samedi 28 novembre 2020

Les gens qu'on aime #19

 quelqu'un qu'on admire


Fin août début septembre 1971 nous sommes partis en vacances en Espagne, en famille. J'avais 14 ans, et je garde en souvenir la silhouette du taureau, noir, surplombant les collines, la Sagrada Familia où tous le monde pouvait entrer, sans tickets, sans faire la queue mais avec un casque, les jardins autour au figuiers croulant sous les fruits, le soleil assez doux, les rats courants le long des quais, les tapas que l'on nous apportait, le soir en terrasse, si tard, alors que nous serions depuis longtemps au lit chez nous. Je crois bien que c'était la deuxième fois, et la dernière pour moi, que j'y suis allée. 

Espagne pays de cocagne, de vacances, de douceurs.

En 1993, un vingt huit janvier, la journée à peine commencée, l'hôpital nous avait appelés.

De l'autre côté des Pyrénées, des parents, malgré la douleur qu'ils vivaient, avaient donné leur accord pour que leur enfant devienne l'espoir de vie d'autres enfants au bord du précipice.

Peux t-on imaginer la force, le courage, l'abnégation qu'il faut, alors que l'indicible vient de se produire, pour penser aux autres, et donner cet accord invraisemblable, que les organes de leur enfant chéri, soient prélevés pour faire vivre d'autres enfants que l'on ne croisera jamais, dont on ne saura presque ou sinon rien ? Peux t-on imaginer cela ?

Je les ai aimés, les accompagnant en pensé dans leur douleur qui pour nous devenait espoir. Et ce pays dont ils venaient, cet Espagne si généreux, accompagné de mes souvenirs d'enfance, prenait une dimension presque mystique. 

Je ne sais rien d'eux, rien de plus que ce don, je ne sais rien d'eux, ils sont simplement admirables.


7 commentaires:

Anthom a dit…

Il est superbe ce texte et combien je te comprends, moi dont l'homme n'a pas eu le temps de bénéficier de la greffe du cœur qui pouvait le sauver!

Anonyme a dit…

Des personnes admirables, il faut avoir beaucoup de courage pour prendre cette décision.

Belle journée à vous


Odile

manoudanslaforet a dit…

Respect total! Oh que tu as du les aimer !

Ginou a dit…

Comme je comprends cet amour que tu leur portes ! Ce texte est très émouvant.

Calyste a dit…

Amour et tristesse semblent souvent liées chez toi ?

Dr. CaSo a dit…

Je parle justement d'immortalité sur mon blog aujourd'hui! Je ne sais pas comment on peut survivre à la mort d'un enfant, mais les parents de cet enfant trouvent sûrement un peu de réconfort dans le fait que leur enfant vit encore, d'une certaine façon, à travers ton fils. Mais effectivement, c'est admirable d'arriver à penser à autrui dans un moment si terrible! Je leur en suis reconnaissante aussi, pour toi et ton fiston :)

Valérie de Haute Savoie a dit…

Oh là là, je suis occupée par un ouvrage et du coup je n'ai plus le temps de passer ici. Merci pour vos mots.
Calyste je ne crois pas. Je suis très très gaie comme fille, crois moi, et nous rions beaucoup JP et moi, et au bureau aussi :D j'aime beaucoup de monde, et cela me rend plutôt joyeuse, mais c'est vrai que parlant de mon frère et des parents qui ont sauvé mon fils, j'ai là un amour triste, oui ;)

Anthom, j'ai vécu le désespoir de parents dont les enfants mourraient faute de donneur, je suis très triste de lire que c'est ce que vous avez vécu, ton mari et toi

Dr CaSo, mes parents ont souffert, tant et tant. Ils ont tenu, parce qu'ils avaient d'autres enfants, et nous avons été toujours très présents, les entourant avec amour. Mais oui, c'est absolument inimaginable.