lundi 10 septembre 2007

fenaison

Lorsque la charrette était pleine, on s'asseyait au sommet et nous partions vers la grange à foin. Le vent léger soulevait des brins de paille qui se fichaient dans nos cheveux et l'odeur chaude du foin nous enveloppait tout le long du trajet. Parfois nous devions nous coucher rapidement sous peine d'être fouettés par la branche un peu basse d'un arbre bordant le chemin. Là haut nous étions tout puissant dominant le monde.
Devant la grange nous sautions dans les bras de ces robustes paysans, et j'avais des frissons de plaisir, premiers émois de petite fille. On déposait les bottes de foin qui grimpaient sur les chaînes jusqu'au grenier où, plus tard, nous ferions des cabanes, disposant ces bottes en longs couloirs débouchant sur nos antres secrètes. La charrette vide, nous repartions cette fois assis sur le tracteur, brinqueballés dans tous les sens et les allers et retours ne s'arrêtaient que lorsque le champs était complètement nettoyé.
Venait alors la récompense! Nous avions droit au goûter... et quel goûter !
Nous n'entrions que rarement dans la partie habitée de la ferme, mais ces jours là, nous y étions invités et assez impressionnés en pénétrant dans la pièce sombre et fraîche. A peine assis à la grande table en bois sombre, on nous découpait d'énormes tranches de pain rectangulaire. Ce pain dont l'arôme nous narguait lorsqu'à peine sorti du four il refroidissait sur les marches de l'escalier. Posées à même la table, elles nous servaient d'assiette. Par dessus nous y déposions le saucisson de la ferme, le beurre, le pâté et nous dévorions à pleine bouche ce pain merveilleux à la mie tendre et la croute tellement croquante. Venait ensuite la tarte au quetsches noyée dans un flanc aux œufs et dont l'abaisse était elle aussi en pâte à pain. Nous buvions le jus des pommes du verger, c'était le meilleur repas du monde.
On rentrait repus, heureux, bronzés, et tellement fatigués que l'on se débarbouillait rapidement et on filait au lit.

6 commentaires:

meerkat a dit…

Heureux souvenirs que ces goûters. L'odeur arrive jusqu'à mes narines. Les grandes tranches de pain, le saucisson, et aussi le pain perdu et la pate de coing. Miam ! Et je ne parle pas de toutes les cabrioles dans le foin (innocentes bien sûr, à cet âge !). Un billet savoureux.

Valérie de Haute Savoie a dit…

Oh le pain perdu, nous en mangions chez ma grand'mère maternelle ! Mais c'est vrai que c'était un délice.
Les cabrioles étaient d'autant plus innocentes que cela se passait en famille :)

Editions Filaplomb / Philippe Braye a dit…

Tout cela est plein d'odeur délicieuse, ça respire l'enfance en ses parfums devenus rares…
:-)

Valérie de Haute Savoie a dit…

Est ce que par hasard je ne serais pas entrain de démarrer un régime moi ? :D

Marc a dit…

J'ai adoré tes dernieres notes, c'est exactement ce que j'aime lire. A bientôt.

Valérie de Haute Savoie a dit…

merçi :)