mardi 2 octobre 2007

J'ai très longtemps habité près d'un pont SNCF, tout au Nord de Paris.
Un pont très noir, qui tremblait au passage des trains de marchandises, un pont que j'aimais.
Comment pouvait-on aimer un tel tas de ferraille, lui trouver un quelconque charme ?

Sans aucun doute, je devais être le seul dans ce cas.
Certains jours, alors que Paris s'ébrouait, brossé de toute part par des balais encore en paille, avant même d'avoir pris mon café, je grimpais les escaliers en fer. Résonnaient dans l'air mes pas frappant les marches, effrayant les pigeons qui lourdement quittaient leurs abris. Je me postais bien au centre, glissais mon nez entre les mailles du grillage qui courait le long de ce pont squelettique, humais les trains en partance... je quittais Paris ! Sous mes pieds, le souffle des wagons faisait trembler tout mon corps, j'entrais en résonance, roi du pont, roi du monde. La brusque bouffée chaude me surprenait toujours, j'étais seul et tellement puissant.
Fermer les yeux, des doigts caresser les clous ronds, sentir l'odeur métallique, apprivoiser sa forme et repartir, la main traînant, faisant des vagues sur l'ossature de mon pont, pour, jusqu'au bout, faire corps avec l'ailleurs.

Ces instants là n'avaient pas de prix, j'aimais ce pont !

Edit : Ce qu'en ont fait les autres participants

3 commentaires:

Oxygène a dit…

"Roi du pont, roi du monde ". Tout est dit.

Pablo a dit…

Ah, encore un jeu ! :-)

Pablo a dit…

Je veux dire "le" jeu, très marrant d'ailleurs... J'irai voir ce soir chez Samantdi...