mardi 3 novembre 2009

Sale moment.

Nous l'avions vu déménager avec soulagement. Non pas qu'il faisait du bruit, et entendre par le biais de la VMC ses gammes au piano ou au violoncelle me plongeait dans des souvenirs plutôt agréables. Mais il était collant, "gluant" disais-je, débarquant le soir, restant des heures malgré mes lourdes allusions à notre fatigue incommensurable. Il fallait ruser pour ne pas le croiser dans les couloirs, guetter en entrouvrant la porte avant de sortir de l'appartement, malheur si l'on tombait sur lui, on ne s'en dépêtrait plus.
Il y a quinze jours, partant guillerette au bureau, je jette un œil sur les boites aux lettres.
Horreur, il est revenu ! Est-ce lui ? Un homonyme ?
Une semaine passe, tranquille... Rien...

Ding-dong, la sonnette de la porte d'entrée retentit dans le silence. Qui peut venir à cette heure tardive ? Je traîne dans ma vieille serpillère chérie, JP plongé dans un projet de carte de voeux se lève au deuxième ding-dong, regarde par le judas. Je l'interroge du regard "Qui ?" Une silhouette campe, statique, massive "aucune idée chuchote t-il." Nouveau ding-dong, il faut ouvrir, je pense dégât des eaux !
Gérard ! Sourire niais accroché sur son visage légèrement penché de côté, tout fier de sa bonne surprise "Coucou ! C'est votre ancien voisin ! Votre ami !" Le Boulet !
Vingt trois heures, on n'est pas sorti de l'auberge !

Il raconte son chômage, l'installation chez un ami qui brutalement un soir le met à la porte, son désir de retrouver le studio qu'il louait ici, sa joie de revenir, nos futures soirées ensemble... petit à petit l'angoisse m'enveloppe, JP adossé au mur s'endort lentement. Debout, content de lui, son regard visqueux me fait horreur, l'heure n'en finit pas de passer et, de l'allusion, je passe petit à petit à une injonction accompagnée d'une poussée franche de la main sur son épaule, vers la porte de sortie que je referme d'un double tour de clef. Minuit passée, nous nous regardons effarés.

Une semaine passe, sans nouvelle "Bonne nouvelle !"
Bien sûr il a tenté à deux reprises de nous contacter par téléphone, mais rien de plus. Alleluiah !

Samedi, dix heures, matin calme, C. se réveille, G. barbote dans le bain, JP et moi surfons avec délice sur nos ordinateurs respectifs, sirotant nos thés et cafés.
Ding-dong !
D'un coup, un vent glacé s'abat sur nous, silence, plus personne ne bouge.
Ding-dong !
Sans bruit je me lève, soulève doucement le cache du judas... il est là, masse sombre immobile.
Juste ciel !
Ding-dong-ding-dong-ding-dong... il carillonne frappe sur la porte, nous sommes statues de sel, Chamade les quatre pattes plantées sur le carrelage ne frémit pas d'un poil.
Un dernier ding-dong, la porte de l'ascenseur qui se referme, soupirs de soulagement, nous reprenons vie.

Vers vingt deux heures la sonnette retenti à nouveau, puis le lendemain matin, le soir jusqu'à près de minuit. Nos téléphones sonnent à intervalles réguliers, nous laissons sonner, attendons ses messages joyeux "c'est votre ancien voisin, huhuhu, qui est de nouveau votre voisin hihihi", un cauchemar.

Alors, hier soir, alors que la sonnerie du téléphone, de d'entrée, de l'immeuble a déjà sonné vingt fois, le sachant l'oreille collée à notre porte guettant le moindre bruit, de guerre lasse je me lève.

J'ouvre la porte, il est là tout content d'avoir réussi.

Calmement, le regardant dans ses petits yeux de fouine...
"Mais Gérard, si l'on ne t'ouvre pas la porte... c'est que l'on a pas envie de te l'ouvrir.."
Il me regarde hébété, sa bouche s'ouvre lentement.
"Tu n'as pas compris ça ?"
Et doucement je referme la porte.

Je vais me rasseoir, abattue.

30 commentaires:

Catherine a dit…

Tu as bien fait sinon il n'aurait jamais compris et c'est vous qui auriez fini par déménager.

Anthom a dit…

En te lisant, j'ai pensé, avec délices, à cette chanson de Linda Lemay "Pas de visite". Je n'aurais jamais eu le cran d'être aussi franche, je suis admirative!

Anne a dit…

Oh purée j'imagine les angoisses...

FD a dit…

Tu as bien fait, même si je n'aurais jamais eu ton courage, quitte à me faire bouffer et rebouffer. Mais ça n'est pas dit qu'il s'en tienne là, il doit avoir des ressources et une patience plus forte que votre résolution. Enfin,je ne vous le souhaite pas :-)

Lanfeust55 a dit…

Wah ! Pas simple... pourvu qu'il ne passe pas devant les fenêtres la larme à l'oeil ! :D. Mais il est quand même pire qu'un boulet ce type !

dieudeschats a dit…

Mais il ne se rendait pas compte que c'était du harcèlement et de l'intrusion, son comportement ?

Pablo a dit…

Ça ressemble à un film d'horreur ! (j'aime bien la scène où Chamade s'immobilise elle aussi) ; mais tu crois que la fin que tu racontes là est vraiment la fin ? Je l'espère pour vous !

darcy a dit…

Il a peut-être l'adresse de ton blog :o

Lili a dit…

Bouhhhh, j'en avais la chair de poule en te lisant. Tu as dit ce qu'il fallait, tu as dit ce que vous lui disiez subtilement depuis le début sans qu'il comprenne, tu as juste mis des mots sur ce que le déni l'empéchait de voir.
Même son copain a craqué, et là il était dans le harcélement avec vous...

Fauvette a dit…

Quel boulet tu as raison !
Tu as bien fait de lui dire la vérité ! Vous avez été assez patients je trouve...
Nous l'avons déjà fait avec un emmerdeur grande catégorie, nous habitions au 6ème sans ascenseur, et nous sans coeur, nous ne l'avons pas laissé entrer ! Il faut dire qu'il avait abusé...
Je n'ai aucun remords ! Bon débarras, le parasite !

tippie a dit…

En effet, j'admire ton cote franc et direct (pan! dans les dents!). J'en serai incapable, meme si la situation invivable me rendrait dingue.
En meme temps, la colle, meme quand tu refermes le pot, ca n'arrete pas de coller... Suffit que tu lui ouvres la porte une nouvelle fois et c'est reparti.

Si je peux me permettre de donner mon opinion ici, enfin, mon conseil: je pense que tu devrais le laisser entrer, une fois pour fixer des limites. Lui dire que:
1/ pas apres 20h30, sinon tu n'ouvres pas la porte
2/2h suffisent bien et PAS tous les jours :)
3/ il faut rester sensé... un café un jeudi soir, c'est bien assez pour echanger nouvelles, idees et conseils. Qu'il aille voir les autres voisins les autres soirs
4/ Il n'a qu'a vous glisser des messages dans votre boite aux lettres si ca lui fait plaisir et s'il a tant besoin de partager (mais qu'il ne faut pas qu'il attende de reponses regulieres non plu) ?

Fabulous Fabs a dit…

Il doit avoir des problèmes beaucoup plus lourds s'il a semblé hébété quand tu lui as fait comprendre que vous l'évitiez volontairement. Une personne normale aurait compris rapidement, surtout si l'ami qui l'hébergeait l'a mis dehors (Il y a certainement de bonnes raisons pour cela). Moi ça m'inquiéterait et me mettrait sur mes gardes d'avoir à proximité un tel individu. Tu ne penses pas qu'il pourrait devenir violent ou plus psychotique, vu que vous l'avez, d'une certaine façon, rejeté? Je ne veux pas te faire peur, mais moi je vois le mal partout!

Dr. CaSo a dit…

Brrrr... Il faut dresser Chamade à reconnaître ses pas dans le couloir et à vous prévenir de ne plus du tout bouger pour pas qu'il ne vous entende ;) Et puis à abboyer très fort, aussi, huhuh!

Bravo pour ta franchise. J'espère qu'il aura compris le message!

Jipes a dit…

Bordel quelle angoisse c'est du harcèlement ce type a un grave problème :o( Pas évident de se débarasser des "collants". Moi je pense que j'en serais déjà venu aux mains avec un olibrius pareil j'admire ton zen

anita a dit…

Bravo. C'est propre, chirurgical et comme toute chirurgie, pas spécialement agréable à faire mais nécessaire pour l'avenir.

Lancelot a dit…

C'est vrai que la scène où Chamade s'immobilise en même temps que vous, c'est du GEANT façon Valérie. "Coupez, les gars, elle est bonne celle-là, on la garde !!!"

En lisant tous les commentaires, je me sens surtout d'accord avec Fabulous Fabs. Peut-être exagère-t-il un peu : Gérard n'est peut-être pas à proprement parler dageureux, mais il a un problème psy, c'est clair.

La question que je me pose, c'est : est-ce que lors de son précedent séjour dans l'immeuble tu avais déjà essayé de lui appliquer un 'traitement de choc' du même genre s'il essayait ses intrusions ?
Et puis aussi, et SURTOUT : comment se comporte-t-il maintenant que tu l'as (poliment) envoyé paître ?

Tili a dit…

Oui, cela relève probablement de lourds problèmes...
Ce n'est jamais évident à faire et on n'a jamais le bon ton.

Penses tu qu'il aurait pu comprendre des règles simples ? Comme "pas d'appel après 20h et interdiction de passer sans avoir été invité ?"

J'ai eu à le faire une fois, j'avais commencé par donner des limites qui n'avaient pas été respectées, une fois, deux fois, à la troisième je l'ai mis à la porte :-(

Valérie de Haute Savoie a dit…

A vos commentaire en général, je peux répondre au moins une chose, une chose dont je suis sûre, c'est que je n'ai pas envie de renouer avec lui une quelconque relation de voisinage, et encore moins d'amitié.
Je n'ai plus envie de perdre mon temps avec des personnes qui ne sont que des bouffeurs d'énergie. Je le pense effectivement... comment dire... déséquilibré ?
Il y a quelque chose de profondément malsain chez lui qui, rien qu'à l'idée de le rencontrer, me révulse.
Devoir le rejeter comme je l'ai fait est tout à fait étranger à ma façon d'être, j'ai en général de la compassion pour ceux qui sont mal dans leur vie, mais j'ai aussi un instinct de survie qui surpasse le tout, et même si cela semble excessif, il en allait de ma survie mentale.

Je suis toujours aussi émue de voir que vous continuez à venir me lire, et je vous en remercie infiniment.

Ppn a dit…

Ah ces fâcheux qui nous "bouffent" la vie ! A moi aussi, ton histoire m'a donné froid dans le dos. Devoir dire non à quelqu'un qui ne veut pas l'entendre, c'est très dur, mais tu as raison, c'était lui ou vous. Ce que tu appelles l'instinct de survie, en somme.

Valérie de Haute Savoie a dit…

Ce n'était pas facile, j'en garde un goût amer, mais pour avoir connu déjà cela avec une autre personne, je savais qu'il ma faudrait passer pas cette brutalité hélas.
Depuis nous n'avons plus eu de nouvelle.

Floh a dit…

Tu l'as recroisé, ou il vous évite?
Tu as eu mille fois raisons! Comme toi, je me sens incapable de le faire, mais poussée à bout de la sorte, j'aurais explosé! Ou alors mon homme l'aurait fait!
Cela dit, ton intelligence a fait que tu lui as dit les choses clairement et simplement, mais probablement surtout calmement. Il a pris un coup dans le plexus, mais ne peut pas t'attaquer pour quoi que ce soit d'autre que de lui avoir dit la vérité...
Je vous souhaite bien plus de calme avec le voisinage :)

Gérard a dit…

Coucou ! C'est gérard !

Arnaud a dit…

(Mais non, alleeeeez, c'était Arnaud !)

Valérie de Haute Savoie a dit…

Quel choc Arnaud ! Je t'avoue que j'ai eu un instant blanc !
:D

Tippie a dit…

Hu hu hu! :))

Marloute a dit…

J'adore,
J'adore, je suis ultra fan.
J'aurais été capable de le faire et je sais tout le courage qu'il faut.
Ton mari doit t'adorer!
Quel courage, mais quel courage de se débarrasser d'un raseur!

Valérie de Haute Savoie a dit…

Marloute, cela me fait du bien de lire ton enthousiasme, je t'avoue que de mon côté je suis encore un peu mal à l'aise mais teeelllleeeement soulagée !!!

Mel a dit…

Tu as vraiment bien fait de lui fermer ta porte pour de bon. C'était la meilleure décision que tu pouvais prendre. Quand on ressent un malaise persistent face à quelqu'un, il faut toujours se fier à cette intuition. Question de survie, comme tu le dis justement.

Mariette a dit…

"Question de survie", "Chirurgical", "Quel courage, ton mari doit t'adorer",...
Tout est dit !

Point de scrupules à avoir.

Désolée de relancer le sujet 10 jours après (ce Gérard te poursuis donc même à son insu) mais tu méritais encore des félicitations.

Valérie de Haute Savoie a dit…

Mariette, je ne l'ai plus croisé, mais je garde tes félicitations qui me donneront du courage au cas où :)