jeudi 22 octobre 2009

La vie

L'odeur de plus en plus tenace, agaçant les narines, avait dirigé le gardien vers le studio situé au milieu du couloir. Arrivé devant la porte il avait renoncé à l'ouvrir, préférant appeler le commissariat.
Ils étaient venus à deux, et, la porte à peine entreouverte, suffoqués par la puanteur avaient reculés. Depuis combien de temps était-il là à se liquéfier, tranquillement, imbibant la moquette ? La boîte aux lettres débordait d'offres alléchantes mêlées aux relances, mise en demeure et factures.
L'été, les vacances, l'immeuble déserté.
Lui, un soir de cafard, derrière ses volets condamnés, s'était simplement tiré une balle dans la tête, et lentement avait commencé à pourrir.

Cinq jours plus tard, leur moto glissant sur l'asphalte humide, un jeune couple mourait.

Puis ce meurtre juste en bas de l'immeuble, laissant des semaines durant une grande flaque sèche et rouge.

Trois mois, et pourtant chacun à sa manière est encore un peu là.

Fred et moi nous battons toujours pour tenter d'effacer l'odeur épouvantable ancrée dans les murs et le sol. Rien n'y fait, l'arrachage de la moquette, le nettoyage minutieux et très particulier fait par une entreprise spécialisée, les murs grattés, lessivés, repeints, rien qui n'ait pu anéantir cet ultime témoin d'une vie abandonnée de tous.
Plus ténu, le souvenir des deux amoureux, dont ne reste que les noms inscrits au feutre noir sur le dossier qui partira demain à la comptabilité.
Et toujours, malgré la pluie qui souvent lave à grande eau les rues de la ville, cette tache qui du rouge brique a viré marron sale, incrustée longtemps encore.

9 commentaires:

Pablo a dit…

T'es toujours une optimiste irréductible dans le fond : certainement, je n'aurais pas intitulé le billet comme toi...

Valérie de Haute Savoie a dit…

Optimiste certes, mais c'est aussi la vie non ? cette continuité malgré tout !

Floh a dit…

Tu sais bien la décrire, cette continuité. N'empêche, ça marque.
J'ai le souvenir de ce dossier que j'ai dû traiter, une femme qui a eu un accident avec notre voiture louée, son fils est mort. Et d'être retombée sur la photocopie du permis, sur laquelle on avait laissé la photo de l'enfant, glissée dans le plastique. J'avais dû prendre une bonne demi heure avant d'arriver à l'appeler pour lui parler papiers...
Tu leur rends hommage à ta manière, et de très belle façon....

Anne a dit…

Oui, la vie aussi, mais bon. Pas le côté qu'on préfère, disons.

Jipes a dit…

La mort a malheureusement une odeur qui reste à tout jamais dans nos narines rien ne saurait l'effacer...

Dr. CaSo a dit…

Brrrr...

Valérie de Haute Savoie a dit…

Floh, le plus dur a sans doute été la mort de ces deux jeunes gens. Les mères, divorcées, sont venues l'une et l'autre à l'agence. Très dignes, ailleurs, un peu mortes, si seules. Et nous devions de notre côté, parler caution, arrêt d'abonnement edf, eau... déménager l'appartement, entrer dans une intimité brusquement explosée. Mais l'histoire de cet homme qui s'est suicidé était elle aussi terrible. Et ma collègue était d'autant plus chavirée qu'il était venu peu de temps avant, totalement abandonné, rejeté par sa famille. Que s'était il passé de si grave que plus personne ne veuille en entendre parler, même après sa mort ?

Anne, évidemment !

Jipes, c'est une odeur terrible que l'on ne peut oublier, tu dis vrai.

Dr CaSo, la preuve c'est que malgré trois mois passés, j'ai ces histoires toujours à fleur de doigts. Brr comme tu dis !

Olivier de Montréal a dit…

C'est triste tout ça...

dieudeschats a dit…

Tu sais, eut-être que leur mettre le nez directement dans les affaires administratives les aide... ça permet de réaliser que c'est vrai... et à la fois de se concentrer sur autre chose que ses idées noires.