samedi 7 juillet 2007

chemin parallèle

L'aube n'est pas encore levée, nous avons deux bonnes heures de route avant d'arriver. Il faut impérativement y être avant 10 heures, mais, plus tôt nous y serons, plus tôt nous passerons.
C'est le troisième magnétiseur que nous allons rencontrer.
Une de mes amies m'avait vanté les pouvoirs du premier dont l'adresse était située dans un des quartiers chics de Paris. Mon fils sous le bras nous avions été introduit dans une salle d'attente aux fauteuils confortables, décorée de plantes luxuriantes et à la moquette couleur caramel. Rapidement il était venu nous chercher et son antre avait tout du classique cabinet médical. Je lui avais raconté brièvement le parcours de G. et ce rejet que l'on n'arrivait pas à stopper. D'un air inspiré, il avait pris mon petit bonhomme dans les bras et tel une pythie l'avait levé en offrande, bras tendu, tout en gémissant des incantations à un dieu supposé. Puis il l'avait allongé sur un lit d'examen, et d'une voix forte avait rugit "abandonne ton foie, tu n'en as plus besoin, laisses le à cet enfant qui vie et qui en prendra soin". J'étais au bord de la nausée, me sentant salie par ce bateleur de foire et honteuse d'avoir traîné mon enfant dans cette mascarade. Après l'avoir grassement payé nous avions retrouvé les trottoirs lumineux de Paris en essayant d'oublier cet instant maléfique.
Un peu plus tard, toujours dans l'espoir de sauver G., j'étais allée voir, dans le pays des framboises, une autre magnétiseuse qui m'avait reçue de façon très bonhomme. Assises toutes les deux sur une moquette tâchée et sombre, entourées de plantes crevotantes, elle m'avait conseillé de ne plus lui donner de chocolat qui était, sans nul doute, responsable de ses ennuis de foie. De là j'étais repartie bien décidée à ne plus courir chez le moindre faiseur de miracles.
Mais G. n'allait pas bien, nous courions d'un hôpital à l'autre Lyon-Paris, Paris-Lyon... on nous parlait de greffe des poumons, puisque tout semblait se dégrader à la suite du rejet et des différentes maladies opportunistes qui profitaient de la baisse d'immunité induite par la dose augmentée d'immunosuppresseur.
Un soir, JP revint de son cours d'Aïkido avec griffonné sur un bout de papier déchiré, le nom d'un magnétiseur Suisse dont la renommée dépassait de nombreuses frontières.
Une dernière fois donc, nous allions tenter la magie.
Le soleil rougeoyant éclaire un paysage magnifique, les enfants, à l'arrière, somnolent. Sortie à Fribourg Nord et prendre la direction Payerne Avenches, une fois à Grolley il suffira de demander "il est tellement connu !". Mais à cette heure là il n'y a pas grand monde dans les rues et un peu au pif nous voilà à Léchelles où des petits panneaux en bois nous indiquent la fin du voyage.
Il magnétise dans sa ferme, et aux abords déjà de nombreuses voitures sont garées ainsi qu'un car belge, pourtant il n'est pas encore 8 heures.
Nous nous glissons entre deux voitures, et nous entrons tous les quatre dans la salle d'attente.
C'est une grande pièce entièrement recouverte de bois sombre, aux murs sont accrochés des dessins d'enfants, des reproductions de tableaux religieux, des énormes cloches d'alpage. Des chaises posées tous le long des murs sont presque toutes occupées et au centre de la pièce, sur deux gros canapés, un couple attend. L'ambiance est bonne enfant, et on nous propose tout de suite de nous asseoir en se poussant pour nous laisser la place.
Peu de temps après Denis entre par la porte du fond, nous jette un coup d'oeil et nous propose de nous recevoir dans le couloir si nous venons juste pour "le petit". Mais septique, je préfère ne plus donner d'indication et dis que nous venons en famille pour qu'il s'occupe de nous tous. Il sourit et reprend la conversation où il avait dû la laisser avant de s'éclipser. Je me sens bien avec ma couvée qui se réveille dans cette chaleur bienveillante et sans aucune prétention. Certains ont l'air de se connaître, et l'on entre sans gêne dans ces petits bouts de vie racontés simplement. Denis parle de ses vaches, de sa femme qui attend un enfant, de ces inspecteurs des impôts qui viennent surveiller, au loin, l'affluence des malades. Il pose ses mains sur les épaules de ceux qui sont assis au milieu et s'arrête quelques secondes de discuter avant de passer au voisin. Puis il sort un instant par cette petite porte du fond pendant que ceux qui viennent d'être magnétisés nous quittent par la grande porte de l'entrée. Un peu plus tard nous entendons Denis chuchoter dans le couloir, une porte claque et tout recommence. Les suivants ont pris la place centrale, Denis revient, pose ses mains sur les épaules, discute, se tait quelques secondes et sort. Enhardie, je pose quelques questions, les enfants sagement écoutent et se taisent.
Vient notre tour. Nous nous assaillons et attendons. Il entre et sans attendre pose ses mains sur mes épaules, puis celles de C, de G et enfin JP. Cela ne prends que quelques minutes, le temps de sentir la chaleur et la force étonnantes de ses larges mains. Il sort se laver les mains pendant que nous prenons congé. Debout dans le couloir on attend.
Il arrive et se tourne vers moi :
"Alors toi, j'ai un peu travaillé sur tes intestins et aussi sur tes nerfs. Tu es angoissée.... çà ira mieux"
Puis il parle de C.
"Elle est un peu tête en l'air, je m'en suis occupé"
A JP
"Bon toi c'est ton genoux, je l'ai remis en place" c'est vrai JP a eu dernièrement un petit accident en scooter et souffre du genoux depuis.
Avec un sourire entendu il me regarde et dit
"Bon maintenant venant on au p'tit" - Et je sais qu'il sait !
"Alors je me suis occupé de ses reins... ils sont un peu chargés... évidemment, ses traitements... et puis j'ai renforcé son système immunitaire... ciel et son rejet ?... Mais il a un engorgement du poumon droit, et là çà va être long. Un an au moins. Mais j'ai demandé là-haut et ils m'autorisent à m'en occuper de loin. Vous n'aurez pas à revenir...." il ne dit rien du foie qui s'abime.
Je pose la question, hésitante. "Et le foie ?"
Il sourit franchement "Le foie ? il tient maintenant ! Ne t'en fais pas "

Un an plus tard je recevais un appel du KB "J'ai une très bonne nouvelle, les examens pulmonaires de G. sont excellents, la fibrose a disparue... cela tient du miracle...!"

5 commentaires:

Chondre a dit…

Que dire (de la part d'un professionnel de la santé)…

Valérie de Haute Savoie a dit…

Oui, je sais. Les examens rénaux montraient une nette amélioration lorsque nous revenions de chez lui. Et le pédiatre qui suivait G. nous avait encouragé à continuer à le voir. Quelques années plus tard, le chirurgien qui avait greffé G. m'avait répété "vous savez, G. a eu tout ce qu'un greffé peut avoir comme problèmes, hormis les problèmes de tuyauterie, je ne peux expliquer sa santé autrement que par un miracle."
Mais il y a eu avant tout, toute l'équipe du KB sans qui G. ne serait plus là.
Ce magnétiseur met toujours en garde quiconque d'arrêter ses traitements allopathiques.
Mon père, médecin de la vieille école, a fait un tour chez lui dernièrement ;)

dieudeschats a dit…

C'est fantastique ! :D

antagonisme a dit…

On essaie tout, ça je le sais, même si je n'en ai pas eu besoin. Mon fils avait un eczéma énorme à un mois et si ce que j'ai fait (des cures) n'avait pas marché j'aurais été voir un magnétiseur. Au diable les méthodes classiques si elles s'avèrent impuissantes.

Valérie de Haute Savoie a dit…

Oui on essaie, parce qu'il est insupportable d'attendre....
Et puis, même si cela n'est dû qu'à l'effet placebo, l'essentiel est que cela ait marché après tout !