jeudi 8 décembre 2016

lecture légère


Après le secret du mari Liane Moriarty a écrit Petits secrets et gros mensonges. Encore une histoire légère, agréable à lire, le truc parfait quand on a un peu trop la tête dans le guidon et que les jours se ressemblent, tant on ne les voit plus passer.
L'histoire se passe en Australie, on sait assez vite qu'il y a eu un mort, et qu'une enquête est en cours. Mais comme pour le secret du mari, il s'agit plus de la vie d'une petite ville, plus exactement la vie des personnes impliquées dans l'histoire.
Jane, très jeune mère célibataire de 24 ans, vient d'emménager dans la ville et fait la connaissance de toute une bande plus ou moins amis des parents d'élèves de l'école où va aller son fils. Il y a Céleste une mère de jumeaux, belle à couper le souffle dont le mari est adorable et extrêmement riche, Madeline mère remariée qui à trois enfants dont l'ainée navigue entre les deux foyers, Renata la femme d'affaire... Plutôt la classe moyenne australienne, cela à son charme.
Petit à petit on pénètre dans les secrets de chacune, et l'histoire prend corps. Mais quasiment jusqu'au bout on ne sait qui est mort et on tremble pour les personnages à qui on s'attache.
Là aussi il s'agit d'un roman qui ne mange pas de pain (j'adore cette expression) très vite lu et réjouissant.


mercredi 7 décembre 2016

le doudou


Ce matin là je suis arrivée avant tous le monde, du moins avant toutes mes collègues de la gérance. Les lumières se sont allumées à mon entrée, j'ai mis en route la télécopieuse, allumé mon ordinateur, dénoué mon écharpe, enlevé mon bonnet, mes gants, mes mitaines, mon manteau, ma doudoune, et munie de mon mug et de mes deux dosettes de café bio je m'apprêtais à grimper à l'étage dire bonjour aux rares collègues matinales et me faire un café bien chaud.

Toc toc toc
Quelqu'un frappe à la porte en verre, TOC TOC TOC. Qui a oublié ses clefs ?

Je jette un oeil, une dame inconnue qui s'agite derrière la vitre et crie " ON EST LÀ POUR LE DOUDOU !!!" Heu le doudou ?
Ah oui ! Cette vieille serpillère surmontée d'une tête d'animal râpée, mâchouillée qu'Anaïs a trouvée en allant chercher le courrier l'autre jour, esseulée devant l'immeuble, abandonnée.
Elle l'a posé sur le photocopieur, clic clac photo prise, agrémentée d'un texte annonçant que le doudou attendrait au chaud, à l'accueil de l'agence et vite vite collé l'affichette aux alentours.

La femme agite une réplique du doudou, une réplique toute neuve, carré de tissu d'un bel orange vif surmonté d'une jolie frimousse toute jolie et duveteuse. Contre elle, une petite fille presse son visage anxieux contre la vitre.
Je prend la serpillère cracra d'une main, de l'autre la clef pour ouvrir. Elle voit le doudou et son visage s'illumine. J'ouvre la porte, lui donne le machin. Immédiatement elle enfoui son nez dans la chose, béatement.
Elle nage en plein bonheur, elle est ailleurs, plus rien ne compte que son doudou, le vrai, le seul, son amour.
Elles repartent, la petite fille sautille, son doudou serré contre son visage, la journée sera si belle.

mardi 6 décembre 2016

La nuit si fragile


Il faisait nuit, une nuit très étoilée, les étoiles brillaient dans le ciel noir et nous étions assis en haut d'un talus, un très haut talus. Je serrais mon enfant dans les bras,  JP était un peu plus loin, debout, il discutait avec quelqu'un.
Nous regardions le ciel, ce si beau ciel étoilé, enveloppés dans cette paix tranquille.
Un avion est passé au dessus de nous, sous la carlingue était accroché un paquet rouge et or, enrubanné, il volait assez bas et l'enfant a levé les yeux émerveillé, nous l'avons suivi des yeux, tout était si calme.
L'avion s'est mis à piquer du nez et je me suis levée inquiète, je tenais mon enfant dans les bras et nous avons vu alors comme des petits nuages qui semblaient s'élever des immeubles en contrebas. Je cherchais des yeux l'avion et brusquement j'ai vu des petites étoiles dans les nuages, autour des immeubles, et nous est venu alors le son de tir de Kalachnikov.
En une seconde j'ai compris, serrant mon enfant dans les bras j'ai dévalé, glissé sur les pieds, le talus. Ce si haut talus. En bas j'ai couru, couru, couru et je disais à mon enfant, tu ne parleras plus, tu ne diras rien, on va se cacher et tu te tairas, on va se cacher pour qu'ils ne nous tuent pas. Des silhouettes nous dépassaient, certaines me touchaient le dos, comme pour m'aider à avancer plus vite, je courrais l'enfant muet dans mes bras. Parfois j'étais touchée par des pierres, des petits cailloux ? Un homme a crié assez près Allahou akbar.
Nous sommes arrivés devant une porte, un homme armé en uniforme nous a attrapés et jetés dans le noir, un autre homme plus âgé nous a pris en charge et nous a demandé de nous asseoir derrière une étagère. Cela bruissait derrière nous, en jetant un oeil j'ai vu que nous étions dans un cinéma, sur les sièges rouges des hommes étaient assis, attendaient. La bande son d'un film passait, l'écran était noir.
Et puis d'autres personnes sont arrivées, le vieil homme m'a dit de me déplacer, plus près du mur, de l'entrée, des tirs que l'on entendait toujours. J'ai eu l'air apeuré, il a souri et m'a dit "vous voulez rester assise là parce qu'il y a un arc en ciel, pour le petit ?" Et j'ai vu alors que nous étions assis sur des dessins au sol. Mais je me suis levée et assise à côté de deux femmes qui papotaient, un petit garçon entre elles. Il a regardé en souriant mon enfant et a engagé la conversation, mon enfant était muet, sagement il se taisait. J'aurai voulu que tous le monde se taisent, que l'on ne soit pas repérés.
Je me suis réveillée, dehors il faisait nuit...

Sur mes pieds Chamade dormait profondément, dans son univers de rêve, la nuit était si calme, j'ai pensé à Alep...

dimanche 4 décembre 2016

des Postes et des postiers


Toute la semaine ce foutu St Nicolas me trottait dans la tête. J'avais, largement à temps, acheté quelques douceurs pour celui de C., pour G. étant comme sa mère, pas bec sucré pour un sous, ce sera cette année un virement en direct de bon saint.
Et puis, les jours avaient passé et le soir je m'écroulais lessivée sans courage.
Hier matin, après une nuit réparatrice, un visage repassé, un tonus retrouvé, douchée, dès mon délicieux café au lait bu, je suis partie d'un bon pas à la poste St André.
Une petite poste avec le plus adorable postier existant sur terre. Toujours souriant, aidant chacun à remplir les documents, un mot gentil à tous, bref un amour de postier. On a papoté un petit moment, personne n'attendait derrière moi, il a cherché les emballages décorés joliment, et au moment de payer, après la rituelle question, vous avez tout ce que vous vouliez, j'ai tout à coup pensé aux timbres pour les voeux. Ah ben tiens, vous avez déjà les timbres illustrés pour la nouvelle année ?
Ouiiiiiii il les avait, et en plus cette année me dit-il, ils sont à gratter. Il y a des lots à gagner, et même de très beaux lots !
timbres à gratter

Je prends deux carnets, il me conseille si je veux que le paquet parte encore le jour même pour arriver à temps, d'aller à la poste du centre, on se salue, je repars sourire au lèvres, mes cartons sous le bras, courant plus que marchant pour aller vite vite faire le nécessaire.

Je rentre, j'emballe à la va'comm'ch'te'pousse le tout et file au centre.

Lonnnnngues queues partout, la jeune femme devant moi a une montagne de paquets, des enveloppes pleins les mains, je l'interroge "Je suis bien dans la bonne file ?" Oui me dit-elle, et même si les paquets n'ont qu'à être tamponnés puisque déjà timbrés d'office, c'est toujours aussi long. J'attends, j'attends et vois les minutes passer. Au guichet les postiers semblent figés dans une sorte d'espace temps qui ralentit leurs gestes. Ont ils décidé de faire un mannequin challenge ?
Parfois la file bouge un peu, on se resserre, on soupire. Brusquement, la jeune postière qui mâche consciencieusement son chewing gum au guichet juste à côté, se lève pour accompagner son client et le foutre devant moi parce qu'elle ne sait pas quoi faire avec lui et que MA postière saura, elle, s'en occuper. Foutre diantre de merde pensé je in peto ! Je dis à cette jeune femme que j'ai juste un paquet à faire tamponner et que là j'attends depuis un certain temps.
Ben c'est comme ça me dit-elle avec hargne, y'en a qui attendent bien plus longtemps pour moins que ça, juste pour un renseignement. connasse
Je respire, je pense au ciel, à la mer, aux nuages, loin loin...
Et puis mon tour est arrivé, mon paquet tamponné à temps, j'ai remercié la postière, lui ai fait un sourire doux, souhaité bonne journée et descendant les grands escaliers en pierre j'ai effacé d'un coup l'exaspération inutile.

La prochaine fois je retourne à St André !

samedi 3 décembre 2016

longueur d'onde


Le bail est signé, les sous empochés, fiche de boite aux lettres complétée, allez on file faire l'état des lieux. C'est à deux pas de l'agence, nous y allons ensemble à pied. Il est jeune, travaille en Suisse, un peu austère, en chemin je tente une ou deux phrases, lui demande quand il a visité l'appartement. Du bout des lèvres il me répond, je comprends qu'il l'a vu avant qu'il soit refait à neuf, parquets, murs, plafond, je l'ai visité le matin même et je l'ai trouvé vraiment beau.
J'aime faire entrer des locataires dans des beaux appartements, propres, spacieux, bien placés, lumineux. Je suis contente, épuisée mais contente et nous marchons d'un bon pas.
On démarre par le garage, grand, propre, électricité et porte qui ferme parfaitement. Puis on va voir la cave, petite mais saine (important pour pouvoir y stocker des valises ou cartons) porte en bon état, les sous sols sont eux aussi très propres. Nous montons voir la boite aux lettres, remplie de publicité que je mets dans la corbeille prévue, la porte ferme à clef, sans jeu, parfait.
Dans l'ascenseur aux dernières normes, je souris, me réjouie de le voir découvrir l'appartement qui était franchement moche. J'ouvre la porte, le fais entrer, le regarde... rien... Il est debout, inexpressif.
Une petite mouche est posée sur le chambranle de la porte de la cuisine immaculé, délicatement il l'attrape, l'approche de ses yeux, et dit d'une voix sévère "j'espère que ce n'est pas une punaise de lit." Puis montre du doigt une cloque de deux centimètres sous la toile de verre neuve "Là c'est décollé !"
Oui je suis là pour ça, je constate, note, ferai le nécessaire pour que cela soit recollé. Mon énergie est au ras du parquet, j'écris, il inspecte sans un sourire. Pointe du doigt le moindre petit défaut , il est réfrigérant.
Et lorsque, ouvrant le meuble au dessus du lavabo il s'offusque que les tablettes en verre soient parsemées de traces de goutte d'eau, je lâche l'affaire.
Quelle tristesse...

vendredi 2 décembre 2016

et ça continue encore et encore


Une journée de formation inintéressante passée à écouter lire des textes de loi par un animateur qui n'anime pas grand chose. Mais une journée loin de l'agence, entre collègues, et un bon repas sous le Parmelan, sans penser au travail qui s'amoncelle au bureau et qui sera difficilement rattrapable, c'est un petit moment à savourer.
Surtout que le soir, à peine de retour à l'agence, la nouvelle collègue a donné sa démission, immédiate. De quatre débordées nous ne serons donc plus que trois... noyées !

Ma nuit a une fois de plus été plus éveillée qu'endormie, à cette allure c'est vingt ans que je vais me prendre dans les dents. Je tourne, tourne dans le lit, impossible de déconnecter du bureau, malgré mes tentatives de méditation, yoga nidra, plantes diverses et même mug de lait chaud au miel. A deux heures du matin je démissionnais de façon fracassante devant JP désolé, quatre heures de sommeil plus tard je m'arme de courage en espérant que pour une fois la direction prendra un peu ses responsabilités et ne nous lâchera pas dans les dents le poste vacant.

Avec tout ça je n'ai pas encore envoyé le St Nicolas à mes enfants, mon bureau déborde de paperasse, le linge s'amoncelle et ma P.A.L. attend que je m'y attèle.


jeudi 1 décembre 2016

les bonnes résolutions


Le froid est cinglant, je pédale en longeant le très joli parc sous le soleil, je file faire un état des lieux de sortie d'un grand appartement.
Au pied de l'immeuble elle m'attend le téléphone à l'oreille et s'exclame lorsqu'elle me voit, Ah elle est là, je vois son vélo !
Une petite dame souriante.
"On va d'abord filer à la cave voir si tout va bien et on démarrera l'état des lieux tranquillement." Oui oui dit elle en fouillant dans ses poches pour trouver la clef, qu'elle a laissée en haut...
Bon pas grave on monte et dans l'ascenseur elle me dit J'ai nettoyé tout l'appartement vous verrez, il n'a jamais été aussi propre, bien plus propre qu'à l'entrée.
Il y a des phrases qui pourraient faire partie du Bingo EDL. A y'est j'ai coché la première case.
Elle pousse la porte qu'elle a laissée ouverte, en face de moi une baie vitrée où le soleil tente de passer à travers les traces innombrables et grasses. Aïe ça commence mal.
Une fois la boite aux lettres, remplies de courrier encore, et la cave vues, nous remontons et je démarre.
Entrée, parquet bon état, murs propres, interphone... interphone couvert de grosses traces noires avec juste en dessous un interrupteur à l'origine blanc.
Ah oui là j'ai oublié dit elle. Elle a oublié tous les interrupteurs, toutes les prises, tous les lustres...
Je fais coulisser les portes du placard  "Oh mes radios"
Ah vous faites ça vraiment bien me dit-elle alors que j'ouvre le réfrigérateur dont les portes collent, pour y trouver une casserole remplie du dernier repas, une purée et quelques canettes. Et puis il y a la chainette en or coincés dans le joint de la machine à laver, le hublot presque noir, le filtre blanc de graisse au fond du lave vaisselle, la compote oubliée à côté du parasol qui lui aussi doit dégager, des cheveux. Elle a fait couper l'eau, impossible de vérifier la robinetterie et surtout de faire un petit coup de ménage vite fait.
Elle est seule avec deux grands enfants, se débat entre son travail et sa vie qui semble un peu compliquée. Une entreprise de nettoyage lui coûtera une bonne partie de son dépôt de garantie, elle a perdu une clef et un des murs est très noirci, peut être à repeindre, dans ma tête je cherche une solution pour alléger la facture.

Et comme à chaque fois, mes résolutions se sont envolées. Je me promets de ne plus être attendrie, de ne plus m'investir émotionnellement et paf, un regard doux, une pointe de malheur évoqué, et je suis prête à venir le week end avec mes gants et mes éponges, faire le ménage comme il s'entend.

Allez, je vous laisse une clef (je n'ai pas le droit je n'ai pas le droit je n'ai...) vous revenez avec de l'eau, un seau et vous nettoyez tout ce que je vous ai noté. TOUT et vite, je vous laisse jusqu'à vendredi.

On verra bien vendredi, je croise les doigts...