lundi 21 septembre 2026

Traverser le présent


C'est venu insidieusement, sans doute après ma chute spectaculaire dans les escaliers de l'agence, lorsque j'avais loupé cinq marches et que je m'étais fracassée comme une merde sur le palier en explosant mon nez, et choquant mon cerveau vigoureusement. Je n'avais pas vraiment compris comment cela m'était arrivé, j'avais juste enregistré inconsciemment que cela pouvait m'arriver, et que les marches pouvaient m'envoyer très vite dans l'au-delà. Je prenais ma retraite un mois plus tard, adieu les escaliers à descendre à tout allure pour aller à un rendez-vous. J'avais déjà expérimenté les chutes idiotes, où il y a plus de gêne que de mal, entouré d'un public se retenant de pouffer. Le médecin s'était aussi interrogé, mais mon équilibre semblait bon, il m'avais exhortée à être un peu moins dans la lune.

Alors sans doute avais-je ralenti mon allure, et puis la retraite avait effacé beaucoup de stress, j'avais le temps, le temps d'arriver à l'heure, le temps de prendre mon temps. Je m'étais efforcée de calmer mon énergie, nous avions déménagé, et ici, dans notre nouvelle vie, tout était devenu bien plus reposant. 

Un ou deux kilos fluctuants se sont installés, alors que je n'avais pas changé grand chose à mon alimentation, moins d'alcool, moins de sucre, plus de légumes, mais rien n'y à fait, ils se sont de plus en plus ancrés.

Et puis la semaine dernière, brusquement je me suis sentie me déplacer, sans brusquerie, descendant les escaliers raides menant à la vieille ville, me tenant à la rampe, marche après marche, évaluant la pente, concentrée, laissant passer les sportifs courant pour s'exercer au Trail, et j'ai pris conscience de cette lenteur de vieux qui petit à petit était devenue mon quotidien. Et j'ai réalisé que tout était devenu plus lent, loin de l'énergie qui faisait mon quotidien. 

Alors, depuis, je me force à accélérer, à reprendre mon pas d'avant, à quitter cette espèce de mollesse enveloppante. Pour ne pas devenir tout de suite une vieille qui ne bouge plus, du lit à la fenêtre puis du lit au fauteuil et puis du lit au lit...

6 commentaires:

Dr. CaSo a dit…

C'est très intéressant tout ça, bravo d'avoir réussi à t'auto-observer et à remarquer le changement. Je ne peux que t'encourager à marcher, marcher, après tous les repas, le plus souvent possible, le plus longtemps possible. Mon jeune neveu vit avec moi depuis un mois et je bouge/marche énormément plus qu'avant, et j'ai maintenant beaucoup moins mal au dos et aux hanches, la différence est réellement incroyable!

Gilsoub a dit…

Oui, pas toujours facile de garder une activité physique quotidienne et efficace ;-) La retraite approchant, c'est un des sujets qui m'interpelle, vu que mon boulot me fait pas mal bouger !

Valérie de n'importe où a dit…

oui j'ai déjà remarqué que lorsque je marche régulièrement, j'ai nettement moins mal aux tendons et muscles. Il faut surtout que je marche plus vite, mais lorsque je suis avec JP, je dois rester à son rythme bien plus lent en raison de sa maladie...

Valérie de n'importe où a dit…

Et c'est tellement nouveau de ne pas avoir de contrainte quotidienne, qu'il est tentant d'en profiter :D

petit louis a dit…

Je suis désormais malheureux quand je ne peux pas avoir ma dose journalière de marche. Il faut dire que je suis vite dans la pampa entouré de traces de sangliers qui farfouillent dans la lande ou de lézards qui jouent à cache-cache avec le chien. Mais ces quelques bornes du matin sont vraiment le plus de ma vie de retraité. Après je m'occupe du courant. Mais avec plus de calme. La lenteur fait désormais partie du jeu. Mais ce n'est pas le principal. Le primordial, c'est d’avancer et mon rythme n'a rien a voir avec celui de ma vie d'avant...

Anne a dit…

Il me faut ma dose! De pas, de mouvements, sinon je m'ankylose...