mercredi 19 février 2020

longtemps...


Je cherchais dans les cartons à dessins, rangés un peu partout dans l'appartement, des cartes de voeux anciennes, créées par JP, et j'ai retrouvé cette gouache, sans doute foutue là de rage, lorsque j'avais appris sa grande trahison.
J'avais encore les cheveux sombres, naturellement, le regard perdu dans le lointain, je n'étais pas encore mère, n'avais pas encore traversé ma nuit de terreur, nous venions de nous rencontrer.

Je pourrai le ressortir, je l'aime bien, et ma rage lentement s'est apaisée...

mardi 11 février 2020

Hâtez-vous lentement, et sans perdre courage...

Les affaires ont repris, mes locataires deviennent propriétaires et s'en vont, ou bien simplement parents et ont besoin de plus d'espace. Départs, arrivées, parfois je les fais sortir d'un appartement et les fais entrer dans un autre.
Quelques uns  de vrais cochons me laissent un appartement si sale que je me demande comment on pouvait y vivre. En partant certains me disent : Oh je vais le regretter cet appartement ! Et je regarde ces vitres où plus qu'une vague lueur passe encore entre les traces et la pellicule blanchâtre qui les recouvrent, ce sol où les semelles font un bruit de succion lorsqu'on se déplace, l'odeur incommensurable, soulevant l'estomac.
Ceux qui sont depuis longtemps dans l'appartement où ceux qui justement le quitte pour un autre que nous gérons également, demandent une visite de la part de la direction. Je prends rendez-vous, et découvre avant qu'ils n'aient déménagé, les appartements que je ne connais en général que vides. Cette semaine je suis allée voir un petit studio, mochou, peintures usées, que la locataire avait pris en attendant de trouver mieux. Elle m'ouvre la porte et je découvre un havre de paix, peinture neuve, joliment meublé, lumineux, rien à voir avec le souvenir que j'en avais. Elle s'installe avec son amoureux, me dit qu'elle quitte avec regret son tout premier logement, et là, je la comprends sans difficulté.
Autre visite d'un appartement que quitte un jeune couple qui vient d'acheter. Celui-ci a subit un dégât des eaux, je ne sais s'il est montrable, bien que des travaux de peinture sont prévus prochainement. L'appartement a du charme, même s'il faut prévoir un rafraichissement ; hauts plafonds, grandes pièces au parquet ancien, calme, et collé au tram qui devient un élément majeur pour les candidats. Je fais un rapide tour, admire le chat gris sombre qui me surveille, l'oeil noir, bavarde avec les locataires. Je les connais depuis plus de dix ans, nous avons toujours eu de très bonnes relations. Elle est japonaise et je lui demande si elle souffre de la suspicion relative au fameux coronavirus. Oh oui me dit-elle, je me fais contrôler régulièrement par la police. La police !

Je peste parfois de devoir supporter d'affreux et radins propriétaires, des locataires hargneux et agressifs. Ceux-là envahissent un temps mon énergie, épuisent mon optimisme. D'autres, plus nombreux, illuminent agréablement des moments de ma journée.

L'air est doux, le vent souffle fort et me fait vaciller sur ma selle, j'avance tranquillement, je ne sais encore combien de temps je ferai ce métier qui m'est tombé dessus alors que j'allais avoir cinquante ans. Qu'importe les grincheux, le printemps n'est plus très loin, demain est un nouveau jour. 

dimanche 2 février 2020

mélancolie

Il me semble que depuis la mort de Chamade, je n'ai plus fait de yoga. Cette petite série matinale que je faisais chaque matin, accompagnée de sa présence discrète mais attentive. Je déployais le tapis et elle arrivait en courant, s'installait un peu en hauteur, et surveillait chaque geste, descendant de son promontoire lorsque je terminais, pour venir délicatement en passant, se frotter contre ma jambe.

Le trente janvier, un an après sa mort, j'ai déroulé le tapis, un pincement au coeur lorsque l'ai réalisé qu'inconsciemment je m'attendais à sa venue. Dans le noir, j'ai refait mon enchainement, les gestes venant naturellement, et depuis je me lève et sans l'attendre, je reprends cette habitude solitaire.

Autour de moi on s'étonne qu'une amoureuse des chats n'ait pas encore craqué. Aucun chat chez nous, même si celui que la voisine garde parfois, s'est invité une ou deux fois, visitant l'espace, cherchant les caresses, et repartant vers d'autres aventures.
Parfois je m'occupe du chat d'une amie, un chat que je ne vois pas, qui se cache avant même que je rentre dans l'appartement, et qui ne sort qu'une fois que je suis repartie.
Je regarde les chats qui se baladent dans le quartier, je mets des coeurs à ceux des copains d'Instagram et de Twitter, mais aucun chat pour l'instant, ne supplante ma Chamade.

Je ne rêve jamais d'elle, très rarement une ombre passe dans l'appartement, elle est partie définitivement, je pense à elle avec tendresse. 

samedi 1 février 2020

janvier en lecture

P.D. James - Une certaine Justice
Avec cette écrivaine, je ne sais si c'est plus l'intrigue que l'histoire qui compte. Une avocate brillante, qui vient de gagner un procès, apprend par sa fille avec qui elle a des difficultés relationnelles importantes, que l'homme qu'elle vient de faire libérer, mais qu'elle pense être tout de même meurtrier et très dangereux, doit se fiancer avec elle. Elle tente de stopper ce qui lui semble une catastrophe. Il y a une décortication de la culture anglaise et plus particulièrement du système judiciaire passionnante. C'est donc bien plus un roman, qu'un simple polar.


Nasstaja Martin - Croire aux fauves
Dès le début l'on sait que Nasstaja a été attaquée par un ours, qu'il l'a mordu au visage, violemment, la laissant gravement blessée dans les montagnes du Kamtchatka, avec ses deux compagnons qu'elle avait distancés pour être seule. C'est une survivante, qui va lentement se reconstruire, entre les mains de chirurgiens russes, et français. Qui garde de ce combat une part de l'ours enfuit avec son piolet planté dans sa fourrure. Nasstaja est antropologue, elle étudie la culture des populations arctiques, vie avec eux de longues semaines, partage leurs vies et leurs croyances, leurs légendes qui mêlent la vie des humains à celles des animaux tel que l'ours. C'est le cheminement de cette reconstruction physique et mentale qu'elle raconte. Un livre qui laisse une trace indélébile comme celui de Philippe Lançon.

Sylvain Tesson La panthère des neiges
Ouf ! Me suis-je dit en refermant le livre, Terminé ! Sylvain Tesson aime se regarder écrire. Voyez ma culture, mon esprit torturé, la panthère n'est là que pour lui servir de prétexte à se raconter sa patience, son esprit si phylosophique. Je me disais qu'il devait être assez chiant de partir en voyage avec lui, qu'il devait passer son temps à bavasser ses réflexions, supportant mal le silence. Bref, un prix Renaudot pour moi très décevant.

Elie Robert-Nicoud - Irremplaçables
L'auteur est fils d'artistes, reconnus dans le monde entier, dont je n'avais jamais entendu parler !! C'est l'histoire de ses parents irremplaçables qui se sont aimés totalement, passionnément. Robert, a été confié à un orphelinat en 1939, Clarisse a échappé de justesse à une rafle en 42. Ils se rencontreront, lui après avoir fait de la boxe, elle professeur pour subvenir à leurs besoins. Toujours elle le soutiendra, toujours lui trainera avec lui l'abandon. Elie les raconte, les aime. C'est un livre d'amour fou.

Peter Stamm - Paysages aléatoires
Kathrine vit dans un petit village du nord de la Norvège, où durant les trois quarts de l'année règne la nuit polaire. Elle a un fils avec qui elle vit seule depuis qu'elle a quitté son mari qui buvait. Elle est contrôleuse de chalutiers, mais là n'est pas le sujet du roman. C'est un accompagnement que nous faisons, lentement, cheminant, avec cette jeune femme de 28 ans qui construit sa vie. Un roman lent, de solitude, de tristesse, mais aussi d'énergie positive.

P.D.James - La mort s'invite à Pemberley
Je n'ai pas lu, du moins je n'en ai pas le souvenir, le livre référence, Orgueil et Préjugés de Jane Austen. Je veux bien croire la quatrième de couverture qui dit que l'auteur a été fidèle au personnages du roman. L'histoire se passe au début de 19ème siècle, dans la bourgeoisie anglaise, au moment où doit avoir lieu chez les Darcy, un grand bal perpétuant la tradition ancienne de la mère du propriétaire des lieux. Toute la famille y est conviée, ainsi que des proches, tous d'apparence irréprochable. L'auteure campe cette société encore très engoncée dans ses principes et comme toujours avec elle, on plonge avec facilité et plaisir deux siècles en arrière. Evidemment il y a meurtre, et après avoir mis en place dans sa tête tous les personnages de l'histoire, c'est un plaisir jusqu'au bout de suivre l'enquête.

Chloé Verlhac - Si tu meurs je te tue
Comment émettre une opinion sur ce nouveau livre qui parle de la tuerie de Charlie Hebdo ? Riss et d'autres en prennent pour leur grade, ce n'est pas la première fois que je lis qu'ils ont été moins glorieux qu'ils ne le disent. Mais là, je reconnais qu'étant dès les premiers mots, toute pleine de bienveillance, au fur et à mesure de la lecture, il ne m'a plus semblé lire autre chose qu'une demande d'argent, recevoir sa part de ce que Charlie a récolté après l'immense chagrin qu'a provoqué la perte de tant de si belles personnes (ou pas...). De tous les livres lus, celui de Lançon et de Luz sont les seuls qui m'ont vraiment émue, m'ont vraiment semblé être écrit pour envoyer à ceux qui sont morts, des mots d'amour. Je comprends combien tous ceux qui ont perdu un amour, un ami, un compagnon, ont été détruits, et chacun cherche réparation de ce chagrin à sa façon. Chloé veut de l'argent, pas forcément pour avoir de l'argent, je ne suis pas son psy, je n'ai pas vécu cette horreur, je trouve simplement que ce livre est maladroit. J'aurai voulu connaitre un peu plus son Tignous adoré, qu'elle suggère au fil de sa plainte.

Xavier de Moulins - Le petit chat est mort
Tout ce que la venue d'un chat provoque en entrant dans une famille. Ce chat qui n'a vécu qu'un an et demi, tout petit chat dont l'auteur avait mis quelques années avant d'accepter la demande de ces filles, et qui une fois arrivé a bouleversé sa façon de voir la vie. C'est une très jolie histoire, courte et poétique.

Blandine Groult - La mère morte
J'ai lu dans mon adolescence, les livres de Benoite et Flora Groult, Je ne me souviens pas qu'elles étaient toutes les deux mortes, atteintes d'Alzheimer hélas. Blandine est une des filles de Benoite, elle fait partie d'une famille recomposée, mainte et mainte fois, soeur d'Antoine, cousine de Colombe Pringle, ce que j'ai découvert en lisant le livre. Blandine raconte la lente tombée dans la maladie de sa mère et , alors que sa mère a totalement perdu le lien avec le réel, la mort de sa fille dans un accident terrible. C'est un livre bouleversant, dans lequel je me suis retrouvée. Blandine raconte la vie avec sa mère, avec sa fille, la complicité et l'agaçement, les questions et cette décision liée aux écrits de Benoite qui a milité pour le droit à mourir dans la dignité.

mercredi 29 janvier 2020

Un an

Chamade 28-06-2004 - 29-01-2019

jeudi 9 janvier 2020

vingt sept ans


Le ciel ne commence pas encore à s'éclaircir, tout comme ce jour là il y a vingt sept ans, tout est calme ici.
Tout était calme également il y a vingt sept ans, pour nous qui nous préparions lentement à cette journée banale.
Il y aura ensuite l'appel reçu par JP, seul avec G., alors que je faisais des courses, que C. assise derrière son pupitre écoutait la maitresse.

Là-bas, en Espagne, le jour se lève aussi, pour un autre anniversaire, celui de l'absence de leur enfant éternellement.

Je pense à eux, je pense à mon fils, à ma fille terrifiée à l'idée de perdre ce petit frère turbulent, à JP qui traversait une sorte d'enfer dont il était partiellement exclu.

Vingt sept ans qui sont autant d'années de joie de voir mes enfants grandir et vivre.

dimanche 5 janvier 2020

Derniers livres avant la nouvelle année

J'ai chevauché les deux années avec un livre que je n'ai toujours pas réussi à finir, mais pour clore l'année 2019, voici les trois derniers livres bel et bien terminés.

Je voulais lire les prix littéraires, et celui de Sylvain Prudhomme : Par la route, en fait partie.
Il est écrivain, quitte Paris pour V. sans doute dans le sud de la France, y retrouve pas hasard un ancien ami avec qui il faisait du stop et qu'il appelle d'ailleurs l'autostoppeur. Cet ami part régulièrement en stop, laissant sa compagne et son fils, pour découvrir les autres. Je n'ai rien de plus à en dire, je l'ai lu, sans passion, parce que c'est un livre bien écrit. En le refermant je cherchais un qualitatif et ce qui m'est venu est "plombant". Mais c'est un livre que nombre de critiques trouvent magnifique, qui a eu le prix Femina.

J'ai continué avec Jean-Luc Coatalem La part du fils
Paol est le grand père de Jean Luc, mort déporté et personne de la famille n'en parle, la douleur restant vive pour son fils le père de l'auteur. Alors, Jean Luc part à sa recherche, tente de retrouver des témoins des derniers mois vécus par son grand père. Ce livre faisait partie de la dernière sélection du Goncourt... Si j'avais été dans le jury, je l'aurai mis bien avant celui qui a gagné, mais je ne suis qu'amateur de livre et non une spécialiste littéraire.

Quittant les prix ou presque prix, j'ai retrouvé Michael Connelly Créance de sang
Le livre trainait dans la petite bibliothèque du parc Montessuit, et je l'ai pris sans me rappeler si je l'avais lu ou non. Quel bonheur de réaliser qu'il ne faisait pas partie de mes livres lus et je m'y suis plongée avec délice. Nul Harry Bosch, mais un ancien agent du FBI Terry McCaleb déjà rencontré dans la série Bosch. Il est à la retraite forcée après avoir été greffé du coeur. Tout part de là et je n'en dit pas plus si ce n'est qu'il est très bien.

J'ai donc lu soixante trois livres en deux mille dix neuf, soit à peu près un livre tous les six jours. J'en ai acheté quarante neuf, les autres viennent soit de cadeau, soit des petites bibliothèques de rue ou de la bibliothèque d'Annemasse.

A Noël j'ai reçu plusieurs livres que je me réjouie de lire, mon évasion privilégiée.