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mardi 11 août 2026

If contestable


Notre jardin est encore à l'état de projet. Un palmier que petit à petit j'apprivoise, deux oliviers, un boule de neige et mon potager chéri. JP veut des arbres, plein d'arbres, et entre autre un If. Je ne raffole pas de cet arbre, hormis ceux qui poussent dans le sud, loin de chez moi. 
Notre voisin en a un, que l'on voit de chez nous certes, mais c'est chez lui et il fait bien ce qu'il veut. Il sait mon amour pour cet arbre, il aime me taquiner sous l'oeil amusé de JP, en m'encourageant à en planter non pas un, mais trois au fond du jardin "cela serait absolument parfait vous ne trouvez pas Valérie ?"

Je traverse l'hôpital pour rejoindre mon terrain de marche et là justement il y a un if, magnifique, majestueux dirai-je même.

Alors ce matin, juste après que mon dentiste m'ait refait deux dents, la moitié du visage encore tout endormi, partant faire mes tours à belle allure, je l'ai pris en photo pour preuve qu'un if n'a pas forcément l'allure élancé et glorieux dont rêve JP.

De quoi réfléchir...



lundi 10 août 2026

Marcher

J'essaye différentes chaussures. Aujourd'hui j'ai des baskets avec socquettes, moins de gravillons qui  me font secouer le pied pour déplacer ces petits trucs agaçants. Il y a un mieux, et partir un peu plus tôt me fait rencontrer d'autres retraités et promeneurs de chiens.

Ici les races de chiens sont très diversifiées. A Annemasse l'essentiel était des chiens courts sur pattes, trapus, l'air un peu crétin patibulaire. Il semble en effet que dans mon ancienne ville il n'existe pas d'autre race que ce staff si laid. Au contraire ici, des huskys, des labradors, des bouledogues, des border-collies et toutes sortes d'autres chiens qui jouent, se courent après, se sentent le derrière avec application. Tout cela sous l'oeil bienveillant des propriétaires canins. 


On se salue discrètement, je marche en écoutant l'histoire de Samuel Mandelbaum racontée par Antoine Tricot. Et pour le moment je me cantonne à trois tours d'un pas soutenu. Un peu plus de trois kilomètres et hop je rentre me mettre sous la douche froide.


Demain tôt le matin je serai sous la roulette du dentiste, deuxième carie passée sous les radars à Annemasse. Il fera chaud à mon retour et je ne sais pas si j'aurai le courage de faire mes tours du parc.


samedi 18 janvier 2025

Arrivée

affiche Disneyland partout dans le métro

Evidemment à Paris je fais des heures de métro. Il fait gris, froid, mais les parisiens sont plutôt sympathiques. Parfois cela sent très mauvais et je me mets en apnée, mais le froid anéanti beaucoup les senteurs désagréables qui pour moi symbolise cette ville. Oui je ne suis pas une inconditionnelle de la capitale, c'est le moins qu'on puisse dire.

Mon père a été hospitalisé en urgence il y a une dizaine de jours après être tombé en arrière et s'être ouvert le crâne. Comme il a, lui aussi, ce sale virus pulmonaire, ils l'ont gardé et depuis quelques temps, déplacé à Vitry sur Seine en raison de la surcharge des hôpitaux. Je découvre donc qu'il y a un tram à Paris...

Hier j'ai fait le tour du quartier. Cela faisait neuf ans que je n'étais plus venue dans le studio, malgré tout j'ai vite retrouvé mes repères alentours. Les différents conteneurs verre, papier et même un spécial pour les déchets alimentaires, les Franprix et autres Carrefour, les bouches de métro. J'ai fait quelques courses dans les petites supérettes autour de la place Maubert, le prix du paquet de café fait le double de celui que j'achète d'habitude. Je me suis renseignée pour savoir comment recharger ma carte navigo, un de ces petits stress qui agrémentent mes journées. Une fois cela fait, d'abord je dois encore vider ma carte qui contient des anciens tickets, je me sentirai bien plus détendue.

Bientôt neuf heures, je me douche et je file voir ma mère à côté du Panthéon.


mercredi 4 décembre 2024

Chutes

Je marche vite, très vite, j'ai rendez-vous chez le dentiste. Les rues de la ville sont défoncées par les travaux, des cailloux, de la terre, du bruit, des barrières, je file... je décolle... je heurte de ma pommette le sol qui brutalement m'accueille... quelques secondes... je suis debout et je repars en frottant ma joue, sonnée par cette chute violente. Une demie-seconde je me demande si tout va bien, si je peux continuer mon chemin vers le dentiste, si les ouvriers entrain d'ouvrir la rue que je longe ont perçu que je venais de m'écraser au sol. Saleté de godasses avec lesquelles déjà je me suis fracassée en tombant des escaliers un mois avant ma retraite et qui m'a value un nez cassé, des côtes enfoncées et un traumatisme crânien. Ces foutues converses bleu ciel si jolies, agrippent le sol bloquant mon élan, m'envoient valdinguer sans grâce. 

Le dentiste me rassure, vous n'avez pas l'air d'avoir la joue qui virera au bleu sombre. Mes dents sont bien brossées, en un an presque pas de tartre et aucune carie. Je reviens tranquillement, il y a du soleil, et partout, partout des travaux, méfiance.

Repas avec une amie à Genève, une heure de retrouvailles toujours aussi agréable, au retour il fait froid.

Nuit courte, des nouvelles familiales un peu triste et des courbatures dans tout le corps agrémentées d'un mal de tête lancinant. Au réveil mon menton à droite est bleu, c'est lui qui a subit en premier le choc, la pommette elle, bien qu'ayant aussi tapé fort, reste rose. Bah ! Dans trois jours tout ira mieux.

C'est un point commun avec mon papa, chuter, se relever, oublier.

lundi 11 novembre 2024

En thérapie


Je pensais faire du ménage, du repassage, de rangement, et puis ce ciel bas et gris toujours, en a décidé autrement. Heureusement ici il suffit souvent de monter un peu pour voir enfin du bleu et de la lumière. Nous sommes partis à St Jean d'Aulps, voir l'Abbaye, marcher dans la forêt, croiser les chevaux et les petites chèvres, écouter les cloches, le bruissement des feuilles.

Sur la route, le panneau direction Boëge me fait tout à coup penser à mon psy qui m'a accompagnée dix ans, sur ce chemin de l'apaisement, de la réparation, du désir de vivre vraiment. Il venait de St André de Boëge, qu'est-il devenu ? Il avait pris sa retraite à la fin de ma thérapie, et doit sans doute avoir plus de quatre vingt ans. Donner un âge à celui sur qui se fait le transfert (ici paternel apparemment) est un peu difficile, mais oui, sans doute aux alentours de quatre vingt ans. 
Je cherche sur internet, je ne trouve que des homonymes, je pousse un peu plus, des mots clefs, avec ou sans le prénom, le département, la ville, et au bout d'un quart d'heure je trouve. Il est mort, à presque 74 ans, le 5 juin 2016, cela fait plus de huit ans, il aurait quatre vingt un ans. Durant dix ans, quasiment toutes les semaines, j'y suis allée une à deux fois, pleurer, beaucoup pleurer, me taire aussi, me retrouver et découvrir que l'on pouvait survivre à tant de choses.

Nous n'avons pas pu voir le musée de l'Abbaye d'Aulps, fermé tout le mois de novembre, mais la balade sur le chemin ensoleillé nous a rechargé nos batteries solaires. 
Il faisait doux, mes pensées s'envolaient vers celui dont je venais d'apprendre la mort. 

samedi 9 novembre 2024

des petits bonheurs


 Mardi dernier, au marché, disant pour la énième fois la phrase accompagnant la présentation de ma carte de paiement " Par contre, je n'ai pas le sans contact" pour que le commerçant me donne la boitier pour l'insérer, à côté de moi un client tout aussi ou plus âgé que moi, présentait lui, son smartphone et pif paf pouf, règlement fait, alors que j'en étais encore à taper mon code. Franchement, maintenant que je suis à la retraite, je pourrais installer cette foutue carte me suis-je dit un peu vexée d'être un dinosaure en geekerie. Aussi, ce vendredi, une fois mes achats de légumes faits, j'ai dit au vendeur "je voudrais tester pour la première fois le règlement avec mon téléphone, mais si cela ne marche pas, j'ai ma carte..." Il me tend le boitier, je pose mon téléphone et sans avoir eu le temps de m'angoisser, tout était réglé. Whaouu, incroyable, j'étais toute fière et sans doute que cela se dégageait de moi, puisque ensuite j'ai croisé plusieurs personnes me souriant franchement (non non, j'ai vérifié, aucun oiseau n'avait laissé tomber une fiente mal venue sur mes vêtements, mon mascara n'avait pas fuité malencontreusement sur une joue). Maintenant je fais cela comme si cela faisait vingt ans que je pratiquais cette magie. 

J'adore faire mes courses au marché, c'est un plaisir absolu. Il n'est pas rare de bavarder en faisant la queue  avec les clients qui semblent tout aussi heureux d'être là. Les marchands sont toujours de bonne humeur, les prix en dessous de ceux des grandes surfaces, j'ai un choix incroyable de légumes bio cultivé ici et non en Espagne, j'ai trouvé un boulanger bio qui fait des pains merveilleux, le poissonnier et le boucher sont adorables, je rentre toujours avec le sourire.

Hier, j'ai fait aussi la surprise à mes anciens collègues, de leur apporter une énorme brioche aux pralines encore tiède. Je suis restée une heure à bavarder en gérance. Elles en ont profité pour me soumettre quelques problèmes dont elles ne trouvaient pas vraiment la solution. Etonnamment, moi qui pensais avoir déjà tout effacé de ma mémoire, en quelques secondes tout est revenu. J'ai pu dérouler plusieurs historiques expliquant certaines situations. Les aider dans les réponses à apporter, préciser quelques principes et lois. Elles me disaient qu'elles auraient aimé que l'on me propose des consultations ponctuelles rémunérées par la direction. Mais je leur ai dit qu'il suffisait qu'elles m'appellent ou m'envoient un mail avec leurs questions et que je répondrai avec plaisir (tant que je n'aurai pas réellement tout effacé). Lorsque je suis repartie, la brioche n'était plus qu'un souvenir, le plat nettoyé prêt pour une prochaine visite.

Dans l'après-midi, nous sommes allés JP et moi chercher des champignons dans la forêt et surtout voir le soleil qui toujours se cache derrière les nuages plombant le ciel en ville. De champignons point, mais le soleil et les couleurs lumineuses des feuilles ont illuminé notre fin de journée.

lundi 4 novembre 2024

Au loin les Alpes


Puisque décidément le soleil se cache depuis notre arrivée, ne se dévoilant qu'une petite heure de temps en temps, voilé par la nappe de nuage stagnante au dessus de notre ville, nous sommes montés au Salève, trop tard pour aller plus loin avant qu'il ne s'endorme derrière les montagnes. Nous n'étions de loin pas les seuls à avoir grimpé en voiture. Tous les parkings et les abords de la route étaient occupés par des gens venus aussi bien de 74 et la Suisse voisine, mais beaucoup d'autres départements plus ou moins lointains étaient représentés. Et là-haut, devant le restaurant qui visiblement avait fait peau neuve depuis notre dernière visite, tels des suricates tournés vers le soleil, des petits groupes bavardaient collés les uns aux autres. 

Alors nous avons fait demi-tour pour aller un peu plus haut, marcher dans les pâturages, vers le soleil qui lentement entamait sa course nocturne Plus une vache à l'horizon, des promeneurs, des chiens, et quelques crétins à moto qui dévalaient, en faisant hurler leurs moteurs, les pentes douces herbeuses. Au loin les Alpes blanches commençaient à rosir, l'air était encore doux, le ciel strié des passages d'avion, l'aéroport à nos pieds. 

En retournant à la voiture, je disais à JP  "Tu vois, j'aime beaucoup ces paysages, mais je ne me suis jamais sentie ici chez moi. C'est vraiment une belle région certes, mais je n'ai pas la même quiétude que celle que j'ai en balade en Alsace. Et curieusement, alors que je n'y habite pas encore, je me sens plus chez moi en Charentes-Maritimes, que là en Haute-Savoie. "
C'est parce que tu es née en Alsace, pour moi aussi les Vosges sont mon pays. Et puis, rajoute t'il, tous nos amis sont repartis, ce n'est pas une région où l'on se pose si l'on n'y est pas né.

Pourtant, je ne suis jamais restée aussi longtemps quelque part. Mais il est vrai que l'accueil de la Haute Savoie n'a pas franchement été à la hauteur.

mardi 17 octobre 2023

Un petit village

 

les Gets

La météo nous ayant promis un week-end mitigé de pluie et grisaille, rentrant du bureau vendredi sous un soleil encore chaud et resplendissant, j'ai invité JP à aller boire un pot sur la place de la mairie, une dernière fois avant l'automne. 
En ouvrant les yeux samedi il pleuvait effectivement, et j'avais adapté mes deux jours de congés à faire des trucs "à la maison" : rempoter le calamondin qui n'a fait aucune fleur cette année, dégeler le congélo, faire un billet de blog, reprendre la gym... Mais d'abord comme tous les samedis, aller faire les courses de la semaine et le ménage à fond. Samedi a passé vite.
Dimanche contre toute attente, il faisait beau, plus que beau, ciel entièrement bleu, soleil au zénith, alors pourquoi ne pas monter en station déjeuner. 
Aux Gets, une petite heure de route, et arrivés devant le restaurant choisi par JP, le parking désert nous a indiqué qu'il était fermé. Nous avons donc cherché dans une station fantôme où nous avons croisé moins de dix personnes et trois quatre chiens, un restaurant ouvert. 
Nous avons atterri dans un "Concept Store - Restaurant - Décoration - Architecture" dénommé Velvette. Loin d'être plein, mais chaleureux. Et bien que les tarifs soient assez élevés, nous y avons dégusté deux excellentes pizzas. Puis nous avons traversé les rues désertes, grimpé un peu dans ce qui sera peut être, si la neige tombe, les pistes où des slalomeurs descendront furieusement. 
Partout des chalets aux volets tirés, des hôtels, des magasins et même la gendarmerie fermés. Panneaux sur les vitrines "ouverture le 1er décembre", chaussures de skis poussiéreuses rangées sagement sur les étagères. Un village mort.
Au petit cimetière entourant l'église, les noms se répètent, trois ou quatre familles, un enfant de dix ans au visage rayonnant enterré là sous les cimes verdoyantes.

Plus que six semaines et la vie reprendra, nous avons quitté toujours sous le soleil, cette belle montagne tranquille. 










vendredi 16 juin 2023

balade


Le week-end de la Pentecôte nous a mené à Paris. Cela faisait depuis Noël que nous n'avions pas vu mes parents, et bien qu'ils aillent nettement mieux que l'année passée, nous commencions des deux côtés à avoir le temps long. Pour la première fois nous avons testé le Léman Express, traversant Annemasse et Genève sous terre. Rapide mais anxiogène, avant de prendre le TGV en première classe, bien plus agréable. A Paris le soleil régnait déjà et les températures, loin d'atteindre celles d'aujourd'hui, étaient vraiment plaisantes. Nous avons atterri chez C. qui miraculeusement était là, revenant de Rodrigues où elle avait retrouvé avec bonheur ses amis après avoir passé une semaine de travail à Maurice. Mes parents resplendissants, toujours aussi vifs même si le poids des années se fait sentir me disent-ils. Lundi prochain d'ailleurs, papa fêtera ses nonante quatre ans.

C. nous avait réservé un créneau le samedi à 14 heures pour aller voir Ramsès. Nous sommes arrivés un peu avant l'heure et durant une heure avons piétiné, en avançant centimètre par centimètre dans la file compacte et sage. L'exposition en elle-même ne m'a pas stupéfactionnée dirais-je, j'avais vu en son temps Toutânkhamon, et j'en garde un souvenir bien plus éblouissant. Il est vrai que j'étais bien plus jeune, mais que surtout, à l'époque, les expositions n'étaient pas autant fréquentées. Il n'était pas nécessaire de réserver six mois à l'avance, de choisir un créneau, pour ensuite faire le pied de grue des heures durant. Partout à Paris les gens font la queue, pour gouter un croissant idéalisé sur TikTok, voir une expo, une église, entrer dans un magasin qui solde...

Je me souviens des tout débuts de ma vie d'adulte, où je pouvais débarquer à Paris, arrivée en stop sans encombres ou presque, déambulant, entrant dans la cathédrale et en ressortant quand je voulais et sans devoir justifier de mon absence de volonté destructrice, achetant sans jamais faire la queue mon repas, le métro relativement propre (quoique son odeur particulière est prégnante dans ma mémoire olfactive), quelques clochards, quelques musiciens, un Paris normal.

Et puis, quelle curieuse manie que ces selfies partout et pour n'importe quoi. Mes parents sont dans le quartier d'Emily in Paris, rue de l'Estrapade, collée à la fameuse place où l'héroïne habite et traîne avec ses amis so frenchy. Alors, se rassemble toutes sortes de touristes venus se prendre en photo, béret sur le crâne, viennoiserie en main, prenant la pose devant la lourde porte en bois du 1 place de l'Estrade, et goutant un sandwich du boulanger d'Emily dans le square où celle-ci organise des repas d'anniversaire. Chacun immortalise le moindre de ses gestes en tenant à bout de bras son smartphone sans vraiment il me semble profiter de ce joli quartier.

Nous sommes repartis le lundi en fin d'après-midi, contents de notre séjour et soulagés de ne pas habiter dans cette ville où l'on passe tant de temps dans les bus, métro et Uber. Compter une heure pour aller de chez C. à chez mes parents, compter une heure pour aller de chez C. à Ramsès, pour aller au restaurant, pour faire une petite balade, pour tout. Et C. habite à Paris intra muros, j'imagine ceux qui vivent en banlieue. Une heure ici, c'est plus de temps qu'il ne faut pour aller à Annecy...

mardi 28 mars 2023

marche tranquille

 A dix sept heures, comme jeudi dernier et je ne sais plus quel autre jour avant, je rejoindrai la petite manifestation qui démarre place de la mairie. JP, s'il ne pleut pas, se joindra à nous. La dernière fois il y avait bien plus de monde et surtout, bien plus jeune. C'est extrêmement sage, nous marchons au son de quelques chansons sortant d'un haut parleur tiré par un cégétiste, rien de révolutionnaire, un peu de Manu Chao, le chant des partisans mal revisité, d'autres trucs jamais entendus. Une fois le tour fini, les cégétistes enroulent leurs drapeaux, les annemassiens finissent leurs conversations démarrées durant la manif, JP et moi reprenons nos vélos et tchao, à la prochaine.

Tout de même, la dernière fois, nous avons eu droit à une nouveauté, des CRS entièrement robocopisés, flashbalisés, l'air mauvais, encadrant aux carrefour notre tranquille marche bien pépère, où certains petits enfants brandissaient des pancartes en carton sur lesquels on lisait Superman avec nous et autres slogans révolutionnaires. Ils avaient l'air plus ridicule qu'autre chose, et nos policiers municipaux rompus aux manifestations provinciales gardaient leur distance, préférant suivre pacifiquement notre déambulation.

J'ai bien tenté ajouter quelques collègues, mais de l'agence bien que la plus âgée, je suis sans doute la plus à gauche et apparemment la seule qui manifeste. Sans doute que la majorité n'a jamais participé à une quelconque manifestation (*), alors qu'il me semble que lorsque j'avais leur âge, il était assez naturel de battre le pavé. Mais il est vrai que lors des élections, beaucoup aussi restent chez eux. C'est peut être aussi le propre des petites villes riches.

Je fais mes petites manifs, je commence à ranger certains placards depuis longtemps abandonnés à l'entassement, en prévision de notre déménagement futur et je suis allée voir mes petits vieux à l'hospice. J'ai lu de très bons livres dont il faudrait que je parle et curieusement aussi, depuis le changement d'heure, c'est le réveil qui me sort du lit alors que depuis des semaines j'ouvrais les yeux à quatre heures et demi.

Sept heures, il est temps de rejoindre mon tapis de gym, muscler mes cuisses et mes bras, faire quelques abdos pour ne pas ramollir.


(*) Ah si, une des mes collègues préférées avaient en son temps tenu des ronds-points en gilets jaunes.

mardi 24 janvier 2023

les surprises

la ferme de Beaumont - Haute Normandie

J'accompagnais JP en voiture, nous roulions vers l'hôpital où il passe cinq jours pour une cure qui devrait l'aider à supporter les grands froids qui sévissent actuellement. Un traitement qui dilate les vaisseaux sanguins, que l'on délivre aux alpinistes ayant eu les mains et pieds gelés. Or donc, nous venions de dépasser le lycée Jean Monnet et descendions l'avenue de l'Europe, lorsque tranquillement, majestueusement, un faisan, tel que celui sur la photo, a traversé à pieds l'avenue, devant notre voiture, se dirigeant vers la clinique vétérinaire. C'était tellement irréel de le voir là, tout près de la ville, ignorant le bruit des voitures, dans son monde de faisan.

J'ai vu comme cela, il y a des années, une tortue traversant l'autoroute vers Archamps. Cela semble tellement incongru que l'on se demande si ce n'est pas notre imagination qui nous joue des tours. Il y a au printemps les perruches qui piaillent dans les arbres autour de l'agence, une nuit c'est une fouine qui se baladait sur notre parking. 

Depuis plusieurs semaines, en face de notre appartement se construisent trois immeubles. Pour l'instant c'est un balai de camions et d'ouvriers qui s'agitent la semaine, mais le week-end, seule la grue se dresse au milieu de ce qui n'est encore qu'un vaste chantier. Dès que l'espace est abandonné de tout être humain, arrivent les chats, les corneilles et sur la flèche de la grue, les mouettes qui se rassemblent et papotent bruyamment. 

Les villes sont pleines d'animaux, des accompagnés par leurs maîtres, mais aussi des animaux sauvages qui se baladent discrètement et que j'aime surprendre, souvent à vélo, moins bruyant que les voitures.

samedi 29 mai 2021

Ya p'dmal tu sais à t'faire du bien lalalala

Eh bien dis donc, qu'est ce que cela passe vite, le dixième et dernier défi est publié chez Dr CaSo, et si une fois encore j'ai pas tout compris parce qu'il y a des trucs en anglais, il s'agirait de se royaumer .

Ma journée avait filé sans un arrêt pour souffler, puisque j'étais à l'agence, de permanence, je décrochais le téléphone tout en m'occupant de mon poste. A 16h un dossier avait été accepté pour un jeune homme ultra pressé qui voulait entrer lundi dans le studio alloué. Mais lundi ma journée était quasi complète. Alors je l'avais appelé, pour voir si on pouvait prévoir l'entrée mardi, ? Après tout je finissais dans une heure, aurai-je le temps de tout préparer ? Sa mère parisienne devait signer le bail, lui devait voir avec sa banque s'ils pouvaient augmenter le plafond de sa carte, prendre une assurance. 
Mais, je me connais, je suis faible avec les gentils, j'aime faire plaisir. Va pour lundi 13h, seul créneau encore libre. Alors, pendant que lentement l'agence semblait se ralentir, je m'y suis attaquée sans lever le nez. Le bail est parti en signature électronique, j'ai édité les documents, créé le compte, croisant les doigts pour que lundi mon nouveau locataire ait son assurance, de quoi payer et que sa mère ait signé le bail dans les temps. Et puis ouf ! j'ai relevé la tête. 
L'agence était silencieuse, tous le monde avait filé dès 17h sonné. J'ai rangé mes affaires, nettoyé et désinfecté le bureau sur lequel j'avais passé la journée, suis allée vérifier que la porte d'entrée était bien verrouillée, loquets en place, et j'ai regardé dehors ; les voitures collées les unes aux autres, le tram passant majestueusement, le soleil immense, estival.
J'étais vidée.
Brusquement l'idée de rentrer directement à la maison, de commencer le week-end pépère avachie m'a semblé d'une tristesse absolue. 
Alors j'ai téléphoné à JP et lui ai donné rendez-vous en terrasse à la Régence, Hop hop hop chouchou, j'arrive, et j'ai raccroché. 
J'ai pris mon vélo, tranquillement : décrocher le cadenas, le bloquer dans le porte bagage, défaire la béquille, savourer chaque seconde, enfourcher et commencer à pédaler doucement, sous le soleil, loin de l'énervement qui sourdait de l'embouteillage juste là, au carrefour. 
Sur la voie verte tout était calme, les chiens faisaient leur caca sagement dans l'herbe à côté de leurs maîtres le nez dans leurs smartphone, les petits enfants brinquebalaient sur leurs vélos et trottinettes à 3 roues, les promeneurs déambulaient et moi je roulais calmement, savourant ce début de week-end. 
A ce moment là, toute la tension de la journée s'est effacée. J'ai refermé cette semaine de boulot,  j'ai respiré longuement, profondément.

Evidemment JP n'était pas encore là, mais je me suis assise au soleil, entourée de pleins de monde qui profitaient de la fin d'après midi, je l'ai attendu tranquillement.

Y a pas d'mal, tu sais, à s'faire du bien, la la la… 
Y a pas d'mal, et ça ne coûte rien 
Prends ton cœur et ta vie par la main, la la la… 
On est sur la terre pour se laisser faire 
Y a pas d'mal à s' faire du bien



mercredi 24 mars 2021

transformation


On a du mal à croire en regardant la photo, que le parc devient une vraie fourmilière à la sortie des classes. Les bancs sont tous occupés par les mères qui bavardent pendant que leurs enfants envahissent les espaces. Evidemment il y a des dégradations, plantes arrachées, maison à insectes démontée petit à petit, branches cassées, pelouse malmenées par la manque d'eau, et les dérapages en vélo, mais dans l'ensemble le parc résiste, et les plantes vont apprendre à surmonter les attaques.

Au deux extrémités il y a un espace avec des agrès pour les sportifs. Qu'il fasse beau ou qu'il neige, chaque jour les beaux gosses du quartier ou non d'ailleurs, s'entrainent au son de leur smartphone, déployant leurs muscles tatoués, rivalisant sans agressivité, s'entraidant. L'ambiance est joyeuse, les filles en groupe écoutent religieusement leur coach, revêtues de leurs tenues impeccables. 

Les quelques jardins associatifs sont en dormance hélas, depuis le premier confinement, bien protégés par la clôture. Les grosses touffes de ciboulettes ayant survécues à l'hiver, tout comme les cardons et les choux montés en graines, patientent, attendant qu'enfin les jardiniers reprennent leurs activités. 

Lorsque je suivais sa transformation, passant plusieurs fois par jour devant, je n'aurais jamais imaginé que ce moche parking, où certaines voitures restaient mourir des mois, où les marronniers lentement dépérissaient, deviendrait un des endroits les plus vivants d'Annemasse. 

jeudi 19 décembre 2019

mes nouveaux compagnons

J'ai maintenant deux compagnons de route qui m'accompagnent lors de mes trajets en vélo.
L'avenue de Genève qui longtemps n'était qu'une moche route menant à Moëllesulaz que j'évitais autant que faire se peut, a été transformée par la venue du tram. Certes les travaux ont engendré des bouchons et énervements à n'en plus finir, mais depuis le début de cette semaine, lorsque je vois ce tram tout neuf, glisser sur sa pelouse, je prends un réel plaisir à le regarder, traverser l'avenue, silencieusement.
Je me réjouis, choisis les rues dans lequel je sais que je vais le croiser, je ne sais pourquoi cela me met tant le coeur en joie.

Sous la voie verte, que je prends le soir, parce qu'une portion de l'avenue est délicate lorsque les frontaliers qui envers et contre tout prennent leurs voitures et rentrent du travail, passe le Léman express nouvellement mis en circulation. C'est rue des Négociants que la voie s'enfonce dans le tunnel, et lorsqu'il y entre dans un long chuintement délicat, c'est comme s'il glissait sur un coussin d'air. En passant la chicane, quittant la voie verte, je souris si nos chemins se croisent à cet instant.

C'est justement parce que ces travaux rendaient les trajets fastidieux, épuisants d'énergie négative, que la recherche de place de stationnement me faisait perdre un temps fou, que je me suis mise au vélo.
C'est le tram qui me l'a fait enfourcher, c'est peut être aussi cela qu'inconsciemment je chéris lorsque je le vois lui et son copain Léman express, traverser sereinement la ville. 

vendredi 29 novembre 2019

photo n°29

10-02-2010
De tout cela il ne reste plus grand chose, plus d'arbres, plus de maison de maître, plus de lampadaire. Le petit jardin sur la gauche à été totalement rasé puis recréé, la route laisse maintenant la place au tram (et aux vélos), un immeuble de six étages obstrue le ciel.

C'est tout le quartier qui a changé, les maisons individuelles ont été remplacées par des constructions élevées, gros cubes sans charme. Les chats qui avaient fait des jardins leur royaume, sont partis vers d'autres territoires, bientôt les nouveaux habitants s'installeront, peut-être même y aura-t-il des nouveaux commerces ?

Ailleurs c'est un parking qui lentement devient jardin, et je me réjouis du jour où je pourrai m'y promener.

Je traverse la ville, pédalant joyeusement sur les nouvelles pistes cyclables, découvrant cette ville qui chaque jour voit un nouvel immeuble, de nouvelles plantations, modulant mes trajets pour réapprivoiser cet espace changeant comme par magie.

mardi 19 novembre 2019

photo n°19

07-06-2014
Mes deux signes astrologiques sont d'une part le bélier et de l'autre le coq chez les chinois.
Alors, lorsque je rencontre une de ces deux bestioles en sculpture, j'éprouve immédiatement une complicité, un élan amical, comme pour ce petit bélier perché tout en haut de Cordes sur ciel.

Il n'était pas à vendre, debout dans sa vitrine, simplement là, court sur pattes, la tête penchée, interrogateur, le regard perdu dans ses rêves.

Mon petit bélier tout là haut dans les nuages.

samedi 16 novembre 2019

photo n°16

28-05-2012
J'aime tellement déambuler seule dans un cimetière, entourée de silence, lire les noms gravés sur la pierre, parler à tous ces morts qui un jour ont respiré le même air, écouté la vie qui s'écoule. Je m'y sens si bien, chez moi.
J'aime surtout les cimetières de pierre blanche, ceux au bord des mers, balayés par les vents salés, et dont les fleurs sont en porcelaine colorées et brillantes.
Celui de Sète était noyé de soleil ce jour là, personne à part nous deux, qui ne parlions pas, prenant des allées différentes, nous retrouvant sous les cyprès telles des bougies griffant le ciel, repartant vers d'autres directions pour nous retrouver encore et encore.
Le silence bienveillant des morts, les éclats de rire des mouettes, le bruissement du vent dans les lauriers, quelques feulements de chats protégeant leur territoire.
Oui vraiment, je ne me sens jamais aussi bien que dans un cimetière des vents marins.

vendredi 15 novembre 2019

photo n°15

05-02-2012
Il faut attendre Février pour que l'hiver soit vraiment là.

Il a neigé dans les Pyrénées, sur les Alpes, en hauteur des Voirons et tout autour de la haute Savoie, mais ici il n'y a que les températures qui nous donnent l'heure de la saison.
En vélo, bien couverte, je ne suis pas pressée de devoir rouler dans la neige molle, je me contente de celle que je vois à l'horizon.

De cette photo je ne me souviens de rien, c'est l'appareil qui l'a enregistrée un cinq février deux mille douze, à dix sept heures dix huit. Sans doute prise au Salève, un dimanche, le jour de la mort de Christian Blachas dont nous ne rations aucune émission, lorsque la publicité était encore pour nous source d'amusement.

Un dimanche, en hiver, qui a passé sans laisser de souvenir...

lundi 4 novembre 2019

photo n°4

02-10-2011
Chaque avion laisse sa trace qui évoque chacune un voyage, parfois lointain.
J'imagine souvent les passagers assis, là haut, tous dans le même sens, regardant vers leurs destinations. Et quand c'est moi qui suis assise dans les nuages, j'aime regarder en bas, la terre, les routes qui sinueuses découpent comme les cours d'eau, le paysage où les hommes et les animaux sont invisibles tant ils sont petits.
Ces traits de nuages lentement vont s'estomper, pour ne plus être qu'un souvenir, alors que déjà d'autres avions se préparent à rayer encore et encore ce ciel si bleu.

vendredi 27 septembre 2019

du code de la route

Certes les pistes cyclables servent régulièrement de désertes aux conducteurs qui n'en ont que pour quelques instants, warning en route qui excuse tout. Certes il arrive que des bus ou des voiture nous frôlent, très certainement à bon escient, certains même ulcérés klaxonnant "Bon sang qui est le chef sur la route ici ! ".
Mais il faut reconnaitre aussi que les cyclistes et les trottineurs ne sont pas des anges non plus.
Les feux rouges on s'en fou ! Rouler à droite c'est dépassé ! Signaler que l'on va tourner, quelle idiotie ! et puis, rien de mieux que d'avoir des écouteurs, musique à fond, et si possible consulter son téléphone, nez baissé OSEF le reste du monde !
Je me méfie presque plus des deux roues que des voitures, oublions les piétons qui si rarement, avant de traverser, jettent un oeil à droite ET à gauche.
Alors je roule mémère, pour pouvoir freiner quand brusquement le deux roues devant moi décide de changer de route ou qu'un piéton surgisse de nulle part, nez scotché sur son smartphone.
En deux ans de pratique quotidienne, j'ai vu une évolution incroyable. D'abord, le port du casque. Au début personne, mis à part quelques cyclistes un peu murs, mal assurés sur leur selle, personne n'en portait. Et puis sont arrivés les vélos électriques, au point qu'il me semble qu'il y a plus de motorisé que de pédaleurs réels. Ensuite sont apparues, les trottinettes. Pareil, d'abord les petites que les parents empruntaient à leurs enfants, puis de plus en plus sophistiquées, avec moteur, puis des roues de plus en plus confortables, et récemment des selles en attendant que l'un ait l'idée de rajouter deux roues et pourquoi pas un petit toit.
Les trottineurs sont debout, raides et fiers, fonçant tout droit, ignorant superbement ce que l'on appelle des freins, pour traverser les rues, sans un regard aux voitures qui pourraient elles aussi rouler sur le bitume. Piétons, passez au large, les passages qui coupent la voie verte vers Genève, sont entièrement dédiés à leur usage, aux autres de s'arrêter à temps, ce qu'ils font pour la plupart. Les cyclistes motorisés ne sont pas en reste, ce sont les rois des pistes cyclables.

J'ai mis un casque il y a quelques mois, je roule bien à droite, je tends le bras pour tourner, je ne fais pas de compétition, si une voiture rageuse ne veut pas me laisser passer, je m'en fiche, de toute façon je vais toujours plus vite que les voitures en ville, et j'aime sentir le temps sur ma peau.

Mais je me dis que tant que ceux qui empruntent les rues, les routes, ne respecterons pas au moins le code de la route, incluant dans leur paysage les autres rouleurs, la guerre entre les différents moyens de se déplacer, n'est pas prête à s'apaiser./div>