la page encore rempli de ces amitiés si précieuses.

 

mardi 11 juin 2024

17 jours


 Le premier lundi de juin, en revenant d'un de mes derniers états des lieux de sortie, un T5 pour ne pas perdre la main, je suis passée de service en service déposer mes cartons d'invitation. J'entamais ainsi mon dernier mois de travailleuse active, dernier mois avec un salaire décent aussi. 
Il m'arrive d'avoir un pincement au coeur à l'idée de ne plus être avec mes collègues, ne plus avoir mes locataires et propriétaires en ligne, jamais à l'idée de ne plus faire d'état des lieux, jamais !

Mon Eté est déjà chargé, et cette élection à laquelle je ne peux pas déroger, complique un peu les choses. Ici, impossible de trouver quelqu'un qui pourrait voter à ma place, la gauche n'est pas franchement en terrain conquis en Haute Savoie, je ferai avec, morcellerai un peu juillet, mais une chose est sûre, ce n'est pas dans les trois prochains mois que nous déménagerons. 

Mes balcons dont je ne m'occupe plus, si ce n'est l'arrosage régulier parce qu'il m'est impossible de voir une plante crever, débordent de fleurs et jeunes pousses. Il va donc falloir que je transplante un peu en Alsace et un peu à Oléron, ce qui peut l'être. Mon immense ficus, vrai arbre touffu est encore pour l'instant indécis sur son futur lieu de villégiature. Jamais mon calamondin n'a eu autant de fleurs et de fruits, et je crains que l'Eté ne lui soit pas profitable. et pour nos bonzaïs, nos plantes grasses, nos petits arbustes, j'ai le coeur serré à l'idée de ne pouvoir tout sauver.

Dans mon cerveau je classe, je trie, j'envisage, j'évalue. J'ai trouvé je crois la mutuelle qui remplacera celle du boulot. Je n'ai toujours pas de nouvelles de l'Agirc-Arcco, ils sont toujours, depuis plus d'un an, entrain de réfléchir à mes droits... j'aurai au départ uniquement la retraite de la sécu. N'ayant pas pris mes vacances depuis un moment, et devant normalement toucher un truc pour mes seize ans de boite, cela devrait je l'espère m'aider à passer le cap. 

Quelques nuits blanches...

dimanche 15 octobre 2023

Deux-cent-cinquante-neuf

Bellegarde

Ce matin il me reste encore deux-cent-cinquante-neuf jours avant que la retraite sonne. Je m'y prépare avec joie, bien que l'idée de déménager trente six ans de vie, d'abord à quatre, puis à trois, puis à deux, me fait un peu peur. Il faudra trouver un appartement, en attendant de trouver la maison vraisemblable dernière demeure, trouver un médecin, un dentiste, un dermato pour JP, et évidemment, s'installer dans cette nouvelle façon d'occuper notre liberté. 

Une chose de sûre, archi-sûre, ce boulot ne me manquera pas. Je serai triste de quitter l'agence dans laquelle je me sens bien, triste de perdre certains collègues que j'aime beaucoup, mais l'immobilier basta ! Ne plus me réveiller en pleine nuit, l'angoisse affolant mon cerveau, d'avoir oublié, d'avoir mal fait. Ne plus affronter l'agressivité de certains clients.

Je ne sais si les Alpes me manqueront, j'aurai toujours les Vosges comme erstaz, et qui sait, G. s'y installera peut-être un temps avec L. 

Nous aurons le temps de profiter de la maison d'Alsace, ne plus devoir la quitter au bout de trois jours, mais y passer une, deux, trois semaines, pouvoir remettre à demain certaines choses sans se dire que l'on perd du temps précieux avant de reprendre le chemin du bureau. 

Et lorsque nous voudrons voir la mer, nous n'aurons plus à traverser la France.