lundi 22 mars 2010

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Assis autour de la table ronde, sur les bancs collés au mur, nous avions devant nous, chacun, un petit tas d'airelles qu'il nous fallait trier. D'un doigt nous faisions rouler une baie qui atterrissait dans notre paume. Puis, lorsque nous en avions une poignée, nous la jetions dans le saladier posé au milieu de la table. Trier son petit tas, jeter les feuilles et brindilles dans la poubelle, prélever un autre petit tas, à cinq cela allait très vite.
Maman sortait le pèse-bébé, posait un torchon propre sur la nacelle en aluminium et versait précautionneusement le fruit de notre récolte prêt à être cuit. Elle annonçait un poids qui nous faisait à chaque fois pousser de grands cris de satisfaction. Voilà ! Notre devoir accompli, nous pouvions maintenant nous reposer et regarder l'opération confiture.
Un kilos de fruit pour sept cent gramme de sucre.
Elle posait la grosse bassine en cuivre sur le feu tout doux, y versait en cascade la pluie de baies rouges et juste un peu d'eau. Elle remuait doucement, recouvrait du sucre blanc qui lentement prenait une couleur rosée.
Les airelles mijotaient dans leur sirop sucré, maman rinçait à l'eau bouillante les pots de verre qu'elle posait un à un, à l'envers sur les torchons immaculés "N'y toucher surtout pas !" Il s'agissait là d'une opération importante, tuer tous risques de moisissure qui gâcherait nos futurs petits déjeuner.
Armée d'une cuillère en bois au long manche, elle retirait délicatement, la mousse sucrée qui se formait sur la masse bouillonnante. L'un après l'autre, nous avions le droit de goûter ce qui pour nous était sans doute le meilleur de la fabrication, juste un peu de mousse sur un bout de pain et le paradis entr'ouvrait ses portes.
Et puis, après ce qui semblait des heures interminables, la confiture était enfin prête à être versée dans les pots, brûlante, translucide, elle embaumait tout l'appartement.
L'un après l'autre maman remplissait l'armée de verre qu'elle recouvrait d'un fin carré de papier cristal bien tendu et d'un geste sûr le maintenait par un petit élastique coloré.
Il fallait encore arrondir joliment ces couvercles transparents, et poser les étiquettes où papa avait, de sa si jolie écriture, marqué le fruit et la date de fabrication.
Interdit d'y toucher tant que les pots ne seraient pas totalement refroidis.

Ah ! Tout ce travail valait vraiment la peine !
Dimanche prochain nous aurions au petit déjeuner la meilleure confiture du monde !

7 commentaires:

Hermione a dit…

Même pas vrai ! La meilleure confiture du monde, c'est la gelée de mûres que faisait ma maman à la fin des vacances d'été dans la vieille maison de campagne ;)

caroline a dit…

Pour nous, la meilleure confiture au monde, c'était aussi bien entendu celle de maman, mais c'était de la confiture d'abricots.

La main-d'oeuvre (les 4 enfants) servait à dénoyauter les fruits. Et les plus chanceux avaient le droit de casser les noyaux pour récupérer les amandes.

Compter 2 amandes par pot, et bien entières. Casser les noyaux avec qui un marteau, qui un caillou, sur le gros billot dans le jardin, ou sur une autre grosse pierre...

Mais c'était le même plaisir de manger l'écume orangée!

Et les jours de confiture, on achetait une grand provision de baguettes. Et pour le gouter, Maman posait la bassine vide et un peu refroidie au milieu de la table du jardin, et chacun plongeait avec son morceau de pain pour "essuyer" la marmite...

Rha, que de bons souvenirs plein de soleil en ce jour de printemps grisouillant!! Merci, Dame Valérie!

La petite poule noire a dit…

Je note que ton papa apportait la touche finale... C'était rare à l'époque les pères qui participaient !

heure-bleue a dit…

Ma mère n'avait jamais fait de confitures, ma belle-mère en faisait de délicieuses mais je n'ai jamais été une grande amatrice de confitures.

Mel a dit…

J'aime beaucoup le détail du pèse-bébé pour connaître le poids des airelles... Tu me donnes envie de goûter cette confiture. Chez nous, c'est la gelée de coings maison (et la confiture de framboises) qui emporte nos suffrages.

dieudeschats a dit…

Ma sœur et moi nous régalions aussi de l'écume de la bassine... souvent gelée de groseilles ou cassis !

Valérie de Haute Savoie a dit…

Hermione cela se voit que tu n'as jamais goûté à notre confiture :D

Ah là Caroline, je ne dis pas, parce qu'une bonne confiture d'abricot avec des amandes j'adore vraiment !

Ppn, mon père était très d'avant garde et l'est resté d'ailleurs.

Heure-bleue, je suis sûre que si tu goûtais la confiture d'airelle tu changerais d'avis :)

Mel, détail absolument réel, ma mère avait investi dans un très beau pèse bébé avec un hamac en tissu plastifié tout doux, et une nacelle en alu pour les enfants plus grands et du coup la farine et les airelles :D

Ah DDC la mousse de la confiture de groseille, un délice aussi. J'adore les confitures acidulées.