Affichage des articles dont le libellé est intime. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est intime. Afficher tous les articles

dimanche 11 octobre 2026

La poste de l'au-delà


J'aime envoyer des cartes, sans vraiment de raison ou alors pour une fête, un anniversaire, remercier d'une invitation ou d'autres marques d'amitié. Je pense à quelqu'un, et plutôt que de lui envoyer un message rapide, j'aime l'idée qu'il reçoive ma carte, sans qu'il s'y attende, sans doute parce que moi cela me fait plaisir d'ouvrir ma boite aux lettres et d'y trouver une enveloppe qui ne soit pas un truc administratif. 

Ce matin en me levant, je m'étais dit qu'il serait temps que je reprenne le yoga, alors j'ai sorti mon tapis rose et liège, et j'ai commencé mes étirements, longuement, calmement, cherchant l'allongement loin loin, tout en laissant mes pensées prendre le large. A un moment j'ai pensé à Lydia, celle chez qui je suis allée longtemps pour mes séances de shiatsu. Nous nous étions éloignées au moment du Covid, cela avait semble t'il réveillé chez elle des élans complotistes. De temps en temps nous nous croisions dans le quartier lorsque nous habitions encore à Annemasse, on échangeait quelques mots, elle me proposait de revenir, j'hésitais, et puis nous sommes partis. elle ne savait pas que nous avions déménagé, et j'ai eu envie de lui envoyer un petit mot, sur une carte postale, pour lui dire que je gardais un bon souvenir de mes séances de shiatsu, que j'avais envie de refaire quelques séances ici, il ne suffisait plus que je trouve quelqu'un. 

Je n'étais plus très sûre de son adresse, j'ai tapé son nom sur mon moteur de recherche, Lydia Sacchi shiatsu annemasse. Et c'est comme cela que j'ai appris qu'elle était morte le 21 janvier de cette année à 68 ans. 

Elle croyait à la vie après la mort terrestre, elle pensait que les morts veillaient sur nous... Je ne sais si mes pensées lui sont parvenues comme serait parvenue ma carte si je l'avais envoyée. 


vendredi 25 septembre 2026

Mortel

 


Vivre jusqu'à la dernière minute sans savoir à quelle heure on va mourir est le plus beau cadeau que les dieux nous font, des dieux qui quel que soit leur nom, en qui, rien que pour cette raison, on devrait croire. (Trois jours chez ma mère, F. Weyergans)

Dans mon fauteuil au bord de mon jardin, buvant mon café du matin, lisant cette phrase, je la trouvais juste. Même si l'on sait que l'on est mortel, tant que l'on est là, on reste immortel. 

Et puis j'ai fait mon petit tour des blogs. Pas vraiment intéressée par le jeu des mots égrenés depuis le début de l'année, je survole souvent, passe mon tour. Bleck ! je lis, ne réalise pas - Ah ? il a été hospitalisé, et un de ses enfants nous donne de ses nouvelles... l'opération s'est bien passée, il est parti... Parti de l'hôpital... Il me faut un instant pour comprendre. Stupéfaite. Il est mort ! Bleck ce bonhomme au verbe haut est mort ! Mais comment a t'il pu quitter ce monde, si brusquement, alors qu'il était hier encore aussi présent ?

J'ai trainé toute la journée une tristesse lancinante, j'avais perdu un ami, virtuel certes, mais depuis le temps. Un ami qui parfois me hérissait et souvent m'amusait. Il n'aimait pas les émoticones, alors j'évitais, même sur mon blog, d'en mettre lorsque je lui écrivais. Il avait aussi dit que rencontrer des blogueurs ne lui plaisait pas "dommage m'étais-je dis, je l'aurais bien croisé autour d'un verre...". Il aimait sa femme, beaucoup, il disait aussi tout haut ce que l'on pense parfois, et ne craignait pas qu'un importun vienne brailler sous un billet. 

Dernièrement il avait évoqué cette tumeur récidivante, j'avais compatis, ici la maladie tentaculaire est une part de notre vie, depuis si longtemps. On fait avec, elle est là, mais on est en vie, jusqu'à l'éternité. Et puis brusquement la mort fracasse notre tranquillité, Catherine Ringer, Bleck...

Oui on meurt, sans tambour ni trompette, c'est aussi de cela qu'est ourlée ma tristesse. 



lundi 21 septembre 2026

Traverser le présent


C'est venu insidieusement, sans doute après ma chute spectaculaire dans les escaliers de l'agence, lorsque j'avais loupé cinq marches et que je m'étais fracassée comme une merde sur le palier en explosant mon nez, et choquant mon cerveau vigoureusement. Je n'avais pas vraiment compris comment cela m'était arrivé, j'avais juste enregistré inconsciemment que cela pouvait m'arriver, et que les marches pouvaient m'envoyer très vite dans l'au-delà. Je prenais ma retraite un mois plus tard, adieu les escaliers à descendre à tout allure pour aller à un rendez-vous. J'avais déjà expérimenté les chutes idiotes, où il y a plus de gêne que de mal, entouré d'un public se retenant de pouffer. Le médecin s'était aussi interrogé, mais mon équilibre semblait bon, il m'avais exhortée à être un peu moins dans la lune.

Alors sans doute avais-je ralenti mon allure, et puis la retraite avait effacé beaucoup de stress, j'avais le temps, le temps d'arriver à l'heure, le temps de prendre mon temps. Je m'étais efforcée de calmer mon énergie, nous avions déménagé, et ici, dans notre nouvelle vie, tout était devenu bien plus reposant. 

Un ou deux kilos fluctuants se sont installés, alors que je n'avais pas changé grand chose à mon alimentation, moins d'alcool, moins de sucre, plus de légumes, mais rien n'y à fait, ils se sont de plus en plus ancrés.

Et puis la semaine dernière, brusquement je me suis sentie me déplacer, sans brusquerie, descendant les escaliers raides menant à la vieille ville, me tenant à la rampe, marche après marche, évaluant la pente, concentrée, laissant passer les sportifs courant pour s'exercer au Trail, et j'ai pris conscience de cette lenteur de vieux qui petit à petit était devenue mon quotidien. Et j'ai réalisé que tout était devenu plus lent, loin de l'énergie qui faisait mon quotidien. 

Alors, depuis, je me force à accélérer, à reprendre mon pas d'avant, à quitter cette espèce de mollesse enveloppante. Pour ne pas devenir tout de suite une vieille qui ne bouge plus, du lit à la fenêtre puis du lit au fauteuil et puis du lit au lit...

samedi 15 août 2026

15 août


Il a fallu plus d'une journée, quasiment deux jours de contractions régulières et assez épuisantes, pour que cette petite fille arrive à naitre. L'attente ne l'avait semble t-il pas épuisée, puisque dès sa naissance, les yeux grands ouverts, très calme, elle avait inspecté l'alentour, se fichant éperdument de sa mère et de son père.

Et moi, mon coeur avait explosé d'amour. Hors du temps, seule comptait cette merveilleuse petite fille.

Aujourd'hui elle fête ses 41 ans, dans les Ecrins, crapahutant sous le soleil, ne sachant pas le soir si elle aura la force et le courage de repartir le lendemain. Mais chaque matin elle repart et je l'admire encore et encore.

Bon anniversaire ma fille si exceptionnelle.

lundi 16 mars 2026

là haut

coucher de soleil aux Huttes

En sortant de l'hôpital où il venait de voir le résultat de son PET Scan, il s'était tourné vers ma soeur qui l'accompagnait et lui avait dit "Je pensais que je serai là pour ta mère jusqu'à la fin, que je pourrai m'occuper d'elle..." comme il l'avait toujours fait depuis qu'ils s'étaient rencontrés, toujours...

J'appelle maman deux fois par semaine, elle me raconte sa vie assez tranquille mais toujours intéressante. Elle ne sort pas beaucoup, marchant si difficilement que c'est à chaque fois un petit exploit, mais elle a du courage et ne se laisse pas couler. Elle aime bien aller boire une bière à la Contrescarpe, leur bistrot où ils aimaient s'arrêter et regarder les touristes, la vie de cette petite place. Parfois elle va juste s'asseoir sur un banc place de d'Estrapade, lire et regarder les jeunes japonaises qui déguisées en Emily in Paris, se font photographier devant le n°1. Si elle a beaucoup de courage elle va jusqu'au jardin du Luxembourg ou place du Panthéon. 

Et à chaque fois, absolument à chaque fois, un passant ou une passante s'arrête, lui propose de l'accompagner, lui donne le bras, et lentement marche à côté d'elle en bavardant. Ce sont toujours des personnes charmantes, intéressantes, prévenantes. Souvent de très jeunes qui lui racontent leurs études, ou leurs vies. Un célèbre hautboïste, une avocate du barreaux de Paris, un chercheur en biologie et d'autres vies passionnantes. Ils l'accompagnent jusqu'à sa destination à son rythme et puis lui disent au revoir et s'en vont.

Elle me raconte ses rencontres, à chaque fois reconnaissante d'avoir tant de chance. 

"C'est papa qui de là haut te protège comme il t'a toujours protégée lui dis-je. Il fait ce qu'il avait dit qu'il ferait, s'occuper de toi et te rendre la vie douce."

Et j'en suis persuadée puisque j'ai moi aussi un protecteur qui m'accompagne depuis longtemps, que j'avais senti lors de ma séquestration et qui m'avait entouré de tendresse lorsque la violence devenait effrayante. Je ne crois pas vraiment à un dieu tout puissant délivrant ou non des certificats de bonne conduite, mais j'imagine ceux que l'on a aimés nous accompagner du mieux qu'ils peuvent et nous donner de l'amour à leur façon. 

Et qu'importe si cela est réel ou non, l'essentiel étant ce que l'on vit.

vendredi 31 janvier 2025

30 janvier 3 heures 27


Je me suis brièvement réveillée, ce trente janvier à trois heures vingt sept et aussitôt rendormie...

Là bas, chambre 406, pavillon Copernic, Papa venait de cesser de respirer aux côtés de maman et ma petite soeur...

dimanche 8 décembre 2024

...


T. nous avait donné un résumé succinct de l'examen fait à papa expliquant pourquoi d'autres examens étaient demandés "Il y a une petite lésion osseuse constatée sur l'irm cervicale, il faut vérifier qu'elle n'est pas cancéreuse... "

Alors a été fait un premier scanner "malheureusement les résultats ne sont pas bons..."

Lundi il passe un Tepscan pour voir d'où a démarré le cancer qui a essaimé dans tout son corps, silencieusement, sournoisement, sans autres alertes que ce bras qui brusquement n'a plus voulu fonctionner et une grande fatigue. Mais à 95 ans, n'est ce pas normal d'être fatigué ?

Sur ma commode s'amassent les cadeaux de Noël, dérisoires...

mercredi 27 novembre 2024

Fragile


Vers minuit je suis allée me coucher, après avoir regardé Bienvenue en terre inconnue, histoire de me laver le crâne de toutes les mauvaises nouvelles égrenées durant la journée sur les ondes. Depuis vingt deux heures mon téléphone est sur silencieux, automatiquement, comme je l'ai programmé bien avant ma retraite. En le posant à côté de moi je vois brièvement que mon petit frère a posté un message. C'est bientôt Noël, il est habituel que l'un ou l'autre de mes frères et soeur me questionnent pour des idées de cadeaux, j'ouvre WhatsApp et là, brutalement, le sol se dérobe.  Une longue conversation c'est déroulée, silencieusement,  alors que je me baladais au Népal. Mon père allait être hospitalisé, à minuit donc, le pire moment pour un homme de cet âge, les hôpitaux débordés, le personnel exténué. Il avait nous expliquait ma soeur, le bras paralysé depuis deux jours, et en bon médecin qu'il reste avec peut être va savoir, des gênes paysans, il avait attendu que l'un de nous les appelle au téléphone pour évoquer ce problème. Ne pas se plaindre, ne pas déranger...

Grâce à ma soeur qui navigue dans le milieu médical parisien comme un poisson dans l'eau, il a été pris en charge très rapidement, et il semblerait que cela soit dû à un nerf coincé. Je suis tellement soulagée qu'il n'ait pas eu à traîner dans les couloirs durant des heures, que ce ne soit pas un AVC, un infarctus, quelque chose qui le diminuerait un peu plus.

On le sait tous que le fil qui retient l'épée de Damoclès est de plus en plus fragile, mais est-on jamais préparé à dire au revoir à ses parents ?

lundi 11 novembre 2024

En thérapie


Je pensais faire du ménage, du repassage, de rangement, et puis ce ciel bas et gris toujours, en a décidé autrement. Heureusement ici il suffit souvent de monter un peu pour voir enfin du bleu et de la lumière. Nous sommes partis à St Jean d'Aulps, voir l'Abbaye, marcher dans la forêt, croiser les chevaux et les petites chèvres, écouter les cloches, le bruissement des feuilles.

Sur la route, le panneau direction Boëge me fait tout à coup penser à mon psy qui m'a accompagnée dix ans, sur ce chemin de l'apaisement, de la réparation, du désir de vivre vraiment. Il venait de St André de Boëge, qu'est-il devenu ? Il avait pris sa retraite à la fin de ma thérapie, et doit sans doute avoir plus de quatre vingt ans. Donner un âge à celui sur qui se fait le transfert (ici paternel apparemment) est un peu difficile, mais oui, sans doute aux alentours de quatre vingt ans. 
Je cherche sur internet, je ne trouve que des homonymes, je pousse un peu plus, des mots clefs, avec ou sans le prénom, le département, la ville, et au bout d'un quart d'heure je trouve. Il est mort, à presque 74 ans, le 5 juin 2016, cela fait plus de huit ans, il aurait quatre vingt un ans. Durant dix ans, quasiment toutes les semaines, j'y suis allée une à deux fois, pleurer, beaucoup pleurer, me taire aussi, me retrouver et découvrir que l'on pouvait survivre à tant de choses.

Nous n'avons pas pu voir le musée de l'Abbaye d'Aulps, fermé tout le mois de novembre, mais la balade sur le chemin ensoleillé nous a rechargé nos batteries solaires. 
Il faisait doux, mes pensées s'envolaient vers celui dont je venais d'apprendre la mort. 

dimanche 3 novembre 2024

ce n'est que le début


 

Et parce qu'il faut bien rentrer de temps en temps, nous sommes revenus lundi.  Quatre mois en vadrouille, avec deux trois petits sauts en Haute Savoie, mais des semaines au soleil en Alsace, à Oléron, à Tunis, le retour dans le brouillard annemassien ne donne vraiment pas envie de rester ici. C'est décidé, c'est à Saintes que nous recommencerons notre vie. Un petit tour à Rochefort, sympathique, mais trop plat, trop carré, bien que le Monoprix soit vraiment bien, pour moi qui suis une adepte depuis que Prisunic a disparu (Il faudra que je fasse du forcing auprès de l'enseigne pour qu'ils se décident à en ouvrir un dans ma future ville.), nous a fait pencher la balance.  

Maintenant, avant même d'avoir trouvé notre maison, il faut préparer le déménagement, en triant et jetant. Comme un petit dégât des eaux découvert à notre arrivée, a dégradé des boites renfermant des lettres amassées depuis quarante ans, j'ai commencé par ces cartons. Plonger dans le passé, relire des mots écrits par des amis disparus que j'ai tant aimés, mon frère, mes grands mères, des amis perdus de vue. Il me fallait remonter dans le présent pour ne pas sombrer complètement. Et devoir abandonner ces mots, qui dormaient de toute façon depuis quarante ans sans que j'y ai jeté un regard, m'a tordu le ventre. Mais que seront ces mots pour ceux qui me survivrons, si ce n'est un passé à jeter avec culpabilité. J'ai gardé quelques lettres que nous échangions JP et moi, parce qu'elles sont artistiques, avec dessins photos et souvent très drôles. 

Je regrette ce temps où nous nous écrivions si régulièrement. J'ai retrouvé une correspondance soutenue que j'ai eu avec mes frères et soeurs, mes amours, mes amis, parfois deux trois lettres par semaine. Aucune comparaison avec ces mails vite écrits, ces petits mots jetés sur Instagram sans intimité. Je pourrais bien sûr reprendre la plume, mais jamais je n'aurai le retour espéré trouvé dans ma boite aux lettres. Un petit mot sur WhatsApp pour dire "merci, c'est sympa", un mail rapide, mais plus ces enveloppes découpées, ces découpages, ces dessins, cette impudeur jetée sans filtre. 

Je le sais, déménager redonne un coup de jeunesse, mais la nostalgie évidemment sera ma compagne un temps.





mardi 12 mars 2024

108 jours

Jeudi soir j'ai déposé ma lettre informant la direction de mon départ à la retraite.
Samedi je suis allée enregistrer sur le site dédié, toutes les informations nécessaires pour que cette retraite soit prise en compte à partir du premier juillet.
Le soir nous avons trinqué JP et moi, et pour une fois, je n'ai pas rêvé de boulot, mais de la nouvelle maison dans laquelle nous avions emménagé. 

Je trie déjà dans mon bureau ce qui ne sera d'aucune utilité pour celle qui me remplacera, je saisie toutes les matrices d'anciens états des lieux faits sur papier, pour qu'elle n'ait pas à le faire lorsqu'elle recevra un préavis. Je relance les dossiers sinistres qui traînent, je laisse des notes sur tout ce qui doit se faire une fois que je serai partie. Et je réfléchis à ce que je vais faire ensuite.

Ce mois-ci nous devrions recevoir un congé pour vendre, puisqu'il y a trois ans le propriétaire avait loupé le coche. Si c'est le cas, nous devrons avoir trouvé un pied à terre, là-bas, en Charentes Maritimes, avant le premier octobre. Sinon nous aurons un peu plus de temps. 

... dans ma tête passe une chanson

C'est comme si c'était demain 
Comme si le soir venait le matin 
Comme si la grande roue tournait 
Et que l'horloge s'enrayait

Le temps passe, on l'évite 
Ne passons pas trop vite

samedi 4 novembre 2023

mes petits riens


J'ai regardé le journal télévisé au lendemain de la tempête bretonne, je voulais voir les vagues déchainées sans doute. Pour quelles autres raisons sinon ? Je n'aurai pas dû, les photos sont bien plus faciles à trier, ne pas voir d'arbres couchés, déracinés, symbole de la tristesse qui envahit le monde. Il y avait en bandeau les étoiles de David, les immeubles fracassés, les enfants ensanglantés. J'ai éteint le téléviseur mais ma nuit a été peuplée de cauchemars.

Que puis-je faire pour stopper cette folie ? Si peu. 

Alors je lis. Cette semaine Triste Tigre qui est loin d'un livre qui donne le moral, terrible, noir, mais qui comme à chaque fois que je lis un tel témoignage, me remue, m'interroge. Comment peut-on passer à côté d'une telle souffrance, ne pas sentir ce que vit son enfant ? Loin de jeter la pierre à cette mère, je m'interroge sur moi, suis-je restée un jour à côté sans comprendre ? 

La semaine a passé encore plus vite depuis que je sais que je quitte la vie professionnelle fin juin. Il y a ça, il y a aussi que les locataires ne quittent guère leurs appartements, le serpent qui se mord la queue. Pas de logements libres, trop de risque de donner son préavis et se retrouver à la rue donc pas de préavis ou si peu. Et puis, avec l'indice de révision des loyers qui explose le plafond, les loyers ici deviennent totalement indécents. Ce qui se louait lorsque j'ai démarré dans l'immobilier en 2008 aux environs de trois cent euros, se loue tranquille à 600, 700 euros, sans compter les charges qui explosent. Evidemment nous sommes juste à côté de Genève où les salaires n'ont rien à voir avec les salaires français. L'offre, la demande...
Heureusement il reste le démarrage du chauffage qui occupe une bonne partie de la journée, ça chauffe pas, ça chauffe pas assez, parfois trop. Quelques fois c'est juste qu'ils ont oublié d'ouvrir les vannes des radiateurs.

Et il pleut, il pleut tous les jours, parfois énormément. Mettre son pantalon plastique, son ciré tout neuf, ses bottes en cuir pour ne pas avoir les pieds trempés. Pédaler en essayant d'éviter les petits lacs qui se forment sur la route, se faire rincer par les voitures qui frôlent avec un malin plaisir, avoir les pistes vélos quasi vides, les trottinettes et vélos électriques restant sagement à la maison. Mais aussi croiser quelques cyclistes en short et t-shirt tête-nue, bravant le temps, alors que depuis hier les Voirons ont leurs crêtes blanchies par les premières neiges. 

mardi 14 mars 2023

des diplômes

J'ai, dans mon brillant parcours scolaire, eu un diplôme : Le certificat d'Etudes ! Qui sait encore ce qu'était ce fameux premier diplôme scolaire, dont nous étions fiers, marquant un passage dans la classe supérieure, et premier d'autres à venir bien plus reluisants. 

Moi c'est le seul, l'unique. J'avais dû réciter un poème, celui des poches crevées d'Arthur Rimbaud, et je l'avais fait en le vivant vraiment, mes poches étaient crevées, mon paletot idéal et au ciel le doux frou-frou des étoiles. Mais je détestais l'école, profondément, absolument. Je m'y sentais en prison, je ne rêvais que de m'enfuir. Et je n'ai plus jamais eu d'autre diplôme. Je suis partie à dix-huit ans de chez moi, mise à la porte, j'ai passé quelques temps chez une copine dont les parents m'ont hébergée.

Cahin-caha j'ai débuté ma vie d'adulte, couchant à droite à gauche, serveuse, femme de ménage, comédienne, plus ou moins déclarée, l'essentiel étant de gagner de quoi payer le loyer, manger, fumer, boire des coups avec les copains. 

Je me suis hissée lentement, retombant souvent un peu moins haut, repartant avec à chaque fois un petit palier passé. J'ai toujours travaillé, j'ai commencé à payer mes impôts, j'ai fait des formations, il m'a fallu des années pour signer un contrat à durée indéterminé. 

Je me souviens d'un jour où, invitée à une fête avec ma soeur, celle-ci m'avait interdit de dire ce que je faisais. Elle avait honte de cette soeur qui froissait son horizon.

Longtemps le seul voeux que je jetais aux étoiles filantes était ce Bac que je rêvais d'avoir. Comment ? Aucune idée, j'avais quitté l'école, et l'idée même de rentrer à nouveau dans une classe me faisait trembler d'angoisse. 

Et puis, avant-hier, j'ai signé un avenant à mon contrat, un an avant ma retraite, me voilà cadre, responsable d'un service, félicitée et encouragée à ne pas partir trop vite "Vraiment tu sais, tu ne fais pas ton âge, et on est très content de toi !"

Etre cadre avec un certificat d'études, La classe intersidérale !

mercredi 15 février 2023

Qui suis-je pour...

Est-ce qu'à un quelconque moment j'ai dit que ce qu'avait fait l'humoriste n'était pas grave, que je cautionnais son acte, qu'avoir entraîné dans sa folie toute une famille me semblait peccadille ?

C'est de mon jugement que je me permettais de douter. Pouvais-je moi, qui ne suis de loin pas parfaite, juger qui que ce soit, immédiatement, sans recul, alors qu'écrivant ce billet , seuls les médias et les haineux de la toile vociféraient ? 

Cet étalage dans les journaux télévisés, sur Twitter, sur Instagram même,  ressassant en boucle des informations données mille fois, est du pur voyeurisme. A t-on besoin de décrire par le menu les blessures des accidentés ? Il suffit de voir une seule fois l'état des voitures, découpées pour sortir les passagers, que ceux qui étaient là-dedans ne vont pas bien.

Là encore un souvenir refait surface. Moi couchée sur l'asphalte, grelottant dans un hiver glacial, plaquée au sol par un policier m'empêchant de me relever, à la sortie du village où notre voiture venait de se fracasser contre un platane, le pantalon déchiré, le cheveux en bataille, me réveillant totalement hagarde, entourée d'une centaine de villageois cherchant presque à nous toucher, nous regardant souffrir en attendant l'ambulance.  Les policiers avaient été obligés d'écarter cette foule curieuse, espérant je ne sais quel horreur supplémentaire. J'avais seize ans, je garde chaque instant gravé profondément dans ma mémoire. 
De là vient sans doute mon aversion pour l'étalage des souffrances d'autrui. 

Je n'imagine pas un instant que cet humoriste dont je tais le nom pour ne pas attirer encore les voyeurs justiciers s'en sortira indemne. Il y aura procès, il y aura un après terrible. Parce que comment, moralement, vivre après avoir détruit tant de vie.

Je referme la page, j'ai bloqué sur Twitter le nom de l'humoriste, je n'ai pas de légitimité dans cette histoire, aucune. 

dimanche 12 février 2023

Nul n'est parfait en ce monde

Le Kremlin Bicètre, là où durant des semaines j'ai traîné mes guêtres, c'est là qu'ont été emmenés Pierre Palmade et semble-t-il la jeune femme blessée dans l'accident. L'occasion magnifique pour les yakafauxcons en tous genres de déverser leur haine. Tout y passe, même les inévitables anti-vax qui viennent se mêler à la huée, réclamant la peine de mort.
Evidemment c'est d'une connerie abyssale d'avoir pris le volant dans son état, et bien sûr qu'il faudra qu'il réponde de cet acte. Pour le peu que je connaisse de lui, cela m'étonnerait qu'il s'en sorte indemne, écorché vif, l'après sera encore pire que ce qu'il vivait déjà.

Je me souviens de ce retour d'un mariage, dont le repas avait traîné en longueur. Les enfants étaient encore petits, nous étions à Contamines sur Arve, c'était l'hiver encore, il faisait un froid glacial sous une tente réchauffée par des chauffages d'appoint. JP avait picolé, pas follement mais je prendrai le volant,  et alors qu'on attendait désespérément le dessert, qu'un énième sketch pas drôle retardait encore et encore la fin de ce repas, voyant les enfants dormir debout, j'avais mis fin au calvaire et nous étions repartis discrètement vers Annemasse. Vingt minutes de route, glacée, la nuit noire, une envie de dormir irrésistible, les enfants à l'arrière, et JP dodelinant de fatigue. Je me souviens de ce retour épouvantable, la fenêtre ouverte, me donnant des claques pour me tenir éveillée. Lorsque je me suis garée devant la maison, j'ai remercié le ciel et juré que plus jamais je ne roulerai dans cet état.

Quelques années plus tard, nous venions de faire Bastia-La Spezia en Corsica Ferries, par mer houleuse, impossible de fermer l'oeil, sur le pont avec le doudou de G. qui se faisait la malle emporté par le vent, tentant de sommeiller sur le sol dur, battu par les embruns. En sortant du bateau, nous avions immédiatement pris la route. Pas une goutte d'alcool, mais une fatigue incommensurable. Nous nous passions le volant, je suppliais là encore le ciel de nous épargner. 

La dernière fois que nous avons tenté le diable, c'était au retour d'Oléron, il y a déjà quelques années. J'avais briqué la maison, et puisque nous partions tôt le lendemain matin, nous étions allés boire un dernier verre et grignoter deux trois tapas au Stud'io. David s'était mis à la guitare et avec deux trois autres musiciens, avaient ensemble improvisé un petit concert, largement arrosé de Pineau des Charentes, de Péchapier et autres bières. Vers minuit nous avions repris nos vélos, bien gais, rigolant comme des tordus. Juste avant d'arriver à la maison, je m'étais retrouvée, je ne sais comment, allongée sur la route, sous mon vélo et puis je m'étais relevée et nous étions allés nous coucher. Le lit tanguait, la chambre tournait sur elle même, une nuit très courte et très mauvaise. Mais nous avions pris la route, buvant des litres d'eau, nous arrêtant toutes les heures, changeant de conducteur, tentant de reprendre vie, le ciel et ses nombreux soutiens mis à contribution pour nous faire arriver entier et sans dommage.

J'ai eu plusieurs accidents, dont un très grave. Je me souviens des rumeurs qui avaient immédiatement circulé, nous sortions d'un bistrot ce qui était vrai, nous étions tous bourrés, ce qui était totalement faut. Nous avions bu des Perrier, des cafés, des chocolats, pas une goutte d'alcool. 

Du Kremlin Bicètre je connais le chemin et sans doute pourrais encore y aller les yeux fermés. Le grand porche en pierre de taille, l'allée bordée de pelouse et rosiers fleuris en été, un second porche, tourner à gauche, puis droite, tout au bout le secteur pédiatrie. L'ascenseur qui d'un souffle nous transporte  au dernier étage la réanimation, au septième l'hépatologie. J'y ai passé trois ans...

Qui serais-je pour juger, je ne peux que souhaiter qu'ils s'en sortent le moins mal possible, et que le Kremlin Bicètre ne soient plus pour eux qu'un souvenir lointain dans quelques années.

mercredi 4 janvier 2023

Le cadeau


Lorsque j'ai ouvert le cadeau de mes parents, une émotion violente m'a envahie. Ce poisson en céramique emballé dans une serviette en papier épaisse et douce, que ma mère m'offrait, était à l'origine un cadeau d'Hervé. Ce frère que je retrouve chaque jour dans mille petits signes, et dont le poisson matérialisait à cet instant la présence.
Ma mère se séparant de ce cadeau, auquel elle tenait tant, disait aussi qu'un jour, que j'espère lointain,  elle s'en irait. Et qu'avant de partir, elle me transmettait la mémoire de ce frère aimé. 

Je suis allée l'embrasser, très émue. Nous nous sommes serrées dans les bras, elle m'a sourit, quelques mots, nous savions toutes les deux l'importance de cette céramique qu'un jour à mon tour je transmettrai pour que jamais nous n'oubliions cet aîné si violemment enlevé à notre amour.

mardi 3 mai 2022

la vie parfois un peu plus dure

 Le 31 mars mes parents quittaient leur Airbnb pour regagner leur appartement repeint à neuf. Enfin ! Parce que le petit studio qu'ils avaient loué manquait cruellement de confort et de lumière. Durant ce court séjour dans un quartier éloigné du leur, ils avaient été dépouillés de leurs portefeuilles et en avaient été très secoués. Il était temps qu'ils soient de nouveau chez eux pour se remettre de leurs émotions.

Ma soeur, seule encore à habiter Paris depuis que mon frère et ma belle-soeur ont émigré dans le sud de la France, est venue dans la soirée voir si tout allait bien, et c'est là qu'elle a trouvé mon père grelottant et fiévreux. L'oxymètre montrant un problème de saturation elle a décidé de l'emmener aux urgences et dans la nuit, les résultats sanguins sont revenus positifs au covid. Bien qu'il ne soit pas en détresse respiratoire, vu son grand âge, il a été décidé de l'hospitaliser à Garches les services parisiens étant saturés, et le lendemain c'est maman qui est partie, toujours accompagnée de ma soeur, dans un service à Broca pour le covid également. 
Papa est rentré le 7 avril sur les rotules et depuis traine une fatigue assez intense, maman est restée jusqu'au 12 très fatiguée aussi. Il y a l'âge, il y a des problèmes de santé autres que ceux liés au covid, il n'est pas évident de vieillir.

A Pâques en général nous passons quelques jours en Alsace, mais nous n'avions pas vu mes parents depuis la thèse de G.. Ils étaient restés à Paris à Noël. Tout ces évènements m'ont angoissée et nous avons décidé d'y aller quatre jours. C. étant à Oléron, nous avait laissé les clefs de son appartement. Nous sommes arrivés le vendredi Saint, en voiture, pour pouvoir rapporter une grosse malle en paille, souvenir de l'ile Rodrigues, qui attendait sagement à la cave depuis. 

Certes mes parents sont épuisés par ce foutu covid, mais pour l'avoir eu fin 2021, je connais cette fatigue incommensurable. Ils aimeraient retrouver leur tonus d'avant et je leur souhaite de tout coeur. 
Il a fallu que ma soeur mette en place un vrai suivi médical, qu'elle trie et classe des tonnes de papier. 

Ils auraient voulu aller voir mon frère dans le sud, en profiter pour découvrir le nouvel appartement de J., leur petite fille, mais le cardiologue qui a vu papa, lui a formellement interdit. Il doit d'abord revoir son traitement, et peut être attendre que l'opération prévue en mai,  déjà reportée une première fois pour juin et maintenant sans doute encore plus tard, soit faite.

Alors, évidemment, il est parfois difficile de rester serein.

samedi 29 janvier 2022

...

A qui as-tu pensé lorsque tu as décidé de nous quitter, nous tous qui t'aimions tant ?

Je t'imagine là bas, seul dans ta maison que nous ne connaitrons jamais, cette maison que tu reconstruisais si joliment, que nous découvrions au fil de tes messages, photos ensoleillées, et dans laquelle nous nous réjouissions de venir passer un week-end, au printemps sans doute.

La toute première fois que nous nous sommes rencontrés, c'était un soir dans ce foyer de jeunes travailleurs à Annemasse où nous avions créé une communauté joyeuse. Nous étions attablés, quelques potes, et picolions tranquillement. Tu nous avais abordés et après quelques phrases lancées avec cet accent qui ne t'a jamais quitté, je t'avais demandé d'où tu venais. D'un endroit où le vin est le meilleur du monde avais-tu répondu. Bordeaux ? Côte du Rhône ? Mais non avais-tu rugis, d'Alsace ! Et moi l'alsacienne revendiquée, j'avais été effarée de ne pas avoir reconnu cet accent strasbourgeois si typique. Nous étions tombés dans les bras l'un de l'autre et depuis nous nous aimions avec force, comme un frère et une soeur.

Tu étais la vie, pleine, folle, charnelle. Tu étais immortel, jusqu'à hier. Mais pourquoi, pourquoi ne m'as-tu pas appelé ? Pourquoi ?

J'écoute tes deux derniers messages de ce début d'année, j'écoute ta voix, je cherche une faille, comment n'avons nous pas entendu cette détresse ?

Me dire que plus jamais tu ne m'appelleras pour me dire que tu viens tout à l'heure, chargé de vin, de victuailles, parce que tu es remonté de ton Ardèche, que nous avons tant de choses à nous raconter, rire, écouter ta voix de stentor. Que plus jamais tu ne t'effondreras dans nos fauteuils qui craquaient lorsqu'ils te recevaient, toi qui avait tenté tant de fois de perdre du poids. Nous avions aussi cela en commun, la gourmandise. Toi tu aimais surtout le sucré, moi le salé, nous nous complétions, la voix forte, les douleurs cachées.

Oh Dominique, comment as-tu pu vouloir quitter cette vie, toi qui l'aimais tant.

lundi 13 décembre 2021

Mon secret pour devenir vieille en une heure

Le 3 décembre à neuf heures, j'ai enfin été opérée. Enfin parce que cela faisait depuis février que l'on avait constaté que mes examens sanguins n'étaient pas bon et qu'après plusieurs scan, scintigraphie et autres recherches, la seule solution était d'enlever cette parathyroïde sur lequel un bon gros nodule s'était installé.  Dans ma tête, je me faisais opérer et évidemment je prévoyais une journée un peu délicate puis quinze jours de vacances à faire tout ce que j'avais mis de côté.

Allongée dans un lit, en salle de réveil, totalement dans le coaltar, la première phrase entendue "C'est la surcharge pondérale" (on parlait de moi...) m'a déjà foutu un cafard noir. Je suis restée deux heures, à me faire mesurer le cou toutes les dix minutes, naviguant dans une sorte de brouillard mou, et puis j'ai regagné par chambre, en ambulatoire. Une aide soignante est venue me demander ce que je voulais manger. Moi la surcharge pondérale, la tête dans le yaourt, franchement, là rien du tout. "Mais tant que vous n'aurez pas mangé, vous ne pourrez pas rentrer !" Alors j'ai demander un sandwich poulet, de l'eau, un café, je suis aller faire pipi et me suis habillée quittant le si seyant vêtement en papier bleu marine, ouvert derrière mais agrémenté d'une culotte bouffante bien bien moche. Et j'ai commencé à grignoter mon sandwich en attendant le chirurgien, bu quelques gorgées qui toutes tentaient d'aller directement vers les poumons.

Lorsqu'il est arrivé, il m'a tout juste regardée, l'opération s'était bien passée, et si je parlais comme un canard, ce n'était pas à cause de l'intubation, mais parce que le nerf collé aux cordes vocales avait sans doute été un peu chahuté. Combien de temps faudrait il pour que je retrouve ma voix ? Bah quelques jours, quelques semaines ? Il faudrait peut être de la rééducation... JP est venu me chercher, j'avais d'un coup pris vingt ans. 

Je me suis fait un bouillon, j'ai continuer à grignoter le sandwich au poulet, la soirée a passé lentement. A deux heures du matin, les difficultés à respirer augmentant avec mon angoisse, après l'appel au 15 qui m'a intimé de filer aux urgence, sous une pluie battante et un froid glacial, nous nous sommes rhabillés et retour case départ. J'étais tellement fatiguée, je cherchais l'air, mais aux urgences, on attend, et covid oblige, JP a dû lui passer quelques heures dans la voiture. Ma saturation étant bonne, nous sommes rentrés tenter dormir.

Voilà. Depuis, j'évite de parler tant cela me fatigue, ma voix ne s'améliore absolument pas. Je suis à ramasser à la cuillère, il parait que c'est normal, c'est hormonal, j'ai perdu une parathyroïde qui déconnait au max, donc il faut que tout se stabilise. J'ai l'impression d'être en arrêt depuis six mois, le mon statut de surchargée pondéral ne s'améliorera pas à ce rythme hélas.

Hier j'ai enlevé les stéritrips, la cicatrice est discrète, je peux à nouveau me doucher sans faire de contorsions pour ne pas mouiller le pansement. J'ai repris mes douches froides, lentement les choses redeviennent normales, samedi je suis même aller faire les courses. Je fais de moins en moins de fausses routes, tousser est toujours très très compliqué, j'ai l'impression d'être un vieux tubar. 

Il me reste sept jours avant le reprendre le travail, j'ai idée que cela va être compliqué niveau conversations téléphoniques...

mercredi 18 novembre 2020

Les gens qu'on aime #15

 quelqu'un qui nous a donné quelque chose de précieux


J'avais tout pour être heureuse, une jolie et toute nouvelle petite fille, un compagnon beau et drôle, un boulot qui me plaisait, et là PAF ! l'angoisse qui brusquement s'était mis à grandir, me pétrifiant au point que même sortir dans la rue me devenait quasi impossible.

Je le savais, je n'avais d'autres issus que celle d'aller voir quelqu'un pour m'aider à sortir de là, ne pas reporter toute cette angoisse sur cette petite fille qui me comblait. 
Alors j'ai ouvert l'annuaire, j'ai laissé courir mon doigts sur les noms et choisi au hasard un psy qui exerçait juste en face de chez moi. 

De hasard il n'y a pas, surtout lorsque l'on décide enfin de s'en sortir. Chaque semaine je le retrouvais, parfois en ressortant je me disais Pfff un coup dans l'eau. Mais sans que je le réalise vraiment, petit à petit je n'ai plus tremblé en sortant dans la rue, petit à petit je n'ai plus eu l'impression que les passants me jugeaient, moi l'obèse* que je m'étais persuadée être. Ma tête s'est libérée des freins qui m'empêchaient d'avancer. Mon corps s'est dénoué, bien sûr je ne suis pas devenue svelte, mais le poids de ma tête s'est allégé, j'ai appris à relativiser, à accepter et avancer. 

Sans lui je ne sais ce que je serai devenue, un autre chemin qui aurait été vraiment casse gueule. 


* j'ai commencé mon premier régime à 12 ans, j'étais énorme, difforme, laide à faire peur. Depuis toujours. Et puis, je regarde les photos de mon enfance, je me vois telle que j'étais, je ne sais d'où venait cette idée. Je suis restée grosse dans ma tête, mais ce n'est plus handicapant, c'est comme ça et malgré tout maintenant je m'aime bien.