mardi 21 février 2017

rendez-vous

Je suis arrivée un peu en avance, vélo cadenassé au poteau électrique, visage tourné vers le soleil, sans aucune appréhension, j'attends.
Vous êtes Monsieur Descages ? Eh non encore un que j'alpague et qui me regarde un peu étonné, non ce n'est pas lui et il est un peu en retard mon fameux locataire.
Hurlement de freinage, gros crash sous mes yeux, une jeune fille a brûlé le feu rouge et le fourgon d'un électricien vient d'envoyer valdinguer sa petite voiture quelques mètres en avant. J'attends et j'ai en plus de l'animation. Elle penaude, lui désolé, rien que de la tôle. Normal me dit un passant qui n'est toujours pas mon locataire, cela arrive tous les jours.
Et puis, au moment où j'empoigne mon téléphone, il arrive marchant vite et sourire penaud. S'excuse et vite nous démarrons l'état des lieux. Cave, Garage, Boite aux lettres visités, nous montons à l'appartement. C'est propre, les vitres sont nettoyées, les murs blancs mat où chaque trace reste visible quoique l'on fasse, de pièce en pièce je note et lui est aimable, j'oublie totalement notre histoire commune, mécaniquement je fais mon travail, le plus objectivement possible.
Il y a bien cette vitre oubliée, ces aérations un peu noires de poussière, les deux filtres de la hotte gras, très gras, rien de très notable. Il rouspète quand je lui explique qu'il va falloir revenir nettoyer sinon nous ferons intervenir une entreprise, il part au ski tout à l'heure. Deux heures ensemble.
Il faut encore compter les clefs, relever les compteurs, tester les télécommandes.
Enfin tout est terminé, il a signé sans rechigner, face à face nous allons nous quitter.
Vous savez que nous nous connaissons ?
Il me regarde stupéfait, creuse ses méninges. Vous êtes mon conseillé bancaire.
Mais, comment vous appelez vous déjà ?
Je le lui dis en souriant et je vois bien qu'il n'a plus aucun souvenir de nos griefs. Il me parle de son travail, de ce qu'il souhaiterait, de ses espoirs, il est si gentil que je sais que j'effacerai son mail menaçant, il ne me servirait plus, aucune envie de lui porter tort. Il m'explique sa colère, je lui dis la mienne et d'un coup s'envole tout ce qui restait encore de notre échange houleux.
Je lui souhaite vraiment de continuer joliment sa vie, il ne sera plus mon conseiller, il déménage.
En pédalant vers mon nouveau rendez-vous je me sens légère, légère...

6 commentaires:

Chantal a dit…

Il m'est arrivé aussi de ressentir cette légèreté après avoir purgé (le mot ou ce qu'il évoque n'est pas très joli) un truc insatisfaisant, traînant dans mon esprit et laissant un mauvais goût.
C'est chouette lorsqu'elle se présente de sauter sur l'occasion de remettre à plat, reprendre la relation -quelle qu'elle soit-, parler, peut-être s'expliquer, écouter les explications de l'autre, et réaliser que la personne qu'on pensait détestable ne l'est pas. Quelle joie de se sentir en harmonie avec le monde, un.e humain.e parmi les humain.e.s. !
Passez une bonne journée suivie de plein d'autres, bien sûr.

Dr. CaSo a dit…

Contente que la visite de soit bien passée et que tu aies pu remettre les pendules à l'heure de façon positive :)

Valérie de Haute Savoie a dit…

Chantal c'est cela, pouvoir effacer une mauvaise idée et ressentir une légèreté :)

Dr CaSo oui moi aussi :)

patricia NICOLE a dit…

9a fait du bien de ne pas rester sur un ressenti négatif :-)

Valérie de Haute Savoie a dit…

Oui Patricia :)

Mel a dit…

Quelle belle conclusion à une histoire mal commencée ! Je m'en réjouis pour toi et ressens ta légèreté en te lisant.