samedi 11 juillet 2020

des anniversaires

porte de cave à Lucinges

Il a dû pleuvoir à verse cette nuit, je n'ai rien entendu, malgré la fenêtre grande ouverte. Je dors peu, mais profondément, et le fond de l'air est délicieusement frais. Quelques pigeons roucoulent, les moineaux pépient tout autour, mes voisins sont encore silencieux. Au loin, très loin, parfois une voiture passe en chuintant.
Samedi, je suis seule, JP est encore dans les Vosges chez sa mère. La mienne fêtera mardi ses quatre vingt dix ans.

Elle souhaitait pour son anniversaire, que l'on fasse relier un de ses exemplaires numérotés du Petit Prince, mais d'une part le confinement n'a pas permis que l'on puisse s'en occuper, et d'autre part, nous avons eu tant de frayeur pour elle depuis mars, que notre énergie était plus portée vers elle que vers cette demande que bien sûr nous honorerons.
Alors, puisque nous n'aurions rien à lui offrir ce jour là, nous avons, comme l'année dernière, choisi de les inviter dans un, je l'espère, bon restaurant. A Paris, puisqu'il leur est impossible pour l'instant de quitter la ville, et sur les conseils d'une amie de C., nous tentons Les Climats.

Juillet et Août sont des années à naissance dans la famille. Le premier geburtstagskind est mon G. qui fêtera dimanche sa dernière année de vingtaine. Puis maman, suivi d'un de mes neveux, mon JP et tout de suite après ma nièce. Viennent ensuite ma belle-soeur, ma fille chérie, puis démarrent ceux de la famille de JP.

Je suis assez contente d'avoir réussi, malgré une semaine assez dingue côté travail, puisque tous le monde veut quitter son logement et que d'autres veulent y entrer, à trouver un restaurant avec de la place pour la fête nationale, et un cadeau livré hier dans la boîte de mon fiston.


J'ai même réussi à envoyer une vrai carte postale à maman, qui je l'espère arrivera avant le 14. 

vendredi 3 juillet 2020

quelques livres du mois de juin

A propos de Juin, j'ai lu hier que la majeure partie des français ne prononçaient pas Juin comme joint, et je me suis demandée alors, comment pouvaient-ils prononcer juin. Peut être Ju-in ? Il semble que cela soit côté Est que l'on ne fasse pas la différence, où très infimement. (je mets des majuscules où je veux moi...)
Ce mois de joint donc, a passé aussi vite que mai, depuis le 11 plus précisément. Et même si je reste une partie de la semaine en télétravail, je suis tout de même un peu plus active. Mais le confinement a laissé des traces, et j'ai encore du mal à me sentir vraiment libre.

Nous avons tout de même fait un tour en Suisse, en vélo, sous le soleil, et avons retrouvé avec plaisir l'école horticole de Jussy, traversé les vignes aux raisins verts encore freluquets, bu un perrier à une terrasse, calme. Mais nous n'avons pas encore eu le courage d'aller en Alsace, les cinq heures de route juste pour un week-end me freinent. Il faudrait aussi que j'aille à Paris, embrasser mes parents...

école d'horticulture

Et pour ma mémoire défaillante concernant ce que j'ai lu, voici mes livres de juin :

Antoine Renand
Fermer les yeux
Une petite fille joue à cache-cache avec ses amis dans un village perché d'Ardèche. Elle disparaît et tout le village se met à sa recherche. Des années plus tard, un flic à la retraite regarde les informations et soudain revient le hanter une erreur qu'il estime avoir commise. Il va se mettre à enquêter, accompagné d'un écrivain spécialiste des tueurs en série et d'une avocate qui tente de réhabiliter un homme qu'elle juge innocent. Franchement ce deuxième livre d'Antoine Renand est très prenant, c'est un vrai polar, bien noir, et jusqu'au bout le suspens est total.

Julian Barnes
La seule histoire
"Préférez-vous aimer davantage, et souffrir davantage ; ou aimer moins, et moins souffrir ? C'est, je pense, finalement, la seule vraie question." Dans les années 60, en Angleterre, Paul, dix-neuf ans, rencontre au club de tennis, Susan mariée, de trente ans son aînée, ils disputent des parties en double, une passion se noue, totale, absolue. Ils la vivent fièrement, conscients de défier les conventions sociales. Mais les années passent, sans bruit, tandis que l'amour et la jeunesse de Paul se heurtent aux démons de Susan. La quatrième de couverture est un parfait résumé du livre. Il y a d'abord cet inconscience de la jeunesse, persuadée que jamais elle ne s'envolera, et puis lentement, la réalité brutale que l'on ne peut changer l'autre, malgré tout l'amour que l'on a pour lui. C'est une belle et terrible histoire d'amour.

David Lelait-Helo
D'entre les pierres
Je l'avais commencé à la suite des deux autres lus en février et je n'avais pas du tout accroché après quelques pages. Je l'avais mis de côté et tout le confinement je le regardais en me disant qu'il faudrait que je le reprenne. Et puis le déconfinement a eu lieu, et puis j'ai lu plein d'autres livres et la semaine dernière je me suis dit qu'il fallait réessayer, au moins une fois. Eh bien ! Il est absolument super, au point que j'ai envie de l'offrir à maman et que je vais l'envoyer à C. sur son île. J'y ai retrouvé, alors qu'il s'agit d'un auteur français, le réalisme magique découvert chez Gabriel Garcia Marquez. Une maison raconte son histoire, plus particulièrement celle de Soledad Salvador. Je n'en dis pas plus, le livre fait 250 pages, à lire absolument.

Leah Hager Cohen
Des gens comme nous
Walter et Bennie Blumenthal se préparent à célébrer le mariage de leur fille Clem, dans leur maison à Rundle Junction dans l'état de New York en été 2014. Ils sont mariés depuis très longtemps, ont plusieurs enfants, une famille originale, un peu bohème. Parallèlement à ce mariage, l'annonce de l'installation d'une communauté ultra-orthodoxe provoque des angoisses parmis les habitants, en raison des risques supposés de changemement en profondeur qu'ils amèneraient. Cela me semblait très tentant et pourtant je m'y suis ennuyée. Mais peut être ne suis-je en ce moment pas réceptive à ce genre d'histoire.

Marie Cardinal
Les grands désordres
Mon dieu, Marie Cardinale, que j'ai lu adolescente, il y a bien bien longtemps. C'est l'histoire d'une mère, qui plonge dans le néant pour essayer de sauver sa fille qui se drogue à en mourir. C'est un livre qui ne remonte pas le moral.

Arnaldur Indriadason
Hiver articque
Oh un Indriadason que je n'ai pas lu, trouvé dans la bibliothèque du parc. Je le commence samedi matin, et pouf à la trente septième page, je constate qu'il manque une vingtaine de page, envolées… Je suis donc allée vite vite chez mon libraire qui ne l'avait pas en stock, j'ai foncé à la Fnac qui elle en avait un exemplaire, et je me suis replongée avec délice dans ce polar haletant. Un enfant est trouvé au pied d'un immeuble, poignardé, mort, collé par le froid au bitume. Et-ce un crime raciste ? L'enfant est d'origine thaïlandaise. L'enquête est menée par le commissaire Erlendur. Très bon polar.

mercredi 10 juin 2020

Comment se pourrir un week-end

bouquet de fête des mères

J'avais reçu le mail vendredi, 5 juin, en milieu de journée, une simple question :
"Pouvez-vous m'envoyer la dernière attestation d'entretien de la chaudière rapidement."

Son troisième mail de la journée.

Le premier j'y ai répondu immédiatement, renvoyer la copie du bail que "Vous ne m'avez jamais envoyée malgré ma demande, et cela depuis 2018". Une demande qu'il me semblait bien avoir traitée dans les temps. Petite recherche, oui le 19 mars 2018 je lui ai envoyé le bail, pas de nouvelle ensuite à ce sujet.
Je renvoie le bail, et lui précise la date à laquelle je le lui avais déjà envoyé, j'aurais pu lui dire l'heure exacte, mais je ne veux pas me rabaisser à son niveau, depuis que j'ai hérité de ce propriétaire, j'essuie les griefs dus à l'ancienne gestion foireuse.

Deuxième mail,
"Où en est le remboursement de la dette du locataire ?", parti avec une grosse ardoise.
Mhmmm je laisse cela à ma collègue du service contentieux. Je continue mon travail, arrive cette troisième demande.

Je consulte rapidement le détail du remboursement de dépôt de garantie. On ne lui a pas compté un entretien chaudière, c'est donc que nous avions l'attestation. Je descends dans l'historique des mails, je trouve ma demande où je somme le locataire de m'envoyer urgemment cette attestation, sinon on lui facturera un entretien... mais pas de réponse, pas d'attestation scannée sur son profil, et pas d'entretien compté lors du détail de ce qu'il doit à sa sortie.

Grand blanc dans ma tête, le vide qui se gorge d'angoisse, il est presque dix-sept heures, je ne répondrai pas au mail, je le laisse pour la semaine prochaine, me marque sur mon pense-bête bureau, de passer à l'agence chercher cette attestation dans le dossier... mais je me connais, si elle n'est pas scannée, c'est que nous ne l'avons pas reçue. Si nous ne l'avons pas reçue c'est que j'aurai dû lui compter cet entretien, j'ai merdé, le week-end commence, l'angoisse en bagage.

Lundi, à l'agence, après y avoir pensé samedi et dimanche, m'être préparée à expliquer à ma responsable, imaginé le regard sans mot, lourd, erreur malvenue. Dans le dossier du locataire, rien... dans celui du propriétaire, rien... pas d'attestation, pas de traces dans la comptabilité évoquant un éventuel contrat collectif d'entretien chaudière, et hélas, en vérifiant l'année où celle-ci a été changée, la confirmation qu'il fallait bien faire ce foutu entretien en 2019.

Ma responsable n'est pas là lundi... je retourne à l'agence mardi, je lui dirai là, de vive-voix, je déteste mal travailler...

Mardi, pas de responsable "Elle sera là mercredi et jeudi." Je dois répondre à ce mail, ce retard est de plus en plus suspect, je le sais. Il faut que j'appelle ma direction, là, ne plus attendre. Mais... et si jamais...

En fouillant dans les papiers, je retrouve la facture de l'entreprise qui a changé la chaudière. Ils ont dû, comme toujours, coller leurs coordonnés sur celle-ci et si jamais, si jamais, le locataire avait simplement pris le contrat avec eux, s'il n'avait pas pris un autre chauffagiste ? Dernier espoir  avant de passer à la casserole, j'appelle la société.
Je m'entends bien avec les secrétaires, et celle qui décroche me reconnait immédiatement, je lui explique ma demande. Donne le nom du locataire, du propriétaire "Ah oui, parfaitement, nous avons fait l'entretien, mais, attendez, pas d'entretien en 2020, le dernier entretien à eu lieu en mars 2019. Je peux vous tout de même vous envoyer l'attestation immédiatement."
Oui oui mille fois oui, le locataire a quitté le logement début février cette année, l'entretien a été fait dans les temps, C'EST BON !!!
Je suis tellement, tellement, tellement soulagée, je remercie encore et encore celle qui vient de m'enlever un poids que je n'imaginai pas si lourd avant qu'il ne me quitte. Je suis légère, ma journée bien que noyée sous la pluie me semble illuminée.

Je réponds au propriétaire, d'un simple "Voici l'attestation demandée." Et sans doute, la prochaine fois que je croiserai ma responsable, lui raconterai-je, légère, cette connerie que je n'ai pas faite.

lundi 8 juin 2020

Racines


Le vingt février était dernière fois où je suis allée chez le coiffeur. Le rendez-vous suivant a été annulé en raison du confinement.
Sur le moment cela m'a ennuyée, je n'aime pas avoir de racines, non que je cache aux autres que je me teigne les cheveux, mais je trouve que cela donne vite un air négligé.
Je suis restée tout de même la majorité du temps chez moi, travaillant à la maison, sagement, et ne sortant que pour les courses hebdomadaires.
Mes cheveux ont poussé, et lorsqu'il a été question de revenir parcimonieusement au bureau, les coiffeurs toujours fermés, j'ai cherché une solution éphémère. J'ai donc testé une teinture qui s'estompe au bout de cinq à neuf shampooings. La première fois a plutôt été une réussite, fondant joliment le gris de mes racines avec le blond de la teinture d'origine. La seconde fois, mes cheveux ont viré légèrement à l'orange.
Je croisais ma tête reflétée par les miroirs, j'aimais encore moins cet orange que la démarcation grise que je suivais avec curiosité. Lorsqu'enfin ma bi-couleur est redevenue normale, j'ai sérieusement commencé à envisager de garder ma couleur grise.

J'en suis maintenant à presque cinq centimètres de gris, je ne sais toujours pas si je vais résister à l'envie de redevenir blonde...

dimanche 31 mai 2020

le joli moi de mai

Nénuphars du parc d'Ambilly


Maxime Chattam La conjuration primitive
Il me semble que Thilliez et Chattam pourraient être le même écrivain, comme Musso et Levy. Je ne vois pas la différence, interchangeables. Même violence sanguinaire, même type de scénario, morts à la pelle et sans beaucoup de finesse. Ce n'est pas un mauvais polar, loin de là, lorsque je compare à Musso/Levy, c'est uniquement cette interchangeabilité.
L'histoire : une épidémie de meurtre ravage la France, les crimes semblent se répondre, il y a plusieurs meurtriers qui tous signent sur les morts un symbole gravé dans la peau. Un jeune gendarme tente d'intégrer dans l'équipe un célèbre profiler qui a pris sa retraite. Je ne pense pas que je relirai d'autres polars de ces auteurs.

Franck Bouisse Oxymore
Lorsque je suis tombée par hasard sur ce livre (de poche) je n'ai pas hésité une seconde. Lu en une journée, il tombait pile poil en confinement. Un homme se réveille enchainé dans une cave, sans aucune lumière, et ne sachant absolument pas la raison de pourquoi l'on s'en est pris à lui. J'ai été moins enthousiasmée par ce livre, mais j'aime toujours autant l'écriture, et malgré tout j'ai beaucoup aimé.

Yukio Mishima Dojoji et autres nouvelles
Je n'accroche pas du tout à la culture japonaise et puis je ne bois pas de thé... Pourtant je vis avec un homme qui est particulièrement sensible à l'art japonais dans son entier. Ce qui me dérange essentiellement, c'est la condition des femmes, cette soumission qui m'est insupportable. Malgré tout,  il se dégage de ces nouvelles une poésie qui transporte.

Pascale Kramer Une famille
Peux-on empêcher quelqu'un de se détruire, et que vivent ceux qui l'entourent dans une famille. Pascale Kramer nous fait entrer dans la vie de chacun, sa façon de ressentir la souffrance de ne pouvoir aider cet enfant, ce frère, tant aimé, qui se détruit envers et contre tous. J'ai été plus que chamboulée par ce livre, je l'ai intensément lu, et je le conseillerai sans aucune réserve.

Camilla Greb Un cri sous la glace
Emma jeune suédoise à un secret, son patron Jesper qui dirige un empire de mode lui a demandé sa main, mais il ne veut pas qu'elle ébruite la nouvelle. Deux mois plus tard on retrouve dans la maison de son fiancé le cadavre d'une femme décapitée et lui a disparu. Je pensais lire la suite des deux autres livres lus dernièrement, mais il s'avère que c'est le premier de la série. J'ai beaucoup aimé le début, mais lorsque j'ai compris l'intrigue, j'ai été décue, ayant déjà lu un polar assez identique. Une fois compris, l'intérêt n'était plus le même.

Antoine Renand L'empathie
Un homme s'amuse à terrifier d'abord des femmes seules, les forcant à lui faire une fellation, avec violence. Puis il devient de plus en plus dangereux et l'enquête menée par Anthony Rauch et Marion Mesny démarre. J'ai été extrêmement surprise par la qualité de ce polar quasiment jusqu'à la fin. Mais les cent dernières pages sont vraiment too much. C'est dommage, elles gâchent vraiment l'histoire. Je vais sans doute essayer d'en lire un autre afin de voir si c'est une simple erreur ou si effectivement l'auteur se laisse déborder par un fantasme de l'homme parfait.

Gerbrand Bakker Parce que les fleurs sont blanches
Trois frères, que leur mère a abandonnés un jour, sans doute partie en Italie, les laissant seuls avec leur chien lui aussi orphelin et leur père qui bichonne sa très vieille et très petite voiture. Ils ont l'air heureux, bien qu'ils espèrent revoir un jour leur mère. Ils jouent à Noir. Fermer les yeux et aller le plus rapidement, sans les ouvrir, au but fixé par un des trois frères. Mais un jour, le petit dernier perd la vue. Gerbrand raconte très simplement le basculement, la perte de la mère, la tristesse du petit chien, la vie qui brutalement transforme un jeu, si drôle au départ. Il y a quelque chose de doux et irréversible, une tristesse tendre.

Craig Johnson Tout autre nom
Quand les souris n'ont plus faim, elles trouvent la farine amère me disait mon père lorsque petite je n'aimais plus quelque chose. Est-ce cela, avoir lu trop de livre dans ce style ? J'ai eu du mal à y entrer, du mal à continuer, à finir. Non pas qu'il soit mal écrit, ni mal construit. Simplement l'impression de relire pour la énième fois la même énigme, les mêmes personnages.

Anne Cuneo Âme de bronze
Nous nous étions arrêtés, après une longue balade en vélo, JP et moi, devant la grande bibliothèque du parc d'Annemasse, qui avait été remplie, dès la fin du confinement, d'une impressionnante collection de livres à l'eau de rose. Elle en était bourrée jusqu'à dégueuler ses couvertures à fond rose et dessins mièvres de couples énamourés. Difficile de trouver, parmi tous ces livres, autre chose que ce rose, mais un livre plus sombre ayant attiré mon regard et sans vraiment savoir de quoi il parlait puisque la couverture ne comportait que le titre sans détail, je l'ai empoigné. Tant pis s'il ne m'intéresse pas, je le redéposerai là. Eh bien, non seulement je m'y suis immédiatement plongée, mais en plus je l'ai trouvé vraiment bien. Cela se passe à Lausanne, petite incursion à Thonon, il y a un meurtre, un viol, un vol semble t-il bénin, et l'enquêtrice qui prend toutes les affaires, même minimes, pour tout simplement vivre sa vie. Pas mal, pas mal du tout !

Joanne Richoux PLS
Conseillé par une toute nouvelle Instagrameuse (connue d'abord comme blogueuse, puis twitteuse, puis autrice formidable, et enfin instagrameuse prolifique) j'ai commandé ce livre chez mon libraire et l'ai lu sur mon balcon, en prenant mon petit déjeuner. Dans la collection Acte Sud Junior, à partir de 15 ans. Pour moi qui en ai 63, bien sûr que ces adolescents là n'ont plus les mêmes goûts musicaux ou mêmes boissons que moi a leur âge, mais les douleurs, les tristesses ressemblent fort à ce que j'ai vécu il y a longtemps.

dimanche 24 mai 2020

télétravail


Capucines du balcon
J'ai rapporté, le premier soir du confinement, l'ordinateur du bureau qu'il était hors de question que j'installe dans ma chambre. Bien séparer le travail de ma vie privée. J'ai donc investi la chambre des enfants-amis, dégageant tout ce qui encombrait le bureau pour y faire un vrai endroit de travail. Vue sur le ciel et le balcon qui à ce moment là était encore endormi. JP a immédiatement commandé un routeur pour facilité la connexion, et une fois le VPN opérationnel, j'ai pu démarrer ce fameux télétravail tant vanté sur les réseaux.
Le premier mois a été d'un calme impressionnant. Plus de problèmes de plomberie, d'électricité  ou autre, et mis à part un immeuble où il a fallu calmer les rages de certains résidents ne supportant pas les cavalcades d'enfants confinés, j'ai vraiment eu l'impression que la vie était devenue parfaite pour ceux qui à longueur de temps me sollicitent pour le moindre bobo.
Alors, même si la culpabilité que je combats à longueur d'année me titillait, j'ai pris mes quartiers d'été sur le balcon. Le matin je faisais sagement une demie-heure de yoga, je pédalais sur mon stepper, je respectais à la lettre les règles diététiques hormis l'apéro du soir.

Le deuxième mois a vu l'arrivée d'un portable professionnel qui a permis de me joindre plus directement. Personne n'en a abusé, et j'ai là aussi institué une règle absolue, couper le son hors des heures de boulot.
Je garde la règle stricte du : huit heures trente je m'installe, douchée, habillée, concentrée. Midi je me déconnecte et reprise à treize heures jusqu'à dix sept heures où je ferme tout et quitte la chambre. Le week-end je pousse mon matériel pro et je passe en mode libérée-délivrée avec machine à coudre prête pour la création.

Eh bien ce n'est pas si mal. J'ai un temps exécré cette façon de travailler, mais depuis que j'ai une journée à plein temps à l'agence où je peux faire tout ce qui est compliqué à la maison, d'autant plus que nous avons à nouveau la liberté de sortir sans attestation, je reconnais que je commence à me dire qu'une ou deux journées en télétravail serait une bonne façon de finir ma vie professionnelle.

mon bureau chez moi

vendredi 22 mai 2020

Semi-liberté

pivoines de haute Savoie
Nous avons enfourché nos vélo et sommes partis le long de l'Arve, deux heures durant, sous les arbres qui filtraient le soleil délicatement. Les promeneurs, souvent accompagnés de leur chien, masque sous le menton, ou pas de masque du tout ce qui était sans doute la meilleure des choses à faire, nous saluaient d'un joyeux bonjour. Nous aurions presque pu nous croire en vacances, sans virus rodant.

Je ne vais officiellement qu'une fois à l'agence la semaine, le reste du temps je suis en télétravail, où sur le terrain pour des états des lieux, masquée, gélifiée, distanciée, si loin de ma nature. Le sourire ne passe plus que par les yeux, les mèches de cheveux indomptées ne peuvent plus être repoussées le temps de se désinfecter les mains et enfin se libérer le visage.

Quels souvenirs garderai-je de ce confinement qui nous est tombé sur la tête un mardi, le 17 mars exactement.

Tout d'abord un certain amusement, mêlé d'angoisse diffuse. Laver, laver, laver tout ce qui aurait pu être souillé par le dehors, tout à 95°, depuis j'ai baissé la température à 60 et ai calmé cette phobie qui menaçait mon âme.

Apéro TOUS les soirs, peut-être un ou deux soirs ai-je tenté de reprendre la main, mais dès 18 heures nous étions prêts. Là aussi je viens d'y mettre le hola et mes nuits sont bien plus calmes. Peut-être y perdrai-je ces deux kilos réglementaires combattus sans succès.

Les livres, essentiellement polars, comme il est de règle en vacances, puisqu'au début il s'agissait un peu de cela. Grand soleil dès le réveil, malgré tout réglé à 6 heures chaque matin, peu de travail le premier mois, les locataires et propriétaires étant figés dans cet espace temps improbable.
Allongée sur mon transat, regardant pousser ce qui voulait bien sortir de mes jardinières, plantes mortes ressuscitant, je lisais au soleil, bronzant comme un mois d'août sur la plage... sans plage, sans mer, mais enchantée par les chants d'oiseaux enfin libérés.

J'ai bien testé les courses en drive, mais les deux fois où cherchant ma commande faite cinq jours avant, foule oblige, et constatant qu'il y manquait un grand nombre de choses, j'ai repris la mort dans l'âme le chemin du magasin. Une fois maximum par semaine, tremblante les premières fois, de me faire sanctionner, de rapporter cette saloperie à JP qui lui ne bougeait pas de son fauteuil.
Une seule fois je me suis faite contrôler, bonjour, au-revoir, ravie d'avoir passé brillamment l'examen.

Et puis lentement j'ai repris vie. Je suis allée à l'agence, parce que le télétravail c'est bien, mais c'est lent, et puis il faut consulter certains dossiers papier, il faut imprimer, scanner, envoyer des documents. J'avais alors le plaisir de retrouver des collègues, peu il est vrai, puisque nous n'étions en général pas plus de quatre ou cinq ensemble et respectant la distance obligatoire.

Il est arrivé un moment où mon moral a plongé, profond, lorsqu'il a été question que nous ne puissions plus quitter nos départements. Je venais d'apprendre que maman avait un cancer découvert au tout début du confinement, et me dire que je ne pourrai aller l'embrasser m'a foutu une tristesse incommensurable.

Et puis ces réunions par zoom où l'on se voit si vieille, j'avoue que là aussi cela fout le cafard...