dimanche 27 janvier 2008

Anne

De Anne je n'ai que très peu de souvenirs, elle a traversé ma vie telle une météorite, lumineuse et vive.
Elle était née deux ans après moi, mais nous avions dès le premier regard eu cette complicité née de l'amour des livres. Lire, plonger sans résister, et ne jamais quitter le domaine de l'imaginaire.
Plus tard elle serait écrivain, et j'admirais sa confiance tranquille. Elle était à part et moi très honorée d'être sa confidente.
Un jour elle m'invita chez elle. La chose était exceptionnelle, aucune de ses amies n'avaient jamais eu ce privilège... elle habitait un château, du moins une grosse bâtisse entourée de hauts murs en pierre devant lesquels je passais chaque semaine en allant au conservatoire.
Maman tenait à ce que je sois bien habillée, avant de partir elle me prodigua moult conseils...
C'était l'automne, Anne vint me chercher et nous partîmes, déjà perdues dans nos contrées romanesques. A l'entrée deux militaires en gants blancs nous saluèrent, un peu raide et sans sourire. La grille s'ouvrit sur un parc immense entièrement recouvert de feuilles mortes, tout au bout... le château ! Impressionnée par cet endroit froid j'hésitais un instant, mais Anne riant prit ma main et en courant nous arrivâmes devant le perron. La porte à peine ouverte, son teckel déboulait tout fou la laisse entre les dents, suivit par son père, très droit dans sa tenue de général. Je le saluais de la manière la plus polie qu'il soit et frrrrrtttt nous repartîmes jupes au vent, courant dans les feuilles mortes, le teckel entre nos pattes. L'après midi passa rapidement.
Elle me raccompagna, le teckel balayant tout au long du trajet, les feuilles et brindilles des trottoirs. Je le vois encore arrivant chez nous, sautant joyeusement et, tout fou parcourant l'appartement en se débarrassant de sa parure automnale.
Mon père sortant de son cabinet vint voir ce qui créait tant de gaieté. Elle le salua en riant, si naturellement qu'il fut subjugué et oublia ce chien qui mettait un tel bazar, et moi soulagée et émerveillée qu'elle soit acceptée si facilement.
A peine repartie son chien sur les talons, maman me demanda de raconter. Comment était-ce, avais-je vu son père, comment était l'intérieur de la maison, et sa mère, qu'avions nous goûté et où et...et...
Que pouvais-je dire... nous avions joué, nous avions rêvé... Mais...

C'est que Anne avait un grand père, le fameux Général de Gaulle. Bien sûr j'en avais entendu parler, je savais qu'il était célèbre, mais franchement, aussi bien Anne que moi nous nous en fichions royalement. C'était son grand père voilà tout.
Comment faire comprendre à Maman que Anne était mon amie, juste mon amie, le reste pffff franchement quelle importance.

année 1969

8 commentaires:

Beo a dit…

C'est normal à cet âge et je constate à lire ton récit qu'Anne ne se prenait pas la tête non plus :)

Leeloolène a dit…

Encore une très belle histoire de ton enfance ! Et comme toujours il n'y a qu'à la fin que tu nous fait retomber dans le monde des adultes.
Très joli extrait de l'année 69 :)

Dr. CaSo a dit…

Jolie histoire :) Et tu ne l'a jamais revue?

Valérie de Haute Savoie a dit…

Leeloolene : Tiens ? Je n'avais pas fait attention à cela.
Dr CaSo : Non jamais. Mais à voir la biographie de son père elle a encore beaucoup voyagé.
Béo : Anne était fantasque et loin de ce genre de considération :)

Anonyme a dit…

REMEMBER.....Le Général DE GAULLE...Un souvenir, précis.!! J'étais Officier de Transmissions en Algérie, dans les commandos d'infanterie de Marine , et devant recevoir la Croix de Valeur Militaire avec Etoile, et deux Citations a l'Ordre , delivrés par létat-major de la 10éme division de parachutistes, et, l'on m'avait prévenu " que des Huiles " arrivaient d'ALGER , pour la remettre , mais, moi , qui pensais que......le Général MASSU qui était signataire.....! peut-étre....? mais, je n'ai vu que le Général , Chef de Camp !!!, car le Général DE GAULLE , venait de rappeler d'urgence le Général MASSU, en consultation a PARIS, car une rebéllion de Généraux Factieux, venait de se produire a ALGER , si bien que le Gl DE GAULLE , ma peut-étre privé...??? de rencontrer face a face le Gl MASSU. (petite note de Mon Carnet de Route, sur les Hauts Plateaux Sahariens ) recevez, Valérie mes Civilitées. LANCELOT

Pablo a dit…

J'ai beaucoup aimé ce récit, Valérie ! (surtout ton entrée dans le château, sur le tapis de feuilles mortes).

Jipes a dit…

J'aime lire tes histoires d'enfance car elles sont magnifiquement racontées on s'y voit en votre compagnie et l'insouciance si rassrante de l'enfance loin du monde des adultes

Valérie de Haute Savoie a dit…

Bon ces commentaires sont archi agréables à lire, même si je doute fort que ces écrits aient une quelconque valeur... mais au moins je prends du plaisir alors merci !