vendredi 26 septembre 2008

la misère

Des monceaux d'ordures, jetées pêle-mêle dans tout l'appartement. Pas un endroit où poser les pieds, seul le matelas est libre, presque incongru.
Les photos prisent lors de la visite sont effroyables. Les toilettes sont maculées, les murs servant vraisemblablement d'essuie-mains, mais curieusement, posé sur le réservoir, un bouquet de lavande fini de sécher à côté d'une photo de famille et d'un livre protégé par un plastique. Le balai, posé à l'envers est propre. Tout autour des ordures jetées là encore en tas. La salle de bain est inaccessible, sans doute une annexe aux toilettes. La cuisine est envahie elle aussi par les déchets, dans l'évier une poubelle éventrée dégueule jusque sur la cuisinière. Dans la salle de séjour-chambre à coucher, celle où juste le matelas est vierge, au fond, sèche du linge sur un étendoir.

Difficile d'imaginer qu'une personne puisse vivre là et pourtant !

Chaque matin elle se lève, s'habille.
Déjeune t-elle, se lave t-elle ?
Comment fait-elle pour vivre là, pour ne pas sentir cette odeur pestilentielle, ne pas voir ces cafards, ses vers grouillant là ?

Elle promet qu'elle va faire un effort, comprend que les voisins n'en peuvent plus, dit qu'elle voit un psy. Mais elle est a franchi depuis si longtemps la frontière de la folie. Qui peut vivre dans une telle crasse ?

Depuis que nous avons vu les photos je ne cesse de m'interroger sur la souffrance de cette femme. On ne se crée pas un univers aussi repoussant sans raison. Comment réussit-elle à cacher à ses collègues l'invraisemblable environnement dans lequel elle vie ?

14 commentaires:

Anonyme a dit…

J'ai connu quelqu'un qui est passé dans une telle phase lors d'une très grave dépression. Tout ce qui relevait du quotidien était devenu une montagne effrayante et réellement insurmontable. S'il parvenait déjà à dormir quelques heures il était heureux. S'il parvenait à manger un petit bout de quelque chose encore plus.
Il était suivi, et d'ailleurs c'était en partie des effets secondaires de médicaments...!

Saperli a dit…

dans un cas comme celui-là, il est nécessaire de faire intervenir une entreprise de nettoyage dans un premier temps puis de proposer une aide hebdomadaire mais tout cela accompagné par le soutien psy, car c'est un symptôme de la maladie mentale, j'en ai rencontré quelques uns dans ma vie professionnelle.

Jipes a dit…

Se laisser dépasser de la sorte ne m'étonne guère parfois on a juste envie de se laisser aller et de s'abandonner on devient alors insensible à tout et puis passé un certain cap ca devient tellement insurmontable que l'on ne peut que sombrer.

C'est terrible la souffrance de certaines personnes sans une main pour les secourir :o(

anita a dit…

Oui, de temps en temps, ce serait bien de faire visiter ce genre de logis à ceux qui ne voit dans la folie qu'un terrritoire de créativité injustement brimé...
Il me semble impossible que cette dame soit en mesure d'affronter ce que ses monstres ont crée autour d'elle. d'accord avec saperli : une armée de professionnels pour remettre à niveau, puis après, on cause pour voir comment on évite que ça dérape.

Fauvette a dit…

D'accord avec Saperli et Anita, cette personne est malade. Mais je suis étonnée qu'elle puisse aller travailler...
J'espère que la décision d'envoyer équipe de nettoyage, et de l'aider sur le plan psy va être prise. Il n'y a pas d'autre solution.

Valérie de Haute Savoie a dit…

Je n'interviens pas sur ce cas, le gestionnaire en charge du dossier étant particulièrement humain, il est évident que tout est fait pour aider cette personne à affronter ses multiples problèmes. Moins sûre (et c'est compréhensible) sera la faculté des voisins à supporter encore longtemps cette situation. L'odeur est épouvantable, la température ne permet plus une aération constante des communs et la tension est de plus en plus difficile à maîtriser.
Le boulot d'un syndic est vraiment très éclectique !

Beo a dit…

Mais si les nettoyeurs passent; l'odeur sera loin pour un moment non?

C'est quand même triste tout ça, presque une vie parallèle si elle travaille avec ce secret bien gardé...

Petite question Valérie: un syndic c'est celui qui gère les bâtiments? Parce qu'ici c'est l'équivalent du Maire de la ville.

Valérie de Haute Savoie a dit…

Oui Béo, le syndic est celui qui gère la copropriété (le gestionnaire)

Pour ce qui est de l'odeur, elle est imprégnée dans les murs. On peut difficilement imaginer l'état de l'appartement. Il va falloir entièrement le refaire à neuf et pour l'instant il y a juste eu évacuation des ordures.

Beo a dit…

Ah c'est juste... j'avais pas pensé à l'imprégnation des murs, arf!

Merci pour tes précisions au sujet du syndic, déjà qu'ici ça me déroutait au début.

Oxygène a dit…

Je connais cette odeur qui imprègne les murs. Le simple fait d'ouvrir la porte de l'appartement en question, alors même qu'il a été nettoyé empuantit la cage d'escalier. Et l'empreinte de l'histoire difficile qui y a été vécue survit au passage du locataire. Difficile de l'oublier...

Valérie de Haute Savoie a dit…

A lire les commentaires je réalise que cette situation n'est pas un cas rare. Il me semble tellement inimaginable de vivre dans de telles conditions.

Lancelot a dit…

Je commence à me sentir inquiet : le dessus de mon bureau est un AFFREUX foutoir, mélange de cours, de livres, de cahiers, de cd, de tracts syndicaux, il y a même en ce moment un flacon de sirop contre la toux, qui trône au milieu !

Serais-je en train de développer une névrose faisant de mon quotidien de prof "une montagne effrayante et réellement insurmontable"...? Vais-je devoir aller consulter...?

Bon, rassurez-moi : il n'y a pas encore de vers et de cafards, et ça ne sent pas mauvais. Grand ménage d'urgence, dès cet après-midi... Je ne veux pas terminer ma vie interné dans une cellule capitonnée.. non non non....

Valérie de Haute Savoie a dit…

Il semble que cela s'appelle le syndrome de Diogène. Lancelot tu fais ton Diogène alors :D

Anonyme a dit…

Le syndrome de Diogène est courant hélas et pourtant il n'est absolument pas pris en compte par les autorités.
Valérie tu as été choquée par l'appartement que tu as vu.
J'ai été choquée moi aussi de l'appartement de ma mère dont nous avons extrait avec mes soeurs deux tonnes de détritus.
C'est la deuxième fois en six ans que nous devons intervenir. Par la ruse puisqu'elle refuse de nous laisser entrer chez elle.
Elle est actuellement hospitalisée (jusqu'à quand ?) mais retournera sûrement à plus ou moins long terme chez elle pour recommencer à entasser, détériorer.
Elle est malade et pourtant n'est pas considérée comme folle, donc pas d'internement possible et tant qu'elle refuse la maison de retraite on ne peut l'obliger à y aller.
Le plus beau dans tout ça c'est donc que seule la famille est appelée à gérer le problème.
Un bonheur au quotidien.
Elle, elle est folle, elle est dans sa réalité. Et du coup elle arrive à nous y entraîner aussi.
Une pensée pour toutes les familles des syndromes de Diogène...