mardi 26 juin 2007

retour de vacances

Nous sommes rentrés de vacances depuis 6 jours mais je n'ai pas encore eu le temps de faire toutes les lessives. Déjà les deux, faites hier soir, pendent sur les séchoirs aux portes des chambres, une nouvelle machine tourne depuis le réveil, allez, c'est l'heure de partir à l'école. Le brouillard recouvre la ville, les trottoirs sont gelés, "Attention ma cocotte, ne tombe pas ! Je n'ai vraiment pas envie de finir la journée à l'hôpital". Un petit bisou, elle retrouve ses amies et je file faire le plein au supermarché pour la semaine. Dans ma poche, j'ai glissé le bip que nous venons tout juste de recevoir. Juste avant Noël, nous sommes restés 15 jours au KB pour le bilan pré-transplant, nous avons dû, à notre retour, planifier le futur appel pour la greffe. J'ai déjà rencontré le Samu d'Annecy, nous venons donc de recevoir le bip qui leur permettra de nous joindre n'importe où et n'importe quand, il n'y a plus qu'à attendre mais on nous a déjà prévenus que cela pouvait durer plusieurs mois.
Je remplis mon caddy de yaourth à 0% pour G., des légumes et du poisson pour éliminer les folies de fin d'année, de la lessive.... de temps en temps le bip se déclenche, il est mal réglé et il va falloir se pencher sur le mode d'emploi. Hop hop le tout dans le coffre, le brouillard semble se lever mais bon dieu quel froid.
Je me gare, prends deux sacs, grimpe les escaliers et zut ! la porte est fermée à clef... je sonne... vite vite c'est lourd et j'ai des surgelés.... JP ouvre...
Il est vert, réellement vert ! Il n'arrive pas à parler, tremble - "iIs ont appelé... ils ont un foie !" Je souris, G. tout habillé de rouge, saute sur le lit en pleine forme. C'est une blague !

Le téléphone sonne, je décroche
"Oui c'est de nouveau le docteur Gauthier.... uppercut au cerveau...
Nous vous confirmons le bon état du greffon... me secouer, trier les infos...
- Bonjour docteur, mon mari vient tout juste de m'informer... prévenir mon boulot, récupérer C. à l'école, appeler le samu...
- Oui oui G. est en pleine forme, pas de fièvre... il est même surexcité...
Je suis content de vous avoir au téléphone, votre mari semblait ne rien comprendre... je suis froide, un glaçon, en mode absente d'émotion...
- Oui il est très ému...
Ce n'est pas le moment, nous vous attendons, vous n'avez que très peu de temps, à tout à l'heure".....

Commander l'ambulance, prévenir mes parents sans fioritures "voilà c'est maintenant, nous partons dans une heure le temps de préparer l'ambulance", raccrocher appeler le bureau "voilà c'est maintenant, je suis désolée je ne serais pas là pendant un moment" courir à l'école, pleurer deux secondes, vite vite sécher mes larmes, débouler dans la classe.... le silence... ils se retournent tous, me regardent, quelques secondes je suis perdue, regarde la maîtresse "Nous venons d'être appelés, ils ont un greffon, je voudrais que C. soit avec nous"... temps suspendu...Elle me prend dans ses bras, me sert fort fort "ça va marcher, ça va marcher" Vite vite le cartable, fourrer tout ce qui traîne sur la table, on court on vole, les trottoirs sont secs, le soleil a balayé les restes de givre...
L'ambulance est là, je jette dans un sac de quoi tenir quelques jours, G. dans son pyjama rouge est ravi de ce remue-ménage. La voisine va finir de vider le coffre, elle va manger des yaourths à 0%, des légumes et du poisson, suspendre ma dernière lessive, materner JP qui n'arrive pas à rassembler ses idées. Tout à l'heure elle les conduira au train... Nous plongeons dans l'inconnu.

(janvier 1993)

9 commentaires:

dr. CaSo a dit…

Ma cousine a accouché il y a un an par césarienne et à cause du "traumatisme" causé par ça, elle a eu droit à 6 mois d'aide psychologique. Avant, pendant, et après ma naissance, ma mère n'a jamais eu de soutien, elle a toujours fait face aux événements toute seule (avec mon père mais quand'même). Je raconte ça parce que quand je vois l'aide dont on a besoin aujourd'hui pour se remettre des "petits" événements de la vie, je me demande comment les gens comme toi et ma mère avez si bien survécu à des moments aussi incroyablement traumatisants il y a 15, 20, 30 ans de ça.

Quand tu racontes que tu craques parfois, que tu te sens lasse et que tu as besoin d'aide, je ne peux que me dire que c'est normal, que tu en as bien le droit, que tu mérites toute l'aide du monde, et que tu es une femme incroyablement forte en-dessous de tout ça, même si parfois ça paraît difficile à croire pour toi. Le commun des mortels ne vit pas ce que tu as vécu, et le commun des mortels ne s'en sort pas aussi bien que tu t'en es sortie, alors n'oublies pas de te dire "bravo" de temps en temps :)

Valérie de Haute Savoie a dit…

c'est vraiment gentil (même si ce terme semble suranné)de comprendre mes périodes de fatigue morale, je crois quand même que je suis née avec une force naturelle ce qui me facilite bien la vie.
rien à voir, mais tu as vu j'ai enfin réussi à démarrer des catégories ;)

Fauvette a dit…

J'ai des frissons partout, après cette lecture... Oui bravo.

ulyssa a dit…

bon courage, du fond du coeur...

Valérie de Haute Savoie a dit…

Ulyssa, j'écris au présent mais cette histoire à presque 15 ans. Je te remercie pour ta dose de courage que je garde précieusement pour mes jours "délicats" ;)

Oxygène a dit…

Larmes aux yeux.

Jipes a dit…

Evidemment avec le recul on la trouve tellement belle cette histoire maintenant que l'on sait que ca a marché mais mon Dieu que d'angoisses tu as dû vivre...

Heureusement que tu as du courage et que tu es une battante !

Fay a dit…

Valérie, mon petit cousin Gabriel vient d'être greffé. Ma cousine m'a annoncé que le greffon était à l'analyse hier à midi. Il s'est écrié alors que sa mère le réveillait à 3h du mat : super, c'est pour mon anniversaire !
il est sortit du bloc 12h après l'opération qui s'est bien passée. Aujourd'hui il est calme et reposé. L'équipe du KB évalue les sédatifs.
C'est un peu tôt pour que j'en parle sur mon blog, je voulais juste t'en parler à toi, ici.
Bises à ton G.

Valérie de Haute Savoie a dit…

Fay toutes mes pensées seront pour Gabriel ces prochaines heures qui sont cruciales. Tiens moi au courant, je t'embrasse fort.