mercredi 14 avril 2021

Millilitres de chance

Cette année, quoiqu'il se passe, j'avais décidé que je prendrai mes vacances spéciales anniversaire. Celles de l'année dernière étant tombées à l'eau en raison du confinement strict, je n'avais gardé que le 8 avril comme journée hors du temps. Evidemment, à peine trois jours avant mes supposées vacances en Alsace, un nouveau confinement avait été décrété et sur le moment j'ai eu un vrai coup de déprime. 

Et puis, notre merveilleux épidémiologiste ayant dit à mots couverts que la maréchaussée serait conciliante, limite les yeux fermées jusqu'au lundi de Pâques au soir, nous sommes partis un peu avant 8 heures samedi, passant par la France pour éviter des problèmes à la douane. Week-end froid mais ensoleillé, loin du bruit, sans masque, sans couvre-feu dans le terrain, idéal pour se préparer aux jours suivants où, rentrée à la maison, j'ai totalement déconnectée du boulot, au point d'avoir eu l'impression d'être partie trois semaines. 

J'ai repris tranquillement mon poste lundi, un peu à l'agence histoire de voir ce que j'avais dans ma bannette, un peu en télétravail pour décanter mes mails et demandes diverses. Et puis, vers seize heures, alors que je commençais déjà à en avoir ras la casquette, ma collègue à l'accueil m'appelle : "Dis Valérie, ça n'a rien à voir avec le boulot, mais j'ai le pharmacien qui est là et me demande si on a une personne de plus de 55 ans, parce qu'il a une dose de vaccin sur le bras." vaccin... euh là tout de suite ? dans ma tête je n'ai pas vraiment le choix, si on m'apporte sur un plateau cette dose c'est que c'est un signe.
"C'est quel vaccin ? - le pharmacien répond que c'est l'aztrazeneka mais je sais déjà que je vais dire oui. Et je file à toute vitesse sur mon vélo pour profiter de cette opportunité inespérée, le premier jour où la vaccination est autorisée pour les biens portants un peu moins jeunes. 
Il m'attend, me pose des questions en rafale, non je ne suis pas enceinte, non je n'allaite pas, non je n'ai pas de fièvre non non non et pouf un petit coup de désinfectant, une piqure dans le bras "un peu plus mou s'il vous plait les muscles" et je repars après avoir donné mes coordonnées pour dans 6 à 8 semaines.

Le soir tout va bien, aucune douleur au bras, je zappe le doliprane qu'il m'a conseillé, des vaccins j'en ai eu quand même quelques uns, je n'ai jamais eu quoique ce soit comme réaction.

Et puis vers quatre heures je me réveille, j'ai froid, j'ai des nausées, j'ai mal partout, des picotements, l'impression de revenir deux mois en arrière quand j'ai eu ce foutu virus dont on n'a pas trouvé le nom, mais qui m'a mis à plat presque deux mois complets. Je prends un doliprane, impossible de me rendormir, je grelotte malgré un pull et deux couvertures. Je traine toute la journée, malade, fiévreuse, douloureuse, nauséeuse, prenant toutes les huit heures un comprimé. Le soir je file au lit tôt, m'endors en vrac et ce matin, ne me reste que le mal de tête lancinant. Je croise les doigts que cela s'estompe vite.

J'ai appris ensuite, que si j'ai eu droit à cette dose, c'est que le pharmacien avait déjà frappé à plusieurs portes des commerces alentours, et que tous ont décliné l'offre. Non non tout va bien a dit celui qui reçoit les clients masque sous le nez très lâche au point qu'il retombe souvent sous le menton. Non non non surtout pas ce vaccin dangereux à dit l'autre. Et le pharmacien en désespoir de cause, est venu frapper à la porte de l'agence fermée pour cause covid, et ma super collègue m'a appelée, je suis la seule éligible, tous les autres étant bien plus jeunes.

Maintenant il faudrait que JP puisse aussi l'être, mais c'est une autre histoire, personne ne veut prendre le risque en raison de ses antécédents allergiques. Pourvu qu'à Lyon où il doit se rendre la semaine prochaine, ils soient un peu plus courageux.

mercredi 31 mars 2021

un mois parfait

Ce mois-ci j'ai lu trois livres, pas un ne m'a déçue. Mais sans aucun doute, c'est celui que je viens de finir (hélas !) qui m'a le plus transportée.

Marie Hélène Lafon
Histoire du fils
Cela commence par un drame, terrible. Est-ce cela qui fait l'histoire de ce fils ? André, fils de Gabrielle, fils d'un père inconnu, élevé par son oncle et sa tante, entouré d'amour. Cent ans séparent la première de la dernière page, cent ans et tout une histoire familiale, faite de joie et de tristesse, des vies qui se découvrent lentement. C'est vraiment un très beau livre.

Annie Ernaux
Les Années
Une photo d'elle à plusieurs âges, et des souvenirs s'y rattachant. Annie Ernaux raconte l'époque depuis ces instantanés. Les souvenirs qui s'y rattachent faisant partie d'un tout, de l'après guerre à l'année où elle termine ce livre que l'on voudrait encore et encore continuer. L'extrait, mis en exergue, d'André Tchekhov est parfait : Oui on oubliera. C'est la vie, rien faire. Ce qui aujourd'hui nous paraît important, grave lourd de conséquence, eh bien, il viendra un moment où cela sera oublié, où cela n'aura plus d'importance. Et, c'est curieux nous ne pouvons savoir aujourd'hui ce qui sera un jour considéré comme grand et important ou médiocre et ridicule (...). C'est un livre magnifique.

Trevanian
Shibumi
Ce livre écrit en 1979 qui n'a pas pris une ride, est fabuleux ! Nicholaï Hel, né près de Shangai, fils d'une aristocrate russe et élevé par un maître de go japonais, aspire à atteindre "une forme rare d'excellence personnelle : le shibumi". 
Stop ! Je ne vous en dis pas plus, ce livre est incroyablement beau, haletant, dépaysant. 

En 2020, vingt français sur cent n'ont pas lu un seul livre... pas un seul... cela me semble inimaginable, un peu triste. Cela fait tellement de bien de pouvoir s'évader dans un livre lorsque tout autour le monde s'écroule.

samedi 27 mars 2021

OSEF les consignes !

Hier soir nous étions sept pour l'apéro. Ras le bol des restrictions, picoler et bavarder pendant plus de trois heures, se montrer des vieilles photos et rire sans masque, avec le lendemain la tête un peu en vrac mais vraiment, quelle bonne soirée !
Parce que oui on a bien bien picolé, deux bouteilles de champagne, une de rouge, de la bière blonde et de la bière au rhum, du pineau des Charentes, du coca et de la tisane pour la fin. On a fait fort, mais on a bien bien rigolé, même si évidemment on a quand même parlé covid. 
Et puis Zoom nous a gratifié, une fois encore, de rallongements jusqu'à la nuit noire. Un grand pont qui fait du bien, entre Rennes et Annemasse. On oubliait presque que nous n'étions pas tous dans la même pièce.

Ce matin, alors que dorment encore C. et JP, je parcours Twitter, toujours aussi anxiogène. Je fais l'effort depuis quelques temps, de lever le pied en m'interdisant d'y être constamment. Je ne cherche plus à être au courant de tout, j'ai éliminé nombre de comptes qui tout bien réfléchi, ne faisaient qu'aggraver cette impression pesante que jamais plus l'insouciance ne reviendrait. J'y lis qu'en fin de semaine prochaine nous serions sans doute un peu plus enfermés. Je cherche une raison de me réjouir quand même pour ma semaine de congé. J'espère toujours que nous pourrons aller en Alsace, voir l'éclosion du printemps. 

Au bureau les cas contacts se multiplient, une collègue reçoit un coup de fil, se lève, plie ses bagages et file rapidement. Et quelques jours après revient testée négative. Mais entre temps, il y a en a déjà un ou deux autres qui eux aussi ont reçu un coup de fil, et qui attendent de pouvoir revenir. C'est devenu tellement naturel. On part, on revient, rien ne change, ceux qui se baladent le masque sous le nez continuent vaillamment à laisser leurs narines à l'air, d'autres sont sagement bien emballés. On sait maintenant qu'il est tout à fait inutile de demander le respect des gestes barrière. L'air absolument stupéfait et légèrement saoulé de celui à qui on demande de remonter le masque est tellement usant que l'on préfère simplement se reculer pour maintenir une distance plus grande. 

Il y a les clients qui entrent sans masque, qui sortent un truc immonde et marron de leur veste, le pose de guingois sur le nez le temps de poser une question ou de donner un document et qui avant de sortir enlève ce qui semblerait avoir été un masque il y a longtemps, et le refoutent dans leur poche. Il y a ceux qui respectent totalement les consignes, prennent une dose de gel, gardent les distances. Et toujours, toujours, tous les clients,  qui se décalent afin de ne pas être derrière la plaque de plexi posée sur le bureau de l'accueil pour poser les questions, tous, absolument tous !

Faut-il user son moral en tentant de faire respecter les consignes, alors qu'ici, à Annemasse, il semblerait que cela soit ringard de le faire ?

mercredi 24 mars 2021

transformation


On a du mal à croire en regardant la photo, que le parc devient une vraie fourmilière à la sortie des classes. Les bancs sont tous occupés par les mères qui bavardent pendant que leurs enfants envahissent les espaces. Evidemment il y a des dégradations, plantes arrachées, maison à insectes démontée petit à petit, branches cassées, pelouse malmenées par la manque d'eau, et les dérapages en vélo, mais dans l'ensemble le parc résiste, et les plantes vont apprendre à surmonter les attaques.

Au deux extrémités il y a un espace avec des agrès pour les sportifs. Qu'il fasse beau ou qu'il neige, chaque jour les beaux gosses du quartier ou non d'ailleurs, s'entrainent au son de leur smartphone, déployant leurs muscles tatoués, rivalisant sans agressivité, s'entraidant. L'ambiance est joyeuse, les filles en groupe écoutent religieusement leur coach, revêtues de leurs tenues impeccables. 

Les quelques jardins associatifs sont en dormance hélas, depuis le premier confinement, bien protégés par la clôture. Les grosses touffes de ciboulettes ayant survécues à l'hiver, tout comme les cardons et les choux montés en graines, patientent, attendant qu'enfin les jardiniers reprennent leurs activités. 

Lorsque je suivais sa transformation, passant plusieurs fois par jour devant, je n'aurais jamais imaginé que ce moche parking, où certaines voitures restaient mourir des mois, où les marronniers lentement dépérissaient, deviendrait un des endroits les plus vivants d'Annemasse. 

mardi 23 mars 2021

une certaine peur


Poster une photo de mars 2020 est le nouveau jeu éphémère de Twitter depuis hier, et en cherchant le peu de photos faites ce mois là, j'ai retrouvé celle-ci. Le parc tout nouveau, remplaçant un parking, totalement vide, herbe encore en graine, silencieux dans une ville morte. 

J'étais allée, munie de mon attestation pro, faire rapidement un tour à l'agence pour y chercher un document. C'était la première fois que je bravais l'extérieur. Nous étions confinés, réellement confinés, et ce jour là, nous nous étions retrouvés à trois, rasant les murs, nous parlant à trois mètres les uns des autres, sans masque puisqu'il n'y en avait pas. Au retour, j'avais comme une voleuse, pris quelques photos du printemps qui démarrait sous un soleil insolent pour nous les enfermés. 

Il n'y avait personne, vraiment personne dans les rues. Tout était arrêté, seuls les oiseaux s'en donnaient à choeur joie, une impression d'apesanteur, comme si l'air lui même restait en suspend, attendant que la vie revienne. 

En rentrant je m'étais complètement déshabillée, changée, lavée de ce danger invisible qui tuait tous ceux qui bravaient l'interdit.


vendredi 19 mars 2021

Ah Putain !

 Quand je pense qu'il y a un an nous apprenions que nous étions en guerre et que nous allions être confinés... et que tout cela recommence. Certes d'abord pour le nord et les gens qui habitent à Paris et tout autour, mais avec ce gouvernement de charlots, je crains que nous soyons bientôt nous aussi con...cernés.

J'avais prévu pour mes vacances d'anniversaire rituelles, de passer quelques jours à Paris, histoire de rapporter à C. quelques affaires qui attendent à la cave de retrouver un chez-eux, et surtout de revoir maman que je n'ai plus vue depuis septembre. Sans doute aussi aller diner avec ma soeur, enfermée dans un douze mètres carrés, coincée depuis des mois en télétravail, seule, et dont le moral doit plonger bien bien profond. 

Une fois de plus le printemps est synonyme d'enfermement pour beaucoup, machinmacron savait depuis des semaines qu'il fallait, pour stopper l'ascension fulgurante du petit nouveau, enfermer tous le monde. Il a préféré attendre, attendre encore, au cas où le variant file à l'anglaise, ou bien que les vaccins fassent un effet (placébo ? puisqu'il est quasi impossible de se faire vacciner).

Mais pour moi, le plus pénible est cette impression de ne jamais jamais jamais savoir depuis un an, de quoi demain sera fait. Que trouvera encore ce gouvernement de cloches pour nous détruire la vie ? Les rumeurs distillées par les journalistes, les politiques, avec lesquelles on nous gave chaque instant, sont délétères. J'ai beau ne plus regarder les informations, couper le son dès que j'entends le mot covid, mon cerveau tourne en boucle sur ce manque de liberté.

Il va falloir que je trouve un autre exutoire que les apéros qui ne font qu'élargir les limites de mon moi.

dimanche 28 février 2021

fin du mois

Dan Simmons
L'abominable

Je suis sûre d'une chose, c'est que je ne regretterai jamais de ne pas avoir grimpé l'Everest ! Mais ce livre nous plonge durant 956 pages dans les année 1924, alors qu'un groupe d'alpiniste tente de gravir jusqu'en haut, cette montagne inaccessible. C'est passionnant, je me suis plongée, un peu dubitative dans ce roman noir, n'ayant pas une attirance pour l'alpinisme. Eh bien, j'ai vraiment vécu, bien au chaud, cette montée éprouvante, avec en plus, un suspens angoissant. 
Certes c'est un gros bouquin, mais allez y sans hésiter.

Debbie Harry
Face It

Lorsque j'ai eu mon premier appartement vraiment à moi à Strasbourg, du moins, lorsque j'ai été vraiment seule dans un appartement à Strasbourg, locataire évidemment et sans doute vers mes vingt, vingt et un ans, j'ai commencé à découvrir mon quartier de la rue de la haute montée, derrière la place Kleber. 
Il y avait un disquaire, indépendant, plus vieux que moi mais sans doute encore très jeune, qui voyant ma persplexité devant les bacs de trente trois tours, a décidé de faire mon éducation musicale hors sentiers classiques qui me baignaient depuis ma toute petite enfance. Je repartais toujours de chez lui avec un disque qu'il m'avait conseillé, mais dont je n'avais jamais entendu parlé. C'est comme cela que j'ai commencé une collection de très bons disques qui garde pour moi l'esprit de liberté de ces années strasbourgeoises. 
Un jour il m'a fait découvrir Blondie et son disque a tourné tant de fois que je connais encore par choeur chaque tempo et le merveilleux yaourt que je chantais avec bonheur. 
 J'ai eu tant de plaisir à lire ce livre reçu à Noël, où elle raconte sa vie incroyablement vivante, tonique. Le New York de ces années où le punk faisait son entrée dans l'univers rock underground. Quelle force !

Mazarine Pingeot
Et la peur continue

Je ne sais ce qui pousse Mazarine à raconter des histoires de viol, je réalise que le dernier livre lu d'elle avait déjà ce sujet. Et sinon ? Ben excusez-moi d'être crue, mais j'ai trouvé ce livre chiant, voilà.