vendredi 27 janvier 2023

un an complet


Le 21 janvier de l'année dernière, pour la énième fois, j'ai commencé une sorte de régime. Enfin, pas vraiment les régimes habituels que je fais depuis mes douze ans (tiens je devrais faire un libellé régime pour voir combien de fois j'en ai parlé ici), mais un net freinage de la catastrophe en route. Ceux qui me suivent connaissent mon problème de silhouette, ma gourmandise absolue, mes régimes plein de bonnes résolutions et pif paf pouf, sans le dire à personne, la reprise rapide des kilos chèrement perdus. Et c'est toujours la même histoire, un matin sur la balance, désespérée, je décide de m'y mettre, je m'y mets, un jour, une semaine, un mois, et un soir, par inadvertance, je replonge et abandonne, lassée par les restrictions.

Alors, le 21 janvier, ma seule vraie décision était de stopper un temps les apéros du soir, le petit verre qui doucement s'était doublé, pour parfois tripler. Le confinement avait institué ce petit rite, et mon JP ne s'étant pas fait prié, avait plus qu'embrayé, s'épargnant juste le matin, mais démarrant à 11 heures et une bouteille ne suffisait plus à notre journée. Stop donc à l'alcool et peut être dans un premier temps, diminué les quantités avalées sans vraiment avoir faim. Allez, si tu tiens un mois, ta faim sera déjà moins forte m'étais-je dit.

Je m'attendais à ce que le manque d'alcool dérange mes habitudes, il n'a fallu je crois qu'une semaine pour que je n'y pense plus. Le premier mois, très encourageant, m'a fait perdre presque trois kilos, je ne m'étais, hormis l'alcool, rien interdit. Le seul fait de ne me servir qu'une généreuse fois, plutôt que plusieurs en petites quantités, ne plus terminer la journée en aidant JP a finir les paquets de gâteaux dont il est friand, m'a menée en un an à perdre onze kilos. Lentement, parfois très lentement, mais jamais je ne suis frustrée, et parfois, en compagnie d'amis, nous ouvrons une bouteille. Même Noël n'a pas ruiné ma courbe descendante. 

En septembre j'ai commencé, le matin aux aurores, à faire un peu de musculation, abdos, bras, souplesse aussi. Toujours me déplacer en vélo sauf pour les grosses courses de la semaine, marcher aussi. C'est toujours ma Swatch chérie qui m'a aidée, encouragée. Et c'est la première fois, depuis Oh je ne sais plus tant le temps passe et tant de régimes ayant accompagnés ma vie, c'est la première fois je crois, que je tiens un an sans frustration aucune. 

Et je me sens tellement mieux, tellement mieux !

jeudi 26 janvier 2023

densité


J'avais rendez-vous à midi, pour l'osteodensitométrie de contrôle un an après la parathyroïdectomie. Le matin je m'étais préparée un petit sandwich au jambon, cette radio se faisant durant ma pause entre midi et une heure, un masque chirurgical, mon ancienne radio, ma carte vitale et d'identité et roule ma poule. En vélo la descente vers la clinique était plutôt agréable, il fait moins froid ces derniers temps, à peine zéro, et je suis arrivée à l'heure. 
Le ticket pour ceux qui ont des rendez-vous, salle d'attente tranquille, une petite vingtaine de patients. Une fois l'enregistrement fait, j'ai attendu, seule, dans un couloir, et dix minutes après j'étais dans le cabinet de radiologie.
Cette fois-ci j'ai dû me mettre en slip et pull et allongée sur la table tous mes os ont été sondés. Une fois la séance terminée, la radiologue a réalisé que normalement ce n'est que le poignet que l'on vérifie, alors elle a refait une petit coup de sonde sur mon poignée gauche. Bah c'est pas plus mal, m'a t-elle dit, normalement c'est un examen que l'on doit faire lorsqu'une femme est ménopausée. Et puisqu'évidemment cela n'avait jamais été fait pour moi, eh bien cela nous donnera une idée de l'état de mon squelette. 

J'ai encore attendu une petite demie-heure pour récupérer les résultats et je suis repartie à l'agence, pour manger mon sandwich et essayer de comprendre ce que contenait l'enveloppe. 
Apparemment j'ai les lombaires qui ne sont plus très costauds mais un poignet qui reprend lentement du poil de la bête. Je suis passée de l'ostéoporose sévère à de l'ostéoporose tout court.

Alors, même si cette opération a fait déconner mes cordes vocales, que je ne peux plus chanter juste, au moins mes os se portent mieux.

Il n'y a plus qu'à prendre rendez-vous chez le médecin. Moi qui y allais une fois tous les cinq ans, j'ai l'impression d'y passer ma vie ces derniers temps.

mercredi 25 janvier 2023

mon mort

Mon mort du milieu de l'année, celui découvert quelques semaines après qu'il ait fini sa vie, celui dont on a toujours pas trouvé les papiers d'identité et qui continue vaille que vaille à régler son loyer tous les mois, mon mort donc, me donne bien du travail.

Le lundi suivant la découverte, une fois la porte ouverte, d'un corps tout à fait mort, dont on ne savait pas s'il était féminin ou masculin, je me suis mise en quête d'informations, ce mort étant vraisemblablement un de mes locataires. Vraisemblablement puisqu'aucun papier d'identité, à ce jour n'a été trouvé dans l'appartement. Les clefs récupérées, interdit de faire quoique ce soit dans l'appartement, attendre les instructions de mon huissier préféré, sagement. 

Tout de même, un jour, il a fallu que j'aille y faire un tour, fermer le robinet d'arriver d'eau, vider une cuvette posée sous le siphon, remplie d'eau et provoquant des infiltrations dans l'appartement en dessous. L'occasion de voir le capharnaüm dans lequel vivait ce locataire depuis les années 75. 

Début décembre, après un courrier fait au magistrat en charge de l'enquête, l'autorisation est donnée pour faire l'inventaire, par huissier, de tout l'appartement. Je suis en vacances, c'est ma cheffe qui s'y colle, mais aucun trésor de trouvé, aucun passeport ou carte d'identité, du courrier non ouvert en quantité, des pupes couvrant le sol, un aquarium vide de poisson, celui-ci s'étant désintégré faute d'eau, de nombreuses bouteilles de ketchup en réserve, un foutoir indescriptible, absolument rien de valeur pour tout autre personne que mon mort. Le propriétaire peut donc vider l'appartement, et mettre tout en attente de décision du président du tribunal judiciaire que je dois contacter, dans un endroit sec et fermé. Ce qui pourrait avoir une quelconque valeur administrative (cartes bleues, feuilles de paie et autres documents personnels) est gardé dans le bureau de l'huissier.

Hier est arrivé le rapport de l'huissier, et j'ai pu faire le courrier au Président du Tribunal Judiciaire. Pendant ce temps, le propriétaire refait entièrement l'appartement, son garage encore plein de tout ce qui a fait la vie de mon mort. J'attends que les services du Domaine me contactent pour la suite de ce dossier, et que la banque de mon mort daigne enfin stopper les virements mensuels.

Je n'aurai jamais rencontré mon mort, entré bien avant que je n'imagine travailler dans l'immobilier, et mort seul, sans jamais avoir répondu à mes messages lorsque je tentais de faire mettre aux normes son installation électrique. Il aura vécu toute sa vie d'homme dans un petit studio, fâché avec toute sa famille, fâché avec l'agence dont il ne voulait entendre parler, exigeant de n'avoir contact qu'avec l'ancien propriétaire mort depuis fort longtemps. 
Et pourtant, je garderai longtemps dans ma mémoire, ce locataire inconnu.

mardi 24 janvier 2023

les surprises

la ferme de Beaumont - Haute Normandie

J'accompagnais JP en voiture, nous roulions vers l'hôpital où il passe cinq jours pour une cure qui devrait l'aider à supporter les grands froids qui sévissent actuellement. Un traitement qui dilate les vaisseaux sanguins, que l'on délivre aux alpinistes ayant eu les mains et pieds gelés. Or donc, nous venions de dépasser le lycée Jean Monnet et descendions l'avenue de l'Europe, lorsque tranquillement, majestueusement, un faisan, tel que celui sur la photo, a traversé à pieds l'avenue, devant notre voiture, se dirigeant vers la clinique vétérinaire. C'était tellement irréel de le voir là, tout près de la ville, ignorant le bruit des voitures, dans son monde de faisan.

J'ai vu comme cela, il y a des années, une tortue traversant l'autoroute vers Archamps. Cela semble tellement incongru que l'on se demande si ce n'est pas notre imagination qui nous joue des tours. Il y a au printemps les perruches qui piaillent dans les arbres autour de l'agence, une nuit c'est une fouine qui se baladait sur notre parking. 

Depuis plusieurs semaines, en face de notre appartement se construisent trois immeubles. Pour l'instant c'est un balai de camions et d'ouvriers qui s'agitent la semaine, mais le week-end, seule la grue se dresse au milieu de ce qui n'est encore qu'un vaste chantier. Dès que l'espace est abandonné de tout être humain, arrivent les chats, les corneilles et sur la flèche de la grue, les mouettes qui se rassemblent et papotent bruyamment. 

Les villes sont pleines d'animaux, des accompagnés par leurs maîtres, mais aussi des animaux sauvages qui se baladent discrètement et que j'aime surprendre, souvent à vélo, moins bruyant que les voitures.

lundi 23 janvier 2023

semaine trois, livre trois


Cadeau de Noël de C. qui connait bien mes goûts en lecture. En lisant la 4ème de couverture, j'ai eu un doute. Mais la plongée dans cet univers amazonien est formidable. Colin Niel enchante par ses mots une forêt aux premiers abords dangereuse et peuplée d'animaux sauvages. Darwyne, ce garçon en adoration devant sa mère, brinquebalant sur ses pieds tordus, dégage un malaise autour de lui qui fait que l'on a du mal à éprouver de la compassion. Et puis, lentement, Mathurine le dévoile. Il règne une tension tout au long de l'histoire qui fait que j'ai presque eu hâte d'arriver au bout, mais que j'aurais aimé continuer le chemin une fois le livre terminé.
Je ne connaissais pas cet écrivain, et j'ai envie de lire d'autres livres qu'il a écrit.
Sans hésitation, je vous conseille ce très beau livre.

4ème de couverture :
Darwyne Massily, un garçon de dix ans, légèrement handicapé, vit à Bois Sec, un bidonville gagné sur la jungle infinie. Et le centre de sa vie, c'est sa mère Yolanda, une femme qui ne ressemble à nulle autre, bien plus belle, bien plus forte, bien plus courageuse. Mais c'est compter sans les beaux-pères qui viennent régulièrement s'installer dans le petit carbet en lisière de forêt. Justement un nouvel homme entre dans la vie de sa mère : Jhonson, un vrai géant celui-là. Et au même moment surgit Mathurine, une employée de la protection de l'enfance. On lui a confié un signalement concernant le garçon. Une première évaluation sociale a été conduite quelques mois auparavant par une collègue qui a alors quitté précipitamment la région. Dans ce roman où se déploie magistralement sa plume expressive, Colin Niel nous emporte vers l'Amazonie, territoire d'une puissance fantasmagorique qui n'a livré qu'une part infime de ses mystères. Darwyne, l'enfant contrefait prêt à tout pour que sa mère l'aime, s'y est trouvé un refuge contre le peuple des hommes. Ceux qui le voudraient à leur image.

dimanche 22 janvier 2023

Des épices

JP a reçu, à Noël, de la part de mes parents, neuf flacons d'épices de chez Roellinger. Pour un anniversaire précédent, ma soeur lui en avait aussi offert plusieurs autres, essentiellement des poivres délicieux dont il agrémente les plats. M'étonnant qu'il n'ait pas utilisé une seule de ces nouvelles épices, il m'expliquait qu'il n'arrivait pas à les sortir du carton et qu'en plus il n'y avait plus de place pour les ranger dans notre placard déjà fort chargé. 

J'ai cherché plusieurs solutions, acheter des étagères à épices semblait la plus rationnelle, mais il aurait fallu trouver une place sur les murs, déplacer notre matériel conséquent, pour le mettre où ? La meilleure solution semblant une déserte. Et hier nous sommes allés, dans la bise glaciale, faire les magasins. C'est chez Fly que nous avons trouvé le meuble qui nous convenait et JP s'y est attaqué dès notre retour, pendant que je passais mes coups de fil familiaux de fin de semaine.

Temps prévu, quatre vingt dix minutes, temps réel, tout l'après midi et encore je l'ai aidé sur la fin, ses mains n'en pouvant plus de visser, dévisser, coller, ajuster. Le résultat est parfait, ce que nous voulions : tout à porté de main. En dessous sont rangées les graines diverses pour le pain, dans la partie fermée, toutes les farines, le levain sec, les paniers pour façonner les patons, et tout ça sur roulettes.

Dans notre futur appartement de quand on sera dans l'ouest, il faudra que nous prévoyions dès le départ, une étagère qui fasse la largeur de la cuisine. Même si sur la déserte nous avons pu mettre toutes les épices Roellinger, nous avons encore un placard dédié aux épices et sels dont nous nous servons quotidiennement. 

Parce que s'il y a bien une chose que j'aime toujours autant, c'est de découvrir de nouvelles recettes et les goûter avec gourmandise.

vendredi 20 janvier 2023

Avant de partir


Madame Brunembert avait arrêté de payer ses loyers cet été, comme ça, sans explication. Elle était locataire depuis des années, bien avant que je ne prenne la gestion de son appartement, et toujours elle réglait, pile à la même date, par chèque, toujours. Elle m'appelait parfois au téléphone, ces derniers temps pour des problèmes d'interphone qui ne fonctionnait pas. Vous savez, c'est compliqué pour l'infirmière qui viens me faire mes piqures, et la semaine dernière le Samu est venu, mais ils ont dû réveiller des voisins. J'avais déjà fait intervenir plusieurs fois le technicien qui s'occupe dans cet immeuble de l'interphone, il n'y avait pas de panne, sans doute avait-elle du mal à comprendre le nouveau fonctionnement à la con, passant par le téléphone portable.

En fin d'année j'avais eu un message de la responsable, aller faire le relevé des compteurs d'eau et électricité, y retourner quinze jours plus tard pour voir s'il y avait une consommation. 
Ah bon ? Elle ne paye plus ? Madame Brunembert ? m'étonnais-je auprès de ma collègue des contentieux. Oui, j'ai essayé de l'appeler, je lui ai laissé des messages sur son téléphone, je lui ai en dernier recours envoyé une lettre en recommandé.

Bonnnn, ok ! Je file en vélo. L'immeuble est assez cossu, si des odeurs pestilentielles se dégagent d'un appartement, sûr que l'on serait prévenu. Je grimpe les étages, sonne à la porte, aucun bruit, aucune odeur non plus. Je relève les compteurs, ne rencontre personne, repars sur mon vélo et me mets un rendez-vous pour dans quinze jours. J'essaye une ou deux fois de l'appeler, ce n'est tellement pas dans ses habitudes de ne pas nous prévenir, même si elle était partie en vacances, si elle avait déménagé en Ehpad, chez un de ses enfants ? Tiens je vais chercher sur internet s'il y a dans la région d'autres Brunembert, je les appellerai pour voir s'ils sont de sa famille, s'ils peuvent me donner des nouvelles.

A peine ai-je taper son nom, que je trouve un avis de décès, Madame Bertille Brunembert. Merde ! Elle est morte, cet été, un peu après nous avoir réglé le loyer du mois. 

Alors je téléphone à la mairie de la ville où elle a été déclarée décédée. On me conseille d'appeler les Pompes Funèbres qui pourront sans doute me donner les coordonnées d'un membre de sa famille. Effectivement la nièce s'est occupée de tout, et j'ai son numéro de téléphone auquel elle répond, tombant des nues que nous n'ayons pas été avertis. Mais !?! son compagnon devait déménager les affaires et vous rapporter les clefs s'étonne t'elle. Là malheureusement il est hospitalisé, je vais essayer de le contacter et lui demander de vous rappeler.

Dix jours passent, pas d'appel, serait-il mort lui aussi ? Je rappelle la nièce, elle est gênée, ce compagnon elle ne le connait pas vraiment, elle n'a pas son numéro de téléphone, s'il l'appelle elle lui dira qu'il faut nous appeler. Dix minutes plus tard il m'appelle, furieux, je n'ai pas à me mêler de ça, je ne dois plus appeler la nièce, il est dans son droit, il ne quittera pas l'appartement, l'association lui a dit qu'il pouvait y rester et qu'il y avait la trêve hivernale et qu'il était un clochard qui n'avait jamais travaillé et qu'il ne travaillerait jamais et et et ... il raccroche, on est mal barré.

J'ai fait mon boulot, je laisse le service contentieux prendre la relève. Nous changeons d'année.

La semaine dernière l'accueil me tend une petite enveloppe, remplie de clefs, sur laquelle est noté Madame  Brunembert, 17 rue des cailles, Vetraz Monthoux. INCROYABLE, moi qui pensais que je n'entendrai plus parlé de cet appartement jusqu'à ma retraite, voilà que le compagnon nous avait laissé les clefs, qu'il avait quitté le logement.

Hier je suis allée voir si l'appartement était vraiment libre. Il reste bien quelques meubles, un peu de foutoir, mais dans l'évier étaient posées deux plantes, arrosées, vigoureuses. 
Cet homme si agressif avait, avant de partir, fait ce qu'il fallait pour que les plantes de sa compagne ne meurent pas elles aussi. 

Alors j'ai fait coulé un peu d'eau dans les pots, dit au revoir à Bertille dont une petite photo maton trainait sur une commode, j'ai refermé la porte doucement.