samedi 20 mars 2010

20...

Les parents étaient à Mulhouse, grand père et grand'mère nous gardaient, tous les cinq, nous étions libres.

A midi nous faisions souvent des barbequious "N'oubliez pas la salade disait maman avant de partir". H. sous l'oeil vigilant de grand père, sortait le gros sac de charbon de bois, et méthodiquement, préparait les braises. Il déposait quelques sarments de vigne pour donner un bon goût à nos saucisses et nos côtelettes. Avec grand'mère, nous lavions la salade, équeutions les tomates, préparions la vinaigrette "deux cuillerées de vinaigre pour une d'huile, c'est bien meilleur disait maman, meilleur pour votre santé" Ahh la santé ! Grand'mère soupirait... "Rajoute un p'tit peu d'huile !".
Mhmm ce goût de l'interdit.

La table mise dehors, en plein milieu du jardin, l'herbe douce sous nos pieds nus, grand père déployait le parasol, ensemble nous mettions le couvert, doucement sur la grille cuisait notre repas.
On se levait, choisissait nos grillades, posions quelques tomates, un bout de pain, on se racontait nos histoires, on était drôlement bien.
Parfois une vache venait nous guigner, broutant en soufflant fort et nous arrachions quelques touffes d'herbe que nous passions à travers le grillage. Le soleil cuisait nos dos, chauffait nos bras, et petit à petit nous abandonnions la table.
Grand père allait s'allonger à l'ombre dans un transat, le chapeau incliné lui protégeant les yeux. Grand'mère était remontée à la cuisine, les garçons repartis dans le grenier pour y continuer leurs expériences explosives.
J. et moi, gourmandes, nous coupions une dernière tranche de pain épaisse, bien épaisse. Les braises étaient mourantes, juste parfaites pour blondir lentement notre tartine secrète. Armées de la plaque de beurre et d'un couteau oublié sur la table, nous beurrions un côté, reposions la tranche sur la grille, beurrions à nouveau, tournions et retournions cette tranche qui devenait translucide d'être beurrée et rebeurrée. Elle croustillait sur les braises, et nous trépignions de plaisir, reculant le moment où nous croquerions dans ce délice absolument interdit et divinement fondant.
Enfin, n'en pouvant plus, nous emparions de ce buvard de beurre, et mordions, fermant les yeux, dans ce pain délicieux qui coulait sur nos ventre, nous jurant l'une et l'autre de ne jamais jamais en parler à maman !

10 commentaires:

Erin a dit…

J'adore ce moment d'enfance. Cette tranquillité, cette douceur... Cela a comme un parfum de bonheur oublié. Pas dans le souvenir, dans l'action.

Et puis tranquillement je continue ma lecture, tout en dégustant ma tranche de pain de mie beurrée... Jusqu'au moment où tu parles de ta tartine beurrée... et là j'ai abandonné la mienne... elle me semblait insipide...

Merci Valérie de ces délicieux moments... Elle semble si douce ton enfance malgré tout... si loin de la mienne aussi... je n'arrive pas à en raconter des moments délicieux comme celui-ci... et pourtant il a bien du en avoir.

tchoptchop a dit…

tes notes de mars sont aussi délicieuses pour mon âme que tes tartines de beurre semblaient l'être pour ton estomac!

Merci merci :-)

Dr. CaSo a dit…

Tu me donnes trop faim, là! J'aurais bien voulu passer ces moments avec vous, ça avait l'air bien sympa :)

Pablo a dit…

Vous auriez dû la tartiner à l'huile (d'olive) ! (Et comme vous disiez hier avec Claudine : quelle belle enfance !)

P.S. Je ne te lirai plus jusqu'au printemps prochain !

jipes a dit…

Quelle vocation de tes souvenirs j'en ai l'eau à la bouche Merci !

caroline a dit…

Mais que je les aime, tes histoires!!!
Elles ont ce petit gout d'enfance et la lumière des petits bonheurs...

Valérie de Haute Savoie a dit…

Erin, tu aurais dû la faire un peu grillée, sûre qu'elle serait devenue plus attrayante :)

Tchoptchop pour mon estomac oui mais pour ma ligne pas vraiment :D

Dr CaSo ce Birkenhof était un paradis !

Pablo, rappelles-toi l'huile d'olive c'était pour bronzer (http://notesperissables.blogspot.com/2008/02/huile-dolive.html):D

Jipes gourmand va ;)

Caroline, c'est cette enfance qui m'a rendue si solide sans aucun doute. (et cela me fait du bien de me savoir lu avec tant de gentillesse - merci)

Pablo a dit…

ho ho, c'est vrai ! :-)

Mel a dit…

Mais quel moment délicieusement raconté, j'en ai l'eau à la bouche !

Valérie de Haute Savoie a dit…

Pablo, je n'ai pas réussi à mettre le lien sans doute parce que petit à petit je reprends mes billets et mets une police plus grande pour harmoniser mon blog - du coup cela doit bugge.

Mel, je t'avoue que ces tartines étaient une tuerie pour la ligne mais une merveille en bouche :D