mardi 11 septembre 2018

Cette date là

Une corneille perchée sur le toit en face, dans le jour bleuté qui se lève, croasse seule. Au loin la circulation sourde et ténue, il y a dix sept ans, à cette heure là, nous ne savions pas encore que nous basculerions dans un autre monde.
G. avait dix ans, C. seize et moi à peine quarante quatre ans, Chamade n'était pas née et JP était déjà malade depuis trois ans.
Onze septembre deux mille un.
Plus tard nous avons vu les images, celles qui montraient celui qui tombe, tête en bas, une jambe pliée, tellement de classe dans cet instant effroyable. Des visages blancs, couverts de plâtre, hagards, des hommes sacrifiant leur vie pour tenter d'en sauver d'autres. l'immense tour qui lentement, si lentement, inexorablement, se fracasse, entrainant ceux piégés qui se broyaient.
Le ciel change de teinte, passe au bleu clair, il va faire encore très beau, chaud.
Je garde de cet instant où mon amie me racontait au téléphone le chaos lointain, l'image d'une pelouse si verte, brillante au soleil, le chant léger des oiseaux et au loin la paisible rumeur de la vie qui s'écoule.
Je pensais alors qu'une guerre venait de débuter...

dimanche 9 septembre 2018

retour au quotidien

on est jamais trop vieille pour jouer avec un emballage de bouteille

Je me réveille de plus en plus tôt, dès quatre heures j'ouvre les yeux, reposée, Chamade collée contre moi, sage, attendant mes caresses. Et durant une heure nous sommes toutes les deux, dans le jour qui lentement se lève éclairant le rideau de gris s'éclaircissant jusqu'à devenir blanc, paisibles.

Nous avons passé de bonnes vacances, grâce aux enfants qui se sont relayés, interdisant à JP de se complaire dans la maladie. Et cette année, puisque notre petite chatte vieillit, nous avons décidé de tenter la liberté pour elle, dans la cour de la maison. Il y a bien eu deux tentatives d'évasion, mais rattrapées de justesse. Adieu donc la longue ficelle qui suivait ses déplacements très acrobatiques et s'emmêlait dans les buissons, entre les barreaux de la table, autour des transats. Cette année, dans doute sa dernière à Oléron, elle s'est régalée de ces quelques mètres carrés de vie sauvage.

Au bureau les horaires ont changé, je termine plus tôt le soir, cela demande une adaptation pour  calquer les états des lieux et finir à temps mais c'est bien, l'heure gagnée le soir est un vrai plaisir.

J'ai repris le yoga quotidien et après plusieurs semaines de négociations âpres avec ma responsable, j'ai été entendue ce qui m'a apporté un apaisement immédiat, même si bien sûr en contrepartie je prends une charge de travail en plus, mais un travail qui me convient contrairement à ce que l'on voulait me faire faire.

Tout à l'heure je vais revoir mes parents qui passent le week end à Anthy, après-midi au soleil au bord du lac.

samedi 28 juillet 2018

trois semaines

Lorsque j'ai enfourché mon vélo, saisi par la chaleur lourde du soir, après avoir passé une journée sous le climatiseur, lorsque j'ai donné le premier coup de pédale, savourant cet instant, je n'ai pas réussi à me sentir en vacances, alors qu'elles venaient à l'instant de débuter.

Trois semaines devant moi, trois semaines d'évasion.

Samedi dernier JP a redémarré une allergie médicamenteuse, comme il y a deux ans, même symptômes, même période. Je crois que j'en aurai pleuré si je me l'étais autorisé. D'un côté JP si fragile, de l'autre mes vacances qui s'envolaient alors que je les espérais passionnément.

Cette fois-ci nous avons réagi instantanément, nous savions dans quoi nous plongions, et cela a permis de stopper relativement vite l'escalade et de ne pas aller jusqu'au Dress Syndrome, bien qu'il ait été frôlé dangereusement. Evidemment je croise les doigts pour que la situation qui semble stabilisée ne dégénère pas. Je reste obstinément optimiste, je n'ai que cela comme ligne de vie.

L'année dernière c'était un staphylocoque dorée dans l'os, une infection pulmonaire en complément. Chaque année, chaque année, chaque année... Depuis mille neuf cent quatre vingt dix huit l'Eté est accompagné par la maladie. Et chaque année je ne sais pas si nous partirons, ou resterons cloués l'un à l'hôpital, l'autre à faire des allers retours.

Mais toujours j'y crois. Même si j'ai le ventre qui se tord, que je rage et implore les dieux, je prépare les bagages, imagine la mer qui va et vient sur le sable, le vent qui frissonne dans les pins, et je rêve de l'odeur de curry des plantes sur la plage, qui au soir couchant accompagne mon retour.

Je suis hors du temps...

lundi 9 juillet 2018

de l'intérêt du foot

Puisque mes grands chefs aiment le foot, l'agence a fermé en début d'après midi pour permettre aux amateurs de vite rentrer chez eux et se délecter du match France-Uruguay. Et moi, comme trop souvent ces derniers temps, j'ai pris mon matériel de femme de ménage, et je suis allée nettoyer des vitres, des tiroirs oubliés, des sanitaires abandonnés. Je suis incorrigible et j'ai horreur, tellement horreur des conflits.
Parce qu'à chaque fois que je fais une sortie, à chaque fois, la phrase que me disent en premier les locataires est : " Ah ben vous verrez, c'est bien plus propre qu'à mon entrée !" et dès que je passe le seuil de la porte d'entrée, je vois les vitres couvertes de traces de mauvais nettoyage, je trouve des portes noircies autour des poignées, des interrupteurs pas nets, et intérieurement je soupire. La plupart du temps, soit l'appartement n'a tellement jamais été nettoyé que je dois faire venir une entreprise, soit grâce à mes chiffons que je traîne dans mon sac à dos, je mets entre ses mains de quoi faire un petit rattrapage en lui expliquant que cela lui évitera une retenue sur son dépôt de garantie.
Mais il arrive aussi que je sois trop en empathie, que je n'ai pas envie de me battre. Alors, je reviens seule dans l'appartement, et je m'attaque aux vitres, aux plinthes poussiéreuses, aux fonds de tiroirs un peu cracra. Il me suffit parfois que d'une demie-heure pour rendre un appartement présentable, et en sortant je me sens ensuite si légère.

Cela n'empêche pas les locataires de se plaindre, et certains, laissant un appartement répugnant, pour qui là je ne peux rien si ce n'est faire intervenir une entreprise, aboient que de toute façon nous les agences, nous ne rendons jamais les dépôts de garantie, que nous nous foutons tout dans les poches. S'ils savaient que pendant qu'ils hurlent devant leur téléviseur à la vue d'un ballon entrant dans la cage, je frotte et brique leurs oublis pour leur éviter de perdre leur précieux sous, et cela sans aucun bénéfice pour moi...

... si ce n'est justement l'absence d'injure au téléphone lorsqu'on leur rend leur dépôt de garantie.

Et cela n'a pas de prix !

jeudi 5 juillet 2018

Paresse estivale

Le soir, alors qu'il fait encore grand soleil, je quitte avec bonheur l'agence.
Dix ans maintenant que je suis entrée pour six mois maximum, dans cette agence que j'ai vu évoluer rapidement. Je me souviens du plaisir que j'avais à aller travailler, rester souvent jusqu'à 19/20 heures sans voir le temps passer et me réjouir du lendemain. Mes deux big chief sont partis à la retraite, remplacés par de nouveaux dirigeants, bien plus jeunes, c'est simple je suis la plus vieille maintenant de tous. 
D'assistante syndic je suis passée à gestionnaire gérance, avec un portefeuille conséquent. J'ai largement abandonné la voiture au profit du vélo et parcours la ville dans tous les sens. Je déteste toujours autant faire les états des lieux, et fatigue face à l'agressivité de plus en plus expressive des locataires et parfois même des propriétaires. J'ai appris à me maitriser totalement lorsqu'un ou une locataire m'attaque verbalement. J'arrive presque à baisser mon rideau de protection mentale, sauf si vraiment la charge est trop lourde.
J'ai eu des collègues éphémères, dont deux m'ont vraiment pourris l'existence et demandé beaucoup d'énergie pour ne pas sombrer. D'autres qui font partie de ma vie, avec qui j'aime bavarder, boire un verre, parfois même me confier. Plusieurs se sont mariés, ont eu des enfants, sont partis... hélas.
Je commence sérieusement à me poser la question pour prendre cette foutue retraite, poussée il est vrai par un copain de mon âge et très heureux de la sienne. J'aime tant travailler, si seulement il n'y avait pas cette confrontation constante avec des personnes dont les menaces sont les seules expressions qu'ils sachent utiliser. 
Je rentre le soir épuisée mentalement, et me tombe d'un coup cette paresse qui me laisse molle et inactive.

Je rêve de vacances, loin de l'agence, cette agence que j'aimais tant.

mardi 26 juin 2018

si loin si proche

Souvent j'imagine mon grand père strasbourgeois revenir sur terre et découvrir la vie telle qu'elle est maintenant.
Que comprendrait-il de ces hommes et ces femmes accrochés en permanence à leur smartphone, regardant des films en marchant, parlant seuls, une simple oreillette plantée dans l'oreille. Qu'imaginerait-il en voyant les jeunes filles aux pantalons déchirés, parlant fort, s'invectivant comme des paysans dans les champs de son enfance ?
Lui qui, lorsqu'il croisait une connaissance féminine, décollait d'un geste délicat, son chapeau de sa tête pour la saluer, que représenteraient ces mains que l'on frappe, retourne, refrappe, se cognant parfois l'épaule, des jeunes mecs pantalons à mi cuisse sautillant sur place.
En quarante ans le monde a tellement changé, tellement.
Comprendrait-il un instant que si l'on avance vite, certaines horreurs reviennent percuter le présent. Les camps qui enferment, les hommes que l'on rejette dans la mer, ceux que l'on recense pour mieux les éloigner.
L'indifférence que l'on pensait envolée.

C'est peut être pas si mal du coup, que l'on ne soit pas éternel.

lundi 25 juin 2018

l'eau, la vie

Il y a eu du soleil, un peu plus de vingt cinq degrés, peut être même sommes nous montés jusqu'à vingt neuf, sur le vélo le vent effaçait quelques degrés, peut-on appeler cela une canicule, une canicule de petits vieux qui devraient boire et n'y pensent pas ?

Elle s'est cachée sous son grand foulard, et puis elle n'a plus bougé, plus mangé, plus bu, rien, une pauvre petite chose qui ne ronronnait plus alors que je lui caressais sa douce fourrure, évitant les deux dômes près de la queue. Elle s'est levée le soir, par habitude, faire son tour pour l'apéro. Elle a senti, effleuré de son museau, la crevette fraîche que je lui avais posée sur le carrelage, à l'ombre des tomates et des poivrons. Elle l'a légèrement déplacée, puis est repartie se cacher sur la mezzanine, sous la couverture.
Le lendemain la caisse était vierge de tous pas, ni pipi, ni caca, rien depuis deux jours, et mes plantes n'avaient, elles aussi, eu aucune visite nocturne.
Alors je l'ai mise dans sa caisse, lui ai fait faire un tour de la ville en voiture avant de partir au bureau, voir si l'effet laxatif qu'a ce moyen de locomotion allait fonctionner avant de l'emmener chez la vétérinaire. Et puisque c'était le cas, je me suis dit que j'allais encore attendre un peu.
J'ai déployé mille ruses pour la tenter, changer l'eau trois fois pas jour pour qu'elle soit fraiche, mélanger un peu de pâté avec quelques cuillerées de liquide. Mais alanguit elle ne quittait plus son fauteuil.
Alors, en désespoir de cause, j'ai pris une pipette, la glissant entre ses dents acérées, je l'ai abreuvée, de force. La première gorgée l'a surprise, la deuxième est mieux passée. Tout au long de la journée, samedi, je l'ai hydratée, petit à petit, une pipette puis une autre quelques temps plus tard.
millilitres après millilitres...

Et puis elle s'est levée, s'est mise à ronronner, et le soir elle attendait vaillamment que sa crevette soit prête. Le lendemain elle avait fait un petit caca dans la caisse, et dimanche elle s'est gavée, rattrapant ses trois jours de diète, ressuscitée, courant même vérifier que toutes les portes des balcons étaient bien ouvertes. Elle n'a toujours pas repris l'envie de boire, la pipette semble lui convenir.

Durant la canicule, n'oublions pas nos petites vieilles qui oublient de s'hydrater...