mercredi 18 septembre 2013

La vie qui va

Petit à petit changent certaines habitudes, du café pris en continu le matin je suis passée au thé vert menthe, de France Inter j'ai migré vers France Culture et Espace 2 et de l'aboiement un peu hautain je suis passée au détachement aérien face aux locataires agressifs. Ma vie s'apaise... j'ai même supprimé l'application Candy Crush pour reprendre le temps de lire.

Ma belle-sœur chérie a fait une cure de raisins trois jours durant. Hier soir elle m'a seumeussé "dernier repas de raisin, je crois que je vais éradiquer tous les pieds de vigne" j'ai ri. Mais j'avoue que cela me tente. Il suffit de faire cela un week end pour ne pas squatter les toilettes du bureau. 
Il y a bien bien longtemps, mon grand père était responsable du secteur pub des Dernières Nouvelles d'Alsace. Un automne, il avait monté une grande campagne de publicité en faveur du raisin, affiches et encarts vantant les bienfaits de la cure avec de belles grappes violettes et brillantes sur fond jaune paille. Partout à Strasbourg les appels à la cure illuminaient les murs gris. Il rencontre au hasard des rues son médecin qui montrant du doigts une affiche lui dit "je me demande bien quel couillon a fait cette campagne, je ne soigne plus que des diarrhées aiguës depuis !". Nous adorions mon grand père Ernest.

Hier midi j'avais rendez-vous avec ma Garance chérie. Dans sa chambre j'ai rapproché les deux petites tables l'une en face de l'autre, et oubliant le temps du repas que nous n'étions pas au restaurant, nous avons devisé tranquillement des choses de notre vie, elle grignotant son plat infâme sans sel, moi dégustant une salade prise à la cafèt agrémentée de deux cannelés délicieux que nous avons mangé de concert.
Trois mois qu'elle navigue entre les hôpitaux sans qu'aucun médecin ne lui dise rien. Oubliée régulièrement par les ambulanciers lorsqu'elle part en chimio et radiothérapie, il semble que le respect de l'être humain n'est plus de mise. Hier angoissée de ne pas avoir son comprimé contre les crise d'épilepsie, on lui apprend entre deux portes que son traitement est changé, sans avoir vu de médecin, sans qu'on ait cru bon de lui en parler. Elle fait des scanners ? motus ! elle tombe et se réveille avec une marque sur le front ? motus ! Elle est là, seule, sans parole. Heureusement que ses amis sont là pour la tenir dans la vie.

Une semaine que sa chatte avait disparu, Ludivine bravement retenait ses larmes et dès la fin de la journée filait poser des affichettes tout autour de chez elle.
Hier, alors que l'espoir semblait mort, un voisin a vu au travers d'une vitre, un chat s'égosiller. Le propriétaire prévenu est arrivé dare-dare de sa Suisse lointaine et a délivré l'exploratrice.
Dès la nouvelle connue, l'Agence entière s'est exclamée si heureuse que Ludivine retrouve le sourire.
Depuis le chat mange, mange, mange.

12 commentaires:

Mel a dit…

Merci pour ces nouvelles, Valérie. Ce que tu écris sur la façon dont on traite ton amie Garance me désole et m'inquiète.

PascalR a dit…

Entre les sourires et les larmes on parcourt ton billet plein d'humanité qui semble cruellement manqué à ton amie.

Marie-Madeleine a dit…

Que de bienveillance et de compassion attentive dans ce billet. Je pense à ta Garance

dany a dit…

Plein d'ondes positives pour Garance...

Dorémi a dit…

Oui, plein de bonnes ondes pour Garance, et honte à ces soignants qui portent si mal leur nom.
Concernant la cure de raisin, il semblerait qu'on n'est pas obligé de la suivre trois jours, non plus, on peut se contenter d'une journée pour commencer…
http://www.lepalaissavant.fr/et-si-on-faisait-une-monodiete/
D'autres infos là :
http://mon-naturopathe.com/blog/alimentation/la-cure-de-raison-explications-en-video

Dr. CaSo a dit…

Je suis triste pour Garance, et en même temps je suis sûre que beaucoup de ces personnes autours d'elle souffrent aussi de la traiter comme ça mais n'ont plus de choix, plus de temps, plus d'argent, etc. La santé c'est comme l'éducation: on coupe on coupe les budgets, sans se soucier des conséquences tragiques que cela crée à long terme. Je lui souhaite beaucoup de courage.

Madleine a dit…

Ce qui arrive à ton amie est triste comme est triste et terne la société dans laquelle nous vivons, celle qu'on nous a laissée, celle qu'on s'empresse de continuer à massacrer au nom du libéralisme et du dieu fric...
Je désespère régulièrement de la survie de notre espèce à cause principalement de sa bêtise !
Qui s'occupera de nos chats lorsque nous nous serons auto-exterminés ?

Valérie de Haute Savoie a dit…

Réponse collégiale
Moi aussi je suis terriblement démunie devant de mur de silence qu'elle subit. Je ne suis qu'une collègue, je ne peux rencontrer les médecins comme je l'ai toujours fait pour JP et G. Là, c'est à son mari, ses parents de le faire, mais ont ils vraiment envie ?

Dorémi, je crois que je vais choisir cette option qui me semble parfaite, une journée de repos c'est plus cool :)

Dr CaSo effectivement le système de santé commence à ressentir les coupes budgétaires,et les aides soignantes que l'on croise dans cet hôpital sont très gentilles et souriantes heureusement, mais visiblement débordées.

Oh nos chats... Madleine, qui effectivement sera là pour leur gratouiller le menton et entre les oreilles alors qu'ils ronronnent à s'étouffer :)

Judicaelle a dit…

Je suis toujours très émue quand je lis tes billets

Valérie de Haute Savoie a dit…

Judicaelle heureusement qu'il y a aussi des histoires un peu scatologiques :)

laurence a dit…

le pire c'est que selon la ville et donc le lieu où l'on est soigné, on ne le serait pas avec la même qualité, c'est effarant surtout quand il en va de la vie des gens... comme tu dis si bien l'entourage est important pour poser les bonnes questions, aller voir ailleurs, emmener plus loin... je comprends ton désarroi et je compatis

Valérie de Haute Savoie a dit…

Cette idée que selon que l'on tombe ici ou ailleurs, on peut s'en sortir ou non est tout bonnement terrifiante laurence :(