mardi 9 mars 2010

9ème

Le car nous déposait devant l'ancienne Bourse du travail, nuée de petites filles, bleu marine et blanc qui déboulaient en riant d'avoir été brinqueballées depuis le Naegeleberg.
Le béret posé légèrement en arrière, J. et moi rentrions heureuses de retrouver la maison. L'immeuble annulaire que nous coupions au centre, la rue Auguste W. puis le square Steinbach juste avant d'arriver.
On se donnait la main, marchant vite quand la nuit tombait, traînassant lorsque le printemps rallongeait les jours, cueillant les marrons tombés à l'automne. Des mamans promenaient lentement des landaus aux coques bleu sombre, juchées sur leur hauts talons, leurs ainés virevoltant autour des troncs d'arbre.


Tous les jours nous traversions le parc où parfois nous imaginions être surveillés par des monstres griffus. Alors nous nous mettions à courir, courir à perdre haleine, retenant le béret d'une main, le cartable tambourinant nos dos follement.

Un soir d'automne, alors que lentement nous marchions, devisant sagement, absorbées toutes entières par le délicat travail d'ouverture des bogues hérissons. Découvrant lentement les doux marrons brillants posés sur le velours pâle, apparut brusquement sous un grand cèdre un homme ! Immobile et sombre !

Monstre griffus !

Figées par la stupeur, muettes, nous regardions sa main qui semblait agiter une petite saucisse molle et rose, sortant de sa braguette.
Combien de temps restâmes-nous là, étonnées et légèrement dégoûtées ?
Quelques secondes à peine sans doute.
Main dans la main nous courûmes sans nous retourner jusqu'à la maison, grimpant à la volée les marches de bois cirées. Porte claquée, riant de notre peur "Papa, papa, y'a un monsieur qui nous a montré son zizi !"
Mais papa ne rit pas, il enfile son pardessus, "Où était-il ? Sous le grand cèdre ?" Il file le regard noir, claque fort la porte.
On se regarde, on ne rit plus.
Demain il nous conduira chez des policiers, on nous montrera des photos, mais on aura si peur que le monsieur nous tue, que l'on ne dira rien, rien de rien, on ne se rappellera même plus si l'on a vraiment vu ce petit machin rose et mou.

8 commentaires:

Pablo a dit…

Ah, dommage que ton père ne soit pas allé directement faire de la saucisse grillée pour appeler les pompiers après (au lieu des policiers) : la joie au coeur que ça lui aurait donné, et nous aussi tes lecteurs, du coup, de revoir les pompiers dans un de tes billets !

Pablo a dit…

(ou bien si ?, est-ce ça qu'il a fait ? y est-il allé et ne l'y a-t-il pas trouvé, maintenant que j'y pense ?)

Floh a dit…

Je réalise avec consternation à quel point nombre de petits enfants ont eu droit à ce genre de rencontres dans leur enfance...
Et comme tout le reste, tu le racontes avec tant de poésie!

caroline a dit…

"monstre griffu"!!! Trés bien vu!
Chez nous, on en avait déjà parlé à la maison, de ce genre de détraqué, avant que je ne le rencontre. (Je suis la 4éme et dernière de la fratie, 7 ans d'écart avec la plus grande...)

Ce qui explique que le jour où nous l'avons croisé, avec mon frére, nous n'avons pas hésité: on a explosé d'un grand rire, et, en montrant du doigt l'incriminée, nous sommes exlamés "Whouahaha, elle est toute petite!!!!! "

Le facheux individu a aussitôt disparu.
Cela ne nous aura pas empéchés d'avoir peur, mais c'est devenu un moment drôle plutôt qu'un souvenir stressant.

J'admire ma maman d'avoir sû nous ensigner un tel humour...

lindecis a dit…

Et bah dis donc ! Raconter un épisode comme ça avec tant de poésie ! Chapeau ! Décidèmment, j'aime beaucoup tes "détails" .

Marloute a dit…

Ton billet évidemment me rappelle les deux fois où je suis tombée face à l'un d'eux.

Le premier un soir d'été à Lyon, un roumain qui se masturbait ostensiblement dans une cabine téléphonique. Je me suis avancée, malgré ma surprise et plantée devant lui, j'ai levé les yeux au ciel d'un air suprêmement agacé. Il a rangé précipitamment son outil.

L'autre en 2005, en revenant de la plage à Barcelone. L'individu, un jeune homme, bien fringué, voir mignon, l'a vite sortie alors que nous étions seuls sur l'escalier d'un passage à niveau et commençais à se masturber frénétiquement. Là aussi, je ne me suis pas démontée et l'ai sermonné : "Por favor!" d'un air très très courroucée. Il s'est reboutonné en chuchotant :"Perdona, perdona..."

Certains hommes sont étranges quand même. Est-ce que ça viendrait à l'idée à une femme de faire la même chose? D'ouvrir son pardessus devant des petits garçons?
Entre ça et les "frotteurs" sur ma ligne de métro, on est vernies les filles!

Jolies Jambes a dit…

Madame Valérie,

Je découvre cet endroit avec cet article étonnant! La noirceur des faits derrière un sens de la narration hors-pair... Un exploit donc.

Bon t'as vu, je fais de la lèche, mais je suis sincèrement enthousiaste. Je poursuis donc ma lecture! A très vite madame.

Jolies Jambes.

Valérie de Haute Savoie a dit…

Pablo, si si mon père a foncé au parc, mais il était parti.

Floh, je n'ai le souvenir que d'un, longtemps après bien sûr j'en ai vu d'autres, mais j'étais déjà grande et bien plus au fait de ces choses là :D

Caroline, chez nous aussi nous en avions parlé, mais je crois que nous étions vraiment petite pour mettre en pratique les conseils parentaux ;)

Lindécis, et merci d'avoir mis un lien sur ton blog.

Marloute, je souris en imaginant une femme écarter son trench pour agiter... agiter quoi d'ailleurs :D
J'ai le souvenir particulier, d'un homme agitant frénétiquement son sexe, sur le quai du métro, à Kremlin Bicètre alors que je sortais comme tous les soirs de l'hôpital. J'avais trouvé cela tellement dérisoire....

Madame Valérie... cela fait si longtemps que l'on ne m'a appelée comme ça ! Il va falloir que j'aille faire un tour dans votre antre Jolies jambes :)