jeudi 2 avril 2020

tristesse féline

Elles étaient trois noiraudes, adorées, choyées, princesses en leurs royaumes.

Nini est partie la première, puis Chamade qui l'a rejointe un vingt neuf janvier marqué d'une pierre noire...

Calinette vient de les rejoindre, là bas, au paradis des chats...

Je suis si triste pour Dr CaSo, si triste...

mardi 31 mars 2020

il restera toujours les livres

Linda Huber Une mer si froide
Je l'avoue, je l'ai lu un peu en diagonal, je voulais connaître la fin, mais ni le style, ni le suspens bien bien délayé m'ont tenue en haleine. Le prologue nous montre une petite fille qui se noit, puis commence l'histoire d'une famille qui un jour sur la plage, perd sa petite dernière. Les recherches effectuées par la police et les parents ne donnent rien, la mère plonge dans la dépression. En parallèle une femme qui a perdu sa fille remonte de la sienne, son mari est absent au chevet de sa grand'mère. Les ficelles sont grosses. Au moins durant cette lecture, je n'ai pas pensé au virus qui court qui court...


Karine Tuil Les choses humaines
Un Goncourt des lycéens, cela ne se loupe pas. J'ai rarement été décue, et là encore une fois, j'ai adoré. Résumé rapide pour ne rien défloré : Les Farel forment un couple de pouvoir, lui célèbre journaliste, elle a fait un stage à la Maison Blanche du temps de Monica Lewinsky, connue pour ses engagements féministes. Ils ont un fils, brillant, étudiant dans une prestigieuse université américaine. Un matin, tout vole en éclat, le monde s'écroule pour eux. A lire sans hésitation

Camille Di Maio Le parfum de nos souvenirs
Je l'ai trouvé dans la bibliothèque de rue, le dernier jour de travail à l'agence. D'habitude je ne l'aurai même pas regardé, mais il n'y avait plus grand chose et je savais que le lendemain je serai enfermée. Et puis sur la quatrième de couv il y avait un petit commentaire qui disait que cette délicieuse histoire rappellerait peut être à certains Les oiseaux se cachent pour mourir (grand film vu en cachette sur notre petit téléviseur, lorsque j'étais ado et que toute émission était strictement analysée avant que nous ayons le droit de regarder... ce qui pour ce film n'était évidemment pas le cas et dont je garde un souvenir ému). Donc, je l'ai pris et je l'ai lu, jusqu'au bout, parce que je suis en confinement, c'est dire. C'est un gros Harlequin pour qui se souvient de ce que cela veut dire, voilà, voilà.

Häkan Nesser Le mur du silence
Celui-ci trainait, entamé, sur mon bureau, lui aussi trouvé du temps de la liberté, dans la petite bibliothèque de rue. Je l'avais commencé, mais n'avais pas accroché, il était resté là plusieurs semaines, et bien sûr, n'ayant plus rien de facile à lire, je l'ai repris au début et bien qu'il ait été un peu décevant, je l'ai lu avec plaisir. Une femme appelle le commissariat pour signaler la disparition d'une jeune fille qui vit dans une secte de la région. Au début le remplacant du commissaire n'y prête pas vraiment attention, mais la femme rappelle. L'inspecteur Van Veeteren est désigné pour mené l'enquête et sur ces entrefaits, on trouve le cadavre d'une jeune fille dans la forêt. Un peu déçue par le fil de l'enquête.

Aline Schulman Paloma
En triant des livres pour descendre ceux qui pourraient intéresser mes voisins, j'ai retrouvé un petit livre lu il y a 19 ans, racontant la découverte du cancer et la mort de la fille de l'auteure. J'ai un rayon très chargé de livres écrits par des écrivains qui ont perdu leur enfant, je ne sais pourquoi j'ai tant besoin de lire ces beaux témoignages. Un temps cela me permettait, je pensais, de me préparer au pire, bien que l'on ne puisse jamais s'y préparer. Pour qui, comme moi, aime ce genre de lecture, ce livre est très bien écrit, très humain, franc.

Georges Bernanos Un crime
J'ai refermé ce livre sans avoir l'impression d'avoir tout compris, et effectivement, grâce à une analyse trouvée sur le site Cairn.info, j'ai pu vraiment dénouer les fils de l'enquête. L'écriture est si éloignée de ce que je lis habituellement, que malgré les seulement 152 pages, il m'a semblé que le livre en faisait le double ou triple. Alors en fin de compte, je ne peux vous dire que j'en sors enthousiasmée, mais comme toujours, je trouve très intéressant de sortir de mes sentiers battus.

jeudi 26 mars 2020

routine

cerisiers du nouveau parc
Je me réveille chaque matin un peu avant cinq heures, je reste au lit, défile les tweets qui ne parlent que de coronavirus, je lis, je sens l'angoisse monter, je me raisonne, je respire, il est temps de sortir du lit, d'aller me préparer mon délicieux café au lait, de laisser les nouvelles sur le bas côté.

Vers sept heures je fais mon yoga, celui que je connais par coeur, lentement, je respire, chaque posture sur quatre longues respirations, le soleil sort derrière le toit de la petite maison en face, les yeux fermés il colore d'un orange lumineux mes paupières.
Puis je me douche, avec le jet d'eau froide, bien glacé qui revigore.

Un peu avant d'attaquer mon travail, je monte sur mon stepper, vingt minutes, comme un trajet en vélo qui me manque tant que j'en rêve la nuit.

Ensuite je m'installe derrière mon écran, quelques mails que je reçois m'étonnent, savent-ils que nous sommes confinés ? Beaucoup tout de même m'envoient de très gentils mots, j'essaye de faire avec le peu de moyens que nous avons. Vendredi je ferai signer un bail, un état des lieux déjà préparé sur tablette que le locataire pourra corriger dans les dix jours suivant son entrée, deux mètres de distance entre nous, gel hydroalcoolique, la situation est invraisemblable.

J'irai en vélo, nous en avons le droit officiellement maintenant, je savourerai chaque coup de pédale, je respirerai avec passion l'air de la liberté, et puis je rentrerai sagement, stepper quatre fois par jour, aller, retour, aller, retour... j'ai ressorti mon élastique pour fortifier les bras.

Il me reste encore à lever le pied sur les apéros répétés pour ne pas reprendre les onze kilos que j'avais perdus, et ne pas devenir alcoolique.


dimanche 22 mars 2020

...

Tout ces petits dysfonctionnement du corps auxquels on ne faisait pas attention et qui brusquement sonnent le tocsin. Nez congestionné, mal à une oreille, éternuements, petite fatigue... chacun garde son angoisse, se lave les mains encore plus souvent de peur de contaminer l'autre qui vit là, juste à côté, de préserver ceux avec qui on bavarde au téléphone, angoisse sourde qui phagocyte l'imaginaire.
Encore ahuri de la situation qui a basculé si rapidement.
Un jour libre, le lendemain enfermé avec la trouille de plus en plus forte de mettre le nez dehors.

Le temps s'écoule à ne rien faire.

Il va falloir établir un planning pour garder un semblant d'énergie. Parce que le télétravail c'est bien beau, mais cela n'a tout de même rien à voir avec ce que je faisais avant. Traiter les mails, de propriétaires ou locataires hors sols. Rester factuel, ne pas s'étonner de certaines questions qui font comprendre que celui qui écrit n'a de loin pas pris la mesure de ce que l'on vit. Essayer de naviguer entre ce qui est permis ou non. Déménager ? Oui dit le gouvernement, non dit la gendarmerie qui sera la seule sur le terrain pour verbaliser. Aller dehors pour préparer l'après, ou rester chez moi et me protéger de ce virus dont on ne sait de loin pas encore tous les vices ? Répondre à des questions dont je n'ai pas la réponse. Et pourtant ma direction très présente, fait tout pour nous aider et nous protéger, mais le marché c'est le marché et le gouvernement exige maintenant que l'économie reparte et demande qu'on fasse notre travail coûte que coûte.

Dehors les chants des oiseaux emplissent l'espace.


Peu, très peu de passants dans les rues, lentement nous nous confinons sans bruit...

samedi 21 mars 2020

balade printanière

à l'ombre des cerisiers en fleurs

Jamais encore je n'avais eu cette joie d'aller faire un état des lieux de garage.
Ouvrir une porte, basculante la plupart du temps, voir si le sol est balayé, si l'éventuel globe fonctionne, prendre la nouvelle adresse du partant, faire signer, valider et hop, repartir en vélo, quelques minutes, rien du tout, une perte de temps en trajet, petit truc à la limite de l'inutile.

Et puis vint le confinement, rester chez soi pour préserver les autres.

Alors, lorsque ma responsable m'a demandée si j'acceptais de faire cet état des lieux programmé bien avant la guerre, j'ai sauté sur l'occasion. Oui, bien sûr, et je ferai super gaffe, vélo, état des lieux, vélo, ne toucher personne, rester à plus d'un mètre de distance, OUI, OUI, OUI, je voulais le faire.

J'ai suis partie sous le soleil, vingt minutes à traverser la ville quasiment déserte, quelques joggeurs, deux trois promeneurs de chiens, des kékés bien protéger par un masque fièrement porté et sans doute plus très protecteur, mais surtout, surtout, une explosion de fleurs, partout, magnifiques.
J'aime tant le printemps !

Faute de connexion à mes mails, j'ai attendu, l'ai appelée pour apprendre qu'elle avait annulé la veille, son rendez-vous. Les déménageurs ayant été coincés à la douane, elle n'avait pu effectuer son déménagement et du coup gardait le garage jusqu'à sa sortie repoussée aux calendes grecques. Comme elle s'excusait de m'avoir fait déplacer pour rien "Bien au contraire lui répondé-je, vous m'avez permis, sans culpabiliser, de faire une belle balade en vélo".

Au retour, j'ai pris les chemins de traverse, savourant ce printemps si doux, et puis je suis rentrée, me suis bien lavé les mains, désinfecté les poignées touchées, heureuse de ces instants volés de liberté. 

mercredi 18 mars 2020

juste avant la fin du monde

Verveine
Bien sûr, samedi matin, comme pratiquement tous les samedis de l'année, je suis allée faire mes courses. Je n'ai pas pris plus que d'habitude, peut être quelques sachets de grissini en plus, deux vaporisateurs de désinfectants, mais sinon, courses normales. Quelques hurluberlus trainaient en famille deux caddies, mais l'ensemble était loin de ce que l'on nous montrait à la télévision. 
Ensuite, tranquillement, je suis allée chercher la cargaison de médicaments pour JP. Cette fois-ci, ne sachant pas où nous allions, j'ai pris la totalité des quantités prévues pour un mois, doliprane compris soit douze boites. Un peu culpabilisée de profiter de ce qui restait encore comme liberté, les messages relayés sur twitter et par mes enfants, me confortant dans l'avenir confiné prévu, je suis allée faire un tour à Monoprix et vite je suis revenue à l'appartement, désinfectant tout ce que j'avais touché.

Et puis... l'après-midi... le ciel ne nous étant pas encore tombé sur la tête... je me suis dit que deux, trois, quatre semaines sans printemps à chérir, serait sans doute au-dessus de mes forces mentales. Alors, honteuse, j'ai filé chez Botanic, m'acheter quelques bulbes d'iris, de jacinthes et autres merveilles odorantes. Un peu d'oseille, un peu de coriandre, à planter dans mon potager qui a tenu tout l'hiver vaillamment.

Lundi, n'ayant pas de consignes particulières, je suis allée travailler. Et ce petit trajet sous le soleil, dans une ville aux allures de jour férié, si apaisant, a effacé un temps l'angoisse qui m'étreignait depuis des jours. Les cerisiers en fleurs, les chats si libres et ravis de ce calme revenu, l'agence fermée au public, avec ce petit goût de veille de guerre, chacun gardant ses distances, désinfection partielle des bureaux et matériels utilisés, conversation en boucle sur ce que l'avenir pouvait nous réserver.
Le soir nous avons embarqué nos ordinateurs, le président ne nous avait pas encore dit à quelle sauce nous serions mangés, mais nos dirigeants préféraient prendre les devants. Si confinement il y avait, nous serions tenus au courant via le groupe Whattsapp créée pour l'occasion.

A neuf heures trente je savais que le lendemain le télétravail allait être mis en place.

Hier matin il me restait encore une chose à faire, je suis sortie, sans le papier qui deviendrait obligatoire à midi, pour me rendre à l'hôpital de Fillinges, chercher un médicament pour JP. Juste avant d'entrer dans le hall quasiment désert, j'ai enfilé mes gants latex, mon masque fabrication maison, direction la pharmacie.

Au retour j'ai pris le chemin des écoliers, route départementale pour admirer la nature qui se réveille, puis j'ai sillonné la ville, dont seuls les magasins d'alimentation étaient ouverts et où attendaient les longues files d'angoissés, cherchant à faire leurs dernières courses avant la fin du monde.

Le confinement pouvait vraiment démarré, j'ai déplié mon transat, au soleil, un verre d'eau gazeuse à porté de main, et j'ai ouvert un roman d'amour...

vendredi 13 mars 2020

quel enfer !

Hier, en formation à Annecy, j'étais durant huit heures à 50cm d'une collègue habitant Sillingy et dont les enfants scolarisés à la Balme, finissaient dimanche soir leurs vacances forcées bicoze cluster-coronavirus. On a évidemment parlé, durant le repas, de ce qu'était le confinement (le sien venant de se terminer), les problèmes associés, sa crainte que ses enfants aient contaminé ses parents "âgés" (soixante dix ans... nous vieillard qui nous ignorions...).
Je ne sais pourquoi je me doutais que notre président, découvrant brusquement (ou pas) la solidarité, déciderait de fermer les écoles, je lui ai dit, et pif paf pouf j'ai eu raison.

De mon côté, bien que la majorité se moque gentiment de moi et ma ridicule angoisse protectrice, je suis très précisément les consignes données par l'OMS. Je ne sers plus les mains depuis un moment, les bises du boulot j'ai sauté sur l'occasion, la distance de un mètre, si difficile à maintenir (les gens adorent se coller aux autres). A la maison, je maintiens la même distance avec JP. Je lui demande d'éviter au maximum de sortir, confinement maison pour le protéger tant que faire se peut. Je nettoie, je nettoie, je nettoie...
La grande inconnue reste la frontière suisse. Sera-t-elle fermée et si oui, comment ferai-je pour chercher des fonds ?
Si je suis confinée, ce qui n'est pas à l'ordre du jour, j'ai de quoi relire et relire, ma bibliothèque étant encore très fournie malgré mes dépôts dans les bibliothèques de rue.
J'aurai aussi de la couture à faire, j'ai un super modèle de masque trouvé sur internet.

Et puis... il y a mes parents...

Qui n'ont aucune intention de changer leur façon de vivre. Là, présentement, ils sont partis, en train, faire un tour dans le sud. Puis ils rentreront, en train, et tiendront leur programme. Lecture privée, dîner divers chez eux et chez les amis, cours de poterie, balades, musées, cinéma, pas de masque (y'en a plus), etc. mais au moins plus de bises et serrage de main. "Ah mais si j'en meurs me dit ma mère, je n'en ferai pas une maladie. Je préfère cela que mourir d'un cancer avec chimio et souffrance".
Je sers les dents, qui suis-je pour leur intimer de rester chez eux. A 90 et 91 ans, ils ont le droit de profiter de la vie. Simplement leur dire qu'on tient à eux, qu'on les aime.

Mes enfants font de leur côté aussi très attention, sans entrer comme moi dans la psychose. C. vient de faire son dernier voyage avant longtemps, tout étant annulé pour l'instant. G. lui, en première ligne pour ce qui est des informations grâce à sa tendre L. étudiante en médecine, et le soir au Samu, me rassure comme il peut.

Je n'ai plus qu'à implorer mes chers disparus, que de là haut ils nous protègent...