lundi 31 mars 2008

le CTS

D'un geste vif j'enfonce la clef dans la serrure et ouvre la boîte aux lettres. Quelques enveloppes, deux trois pubs, les bras chargés de courses je glisse le tout entre mes lèvres et grimpe à la volée les quelques marches jusqu'à l'appartement. Poser les sacs, refermer la porte tout en triant le courrier... facture, facture, pub, sécu... tiens le CTS, qu'est ce que le CTS peut bien envoyer comme courrier ? Hop hop j'arrache plus que n'ouvre l'enveloppe et ... le ciel me tombe sur la tête !
Madame, vous avez dernièrement fait un don du sang... problèmes... rendez-vous avec notre médecin... date et heure... Mais qu'est ce que c'est que cette histoire ?
J'envisage toutes les solutions, du moins toutes celles envisageables... cancer bien sûr... visons tout de suite la catastrophe la chute sera moins brutale... et puis quoi d'autre encore ? Ben cancer c'est tout... la fin du monde de toute façon. J'appelle papa, ne pas garder ça jusqu'au rendez-vous, ne pas faire subir ce nouvel aléa de notre vie aux enfants...
Papa ? Pourquoi le CTS pourrait bien me convoquer ?
Voix calme, rassurante... il connaît sa fille, son imagination, ses brusques accès d'angoisse folle.
Peut être as-tu une légère anémie ?
Et cela se soigne ?
Mais oui... rire tendre... quelques mots encore... on raccroche

Je me gare, feuille de convocation en main je vais à l'accueil... oui le docteur vous attend.
Je m'assied, j'attends mon anémie, tranquille.
Elle farfouille un moment dans une pile de papier sur le bureau, en sort une feuille, des résultats sanguins apparemment.
Me regarde
Euh voilà, j'ai quelques questions à vous poser
Oui ?
Le test Elisa que nous avons fait étant positif nous avons fait un Western Blot dont nous n'avons pas encore les résultats...
Vous êtes mariée ?
Oui.. voix peu assurée
... Auriez-vous eu des rapports non protégés avec d'autres partenaires que votre mari ?
Non, mais bien sûr que non... je suis mariée ! elle me sourit
... et votre mari ?
Oh non ! aucun risque, aucun ! Il est malade depuis deux ans
Malade ?
Je lui dit, la silicose, la sarcoïdose, la sclérodermie... je lui dit G. et sa greffe, C et la suspicion de maladie auto-immune... les larmes qui doucement mouillent les yeux... je lui dis le viol... serait-ce possible que l'on soit passé à côté de ça, depuis douze ans ? Oui depuis j'ai déjà donné mon sang, trois fois par an...
Non non rassurez-vous, impossible que cela ait été ignoré.
C'est sans doute un faux positif, nous aurons rapidement les résultats du WB.

La lettre attendue, rassurante, confirme le faux positif... pas de VIH mais tout de même il me faudra refaire les examens dans trois mois et s'ils sont négatifs attendre encore trois mois, les refaire et alors là seulement je pourrais à nouveau donner mon sang.

Ma soeur, qui travaille avec L. Montagnier, m'explique ces faux positifs, les différents examens, me rassure... la parenthèse se referme.

Un jour j'apprendrais qu'à cette époque nous n'étions pas deux, mais trois dans notre couple. Qu'ils ne se protégeaient pas... inutile lui avait-elle expliqué, elle était donneur de sang !

Et je pensais à cela en lisant le commentaire de Churchill...
L'ineptie d'écarter arbitrairement tous les homosexuels et de penser que la parole d'un hétéro est forcément dépourvue de mensonge.

15 commentaires:

Olivier Autissier a dit…

Ils ne sont quand même pas malins de se contenter du courrier quand on imagine tant les angoisses qu'il peut générer. Ils n'ont pas le téléphone pour expliquer tout de suite, et le cas échéant rassurer ?

Valérie de Haute Savoie a dit…

Depuis 1995 ils ont peut être amélioré les choses :)

zélie a dit…

oups. Quelle angoisse.

anita a dit…

Je voudrais dire à Churchill peut-être un mot d'explication, qui peut-être, pourrait le faire se sentir moins amer, moins visé individuellement par cette mesure : les échantillons sanguin ne sont pas testés un par un mais par pool, pour diminuer les coûts, qui sont toujours exorbitant. Si un pool se révèle suspect, c'est tous les échantillons qui sont examinés un par un. Cet alourdissement de procédure serait ingérable si on examinait en premier lieu tous les échantillons.
Quand l'affaire du sang contaminé a éclaté, il a fallu se poser la question: où placer le curseur pour à la fois, éliminer le plus de donneur à risque, sans éliminer le plus de donneurs?
Il est évident qu'il y a encore une plus grande fréquence de contamination chez les homosexuels que chez les hétéros, ce qui ne signifie pas dans ce groupe un risque zéro. Et il est également évident que cette frontière tend à s'effacer. Mais pour l'instant, c'est toujours plus économique comme cela.
Il ne faut pas attendre du CTS une autre position que celle-ci. La santé publique fait ce qu'elle peut, avec ce qu'elle a.

Quand au coup de téléphone, pas d'accord. Ne pas voir son interlocuteur, ne pas sentir sa sympathie, sa main sur votre bras, c'est encore plus brutal. la aussi, on n'évite pas l'angoisse. Si on on peut éviter le "demerdez-vous..."
Bises

Gilles Aitte a dit…

Le courrier par lettre type n'est pas forcément très adroit car forcément on est particulier et que le courrier type ne s'adapte jamais tout à fait notre cas. Le téléphone, je n'ai pas une idée précise du nombre de cas positifs, vrais ou faux, mais j'imagine un peu le temps qu'il faudrait consacrer à ça quand on connaît les moyens dont disposent la santé publique... De toute façon, au fond existe-t-il vraiment un bon moyen d'annoncer une mauvaise nouvelle ?

Jp a dit…

Mon dieu quelle angoisse, ca doit vraiment etre horrible, quand je poense que l'on parle de tact et d'humanité dans lea rapports soignants/ patients y avait du travail a cette époque et certainemnet encore pas mal de progrès à faire encore de nos jours

Damien a dit…

histoire pas facile en effet... Je suis partisan de la lettre suivie du rdv de visu. Apprendre cela par téléphone impliquerait de se sentir encore davantage isolé.

Quant à la situation du don du sang par les homos, la Ministre a promis des avancées. Nous verrons. En tout cas je resterai interdit de don à vie indépendemment de mon orientation sexuelle alors... :(

lancelot a dit…

Je comprends très bien l'angoisse que ça a dû soulever en toi... je m'imagine à ta place... J'espère que ça va mieux maintenant.

Concernant le fait qu' "Il est évident qu'il y a encore une plus grande fréquence de contamination chez les homosexuels que chez les hétéros" il faut aussi savoir une autre chose, beaucoup moins connue du public que l'exclusion des homos du don sanguin : pour donner ses organes, là, y a pas de problème. On les accepte même venant d'homos.... Cherchez l'erreur...

Valérie de Haute Savoie a dit…

Après avoir lu tous les commentaires, je voulais préciser l'objet de mon billet.
Ce qui me semble terriblement discriminatoire c'est cette interdiction absolue de donner son sang dès lors que l'on est homosexuel (homme, parce que je ne sais pas si les femmes sont aussi mis à l'index) alors qu'il me semble que de part et d'autre il y aura toujours des personnes inconscientes et des personnes tout à fait capables de juger si leur comportement est à risque et donc dangereux dans le cadre d'un don.
J'ai eu des rapports à risque à une époque, et bien évidemment je me suis abstenue jusqu'aux résultats négatifs de donner mon sang. Pourquoi considérer TOUS les homosexuels comme des inconscients et TOUS les hétéros comme des personnes conscientes et respectueuses, c'est cela que je voulais suggérer dans mon billet. Lorsque je donnais tranquillement mon sang, jamais je n'aurais pu imaginer que mon compagnon non seulement avait une liaison mais SURTOUT qu'il ne se protégeait pas. La jeune femme avec laquelle il menait cette double vie avait de multiples partenaires (ce qu'il ne savait pas non plus) et elle se pensait protégée par le fait qu'elle était donneur de sang. Elle était loin d'être idiote, et pourtant ! On ne pourra jamais, même en éliminant tous les homosexuels, éviter le risque d'une contamination. Il me semblerait tellement plus intelligent de donner à tous la possibilité de donner son sang et en parallèle d'informer exactement de ce qui est incompatible avec le don du sang. On élimine des donneurs alors que l'on a tellement besoin de sang.

anita a dit…

@Lancelot: justement pour les raisons que j'expliquais, et dont j'ai bien peur qu'elles soient toujours mal comprises : un don d'organe fera de toutes façons l'objet d'une analyse complète, dès le départ, et individuellement. il n'y a pas de surcoût.On prend, on prend pas, mais de toutes façon, on n'élimine pas l'étape analyse individuelle.
Le choix du CTS est lié à la première analyse, groupée. Si j'ai un groupe de gens He (pour hétéro) qui présente statistiquement un risque N d'envoyer tout un lot prélevé à la poubelle et un autre groupe Ho (pour homo) qui presente un risque Nx2, l'option économique est de prélever dans le groupe He.
Ce qui n'empêche pas de poser un certain nombre de question sur d'éventuels pratiques à risque.
Je ne me souviens plus de l'écart entre les deux risque, à lépoque de la décision, car ça date mais il était significatif épidémiologiquement.
C'est une position économique. Point.
En ce qui concerne l'éthique, la question actuelle pourrait se poser en ces termes : l'écart entre le risque He et le risque Ho est-il encore assez important pour justifier le risque de provoquer un sentiment (bien naturel au demeurant) des homosexuels d'être, ici aussi, discriminé?
Si l'écart est voisin de zéro, on prend tout le monde, et on mettra à la poubelle le même nombre de flacons contaminés.
Si l'écart est minime, peut-on imaginer une analyse de chaque prélèvement ? pour tout le monde. non. Trop cher.
Pour le groupe à risque légèrement supérieur? Pourquoi pas. mais est-ce que cela atténuera le sentiment de la discrimination?
La question mérite d'être posée. mais les réponses sont d'un autre ordre qu'une homophobie institutionnelle.
Je ne crois que les médecins du CTS vivent les hétéros comme plus fidèles ou plus conscients. Ils les perçoivent comme payant moins cher, moins immédiatement leur prise de risque.
Amitié.

Valérie de Haute Savoie a dit…

Anita tu penses bien que ce qui concerne le prélèvement d'organe m'intéresse au plus haut point. De mon temps ;) il fallait trois mois pour savoir si l'on avait été contaminés après un rapport non protégé. Admettons qu'un organe soit prélevé sur quelqu'un qui a eu la veille un rapport à risque, comment peut-on être sûr de la fiabilité des tests ?
Je me souviens que j'avais été soulagée de savoir que G. bénéficiait d'un foie d'enfant pour cela.
Je comprends bien ce que tu dis, je ne vois pas les médecins du CTS comme des homophobes, mais il me semble qu'il est réducteur de ne voir les homosexuels que comme des baiseurs fous sans aucune conscience. Lorsque l'on fait la démarche de donner son sang, on y a réfléchit, on n'y va pas juste pour boire un coup non ?

Stefbsl a dit…

Je vais un peu dévier du sujet : en France, je donnais mon sang sur une base très régulière; j'ai immigré au Canada où je ne peux plus être donneuse. Pourquoi ? par ce que j'ai résidé en France plus de 3 mois entre 1980 et 1997 (CREUTZFELDT-JAKOB).

Cf : http://www.hema-quebec.qc.ca/francais/dondesang/qualifidonneurs.htm#criteres

Cela ne se compare pas du tout avec l'interdiction s'appliquant aux homosexuels (cette interdiction est tout bonnement abberante); c'était juste une info en passant.

Olivier de Montréal a dit…

Je ne pourrai jamais donner mon sang au Québec. D'abord parce qu'ici comme en France, une "orientation sexuelle alternative" ;) est discriminatoire, mais on est écarté d'office dès qu'on a vécu plusieurs années en Europe, à cause... de la maladie de la vache folle.

Je suis en parfaite santé, mais on ne veut pas de mon sang.
Ce matin même, les employés de l'Université de Montréal, où je travaille, posaient des affiches pour un don de sang. Dommage.

Fauvette a dit…

Ouh... Quelle mauvaise surprise...
Je partage ton point de vue, les hétéros ne sont pas plus fiables que les homos. Cela devrait aller de soi.

Valérie de Haute Savoie a dit…

Creutzfeld Jacob... c'est assez compréhensible puisque la maladie peut avoir une incubation de plus de dix ans... Mais cette perspective est si peu réjouissante que je préfère faire l'autruche... de toute façon il n'y a rien à faire qu'à attendre contrairement au VIH.